‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 48 sur 157 · VIII -VI» SIÈCLES · texte numérisé non relu

VIII -VI» SIÈCLES

La Grèce d'Occident n'a guère été moins brillante aux vii*^ et vi^ siècles que la Grèce d'Orient. L'hellénisation s'y est opérée dans des conditions sensiblement analogues : elle a pu s'étendre le long de côtes bien découpées où des vallées naturelles amenaient les produits d'un riche hinterland : les populations, surtout agricoles, qui y vivaient, étaient généralement accueillantes pour les étrangers et relativement faciles à assimiler ; ce n'est qu'au loin que se trouvaient de grands états que la concurrence ne tarda pas à rendre hostiles : ce que la Lydie, puis la Perse furent pour la Grèce d'Orient, les Etrusques et les Phéniciens de Garthage le furent pour la Grèce d'Occident.

Pour comprendre ce qu'a été l'hellénisme d'Occident, il faut d'abord jeter un rapide aperçu, d'une part sur les indigènes au milieu desquels les Grecs allaient s'établir, et sur les rivaux qui allaient arrêter, puis ruiner leur essor, d'autre part sur les étapes mêmes de la colonisation hellénique. Bien entendu, nous insisterons davantage sur la Sicile qui, dans toute sa moitié orientale du moins, est devenue une véritable terre grecque, aussi essentielle que Tlonie au développement de l'hellénisme.

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Mieux que l'Italie du Sud, la Sicile aurait mérité le nom de Grande Grèce. Avec ses côtes découpées, son enche-

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vêtrement de montagnes, ses beaux pâturages, elle semble comme une réplique plus massive du Péloponèse. Les Grecs y retrouvaient leur cadre habituel : des bois de figuiers et d'oliviers, de caroubiers et d'orangers ; des berceaux de vigne, de frais boqueteaux où paissent moutons et chèvres, des plantes odorantes où butinent les abeilles; enfin tout un paysage rustique qui devait faire de la Sicile la patrie de la bucolique et de ses héros : Daphnis et Aristée, Galatée et Corydon. Mais tout y est plus grand qu'en Grèce et plus fort : c'est la patrie de Polyphème comme celle de Galatée. A côté des brebis paissent les grands troupeaux de bœufs, et leur cuir s'ajoute à la laine comme article d'importation ; le seigle et l'orge des terres pierreuses de Grèce sont remplacées par les vastes emblavures qui font de la Sicile un des greniers du monde antique ; peut-être même est-elle une des patries du blé, s'il est vrai, comme l'affirmaient les anciens, que le froment poussait sauvage dans les champs de Léontinoi; en tout cas, ses terres à blé rendaient de 10 à 50 fois la semence qu'on y jetait. Qu'on ajoute que les côtes sont très poissonneuses et longées par les migrations saisonnières des thons, dont les Grecs étaient particulièrement friands ; qu'on ajoute enfin que, qui tenait la Sicile, n'était qu'à 3 200 mètres de l'Itahe par la déchirure entre Rhégion (de rhegnumi, déchirer) et Messine et qu'à 16 milles marines de l'Afrique, • — ■ et l'on comprendra sans peine que les Grecs aient désiré se rendre maîtres de cette « plus grande Grèce ».

Par ses divisions mêmes la population indigène de la Sicile devait faciliter la main-mise hellénique. Les anciens s'accordent pour y reconnaître trois éléments — Sikanes, Sikèles ou Sicules et Elymes — et, après bien des discussions sur leurs origines respectives, on tend à revenir aux idées que Thucydide a exposées d'après le plus ancien et le plus compétent des historiens de la Sicile, Antiochos de Syracuse.

La plus ancienne population passait pour formée par les Sikanes; du moins, elle était si anciennement établie dans

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