‹ L'Hellénisation du monde antiqueChapitre 49 sur 157 · LE THÉATRR DE LA COLONISATION RN SICILE · texte numérisé non relu

LE THÉATRR DE LA COLONISATION RN SICILE

l'île qu'elle pouvait se qualifier d'autochtone : elle n'en venait pas moins, semble-t-il, d'ibérie, et faisait partie de ces peuplades liguro-libyennes chassées, vers le xiii^ siècle, par les Ibères et qui avaient colonisé en chemin les Baléares, la Corse et la Sardaigne ; elle transporta le nom de Sikanos, que portait sans doute le Sucro en Espagne, à un fleuve qui se jette à la mer près d'Agrigente et qui fut le centre de la Sikania primitive. C'est de là, où elle eut ses places d'Omphakion et de Kamikos, qu'elle s'étendit jusqu'à Hykkara, près de Palerme, occupant ainsi tout l'angle sudouest de la Sicile ; ce fut la citadelle montagneuse des Sikanes. Dans ce pays coupé de gorges profondes, ils vécurent par bourgades sans atteindre jamais ni à l'unité politique ni à une culture avancée.. Ils avaient commencé par subir l'influence minoenne, comme semblent l'attester et le nom de Minoa que porte un port de leur côte sud, prés de Kamikos, et la légende de son fondateur, Minos, mis à mort par le roi Kokalos à qui il était allé redemander Dédale dans sa capitale de Kamikos. On attribuait à Dédale de grands monuments de type mégalithique ou cyclopéen. Grâce aux restes qui nous en sont parvenus et à la céramique qui y a été recueillie on peut seulement se rendre compte que la Sicile a été soumise, à l'époque néolithique, à deux courants civilisateurs ; la civilisation des dolmens apportée sans doute par les Sikanes, la civilisation minoenne venue de Crète '.

Avant l'arrivée des Sicules, les Sikanes paraissent s'être étendus beaucoup plus loin vers l'est. Si on leur attribue les noms de lieu en ana^ on pourrait les amener jusqu'au cap

\. Four la prtJliistoire do la Sicile on trouvera tout ee qu'on peut tirer des textes et de l'onomasliquo dans les trois histoires générales de la Sicile anti(iuc : Ad. llolm. (iesckichle Siciliens im Alterliim (l'» éd. 1870 ; 2» éd. 1898), K. A. Freenian, Tlie Hislori/ of Sicilia (1891 : trad. ail. par Lupus, 1895) et E. Pais, Sloria délia Sicilia e délia Magna Gracia (I, seul pai'u, 1894). Mais cette hisloii'e a été renouvelée par les recherches archéologiques poursuivies depuis vingt ans en Sicile sous l'impulsion de 1*. Orsi. Leur apport est reniar(]uahletnent cxposi' dans l'ouvrage de T. E. Pecl. The stone and bronze âges in Italy (l'.)O'.i) : pour les i'ondics ulté'rieurcs voir nn nninioire de 1'. Ducali qu(' j'ai analysé' duns L'An/hroiiulni/ie, 1911..

HO I. IIKIJ.KNISAIION DU M ON DR ANTKJUK

Kaiikana et au fleuve voisin du Motykanos, jusqu'à Hippana près de Syracuse, à Katana et, même, à Messana. Ce qui est certain c'est que ce fut contre eux que les Sicules dressèrent leur place forte d'Enna au centre de la Sicile ^ et contre eux que les fondateurs de Gela eurent à combattre comme ceux d'Agrigente.

Les Sikèles ou Sicules, qui les ont repoussés au sud-ouest, venaient d'Italie où ils s'étaient étendus, au contact de la population primitive — sans doute de race ligure — du Latium jusqu'à cette pointe sud-ouest de la Grande Grèce qu'ils occupaient encore, depuis Laos, au temps de Thucydide. C'est de là que, au xi'^ siècle, sous la pression des Osques et des lapyges, ils ont dii passer en Sicile, se répandant le long de la côte nOrd, où Himère resta longtemps la seule colonie grecque, et le long de la côte est où le centre de leur puissance fut le bassin du Symaithos. C'est là qu'ils occupèrent sur la côte Catane, Léontinoi, Hybla, Kentoripa, Agyrion, Morganta, Herbita, enfin, dans l'intérieur sans doute près du sanctuaire de la déesse-mère d'Engyon, Enna qui, à LOOO mètres d'altitude, formait l'ombilic de la Sicile. A Enna se soudaient les deux chaînes de montagnes qui limitaient ce bassin, les Monts Héréens au sud au pied desquels se trouvait le grand sanctuaire sicule des Paliques, les Monts Nébrodéens au nord qui, entre leurs flancs et ceux de l'Etna, dominaient la vallée de l'autre grand sanctuaire des Sicules, celui de Hadranos. En dehors de ce riche bassin — si on attribue à ce peuple venu du pays de Latinus les noms de lieu en ina'- — on pourra les faire s'étendre sur la côte sud jusqu'à Kamarina, nom d'aspect bien italiote ; on peut même leur attribuer la fondation de Gela d'après une glose qui reconnaît dans gela un nom des Sicules et des Opiques.

1. Voir 0. Hussbacli, Caslrorjiouanni, duti aile llenna in Sicilien (l'Jl:2).

2. Ce que paraît auloriser ce fait qu'entée auU'es mots latins que les Grecs de Sicile apprirent d'eux se trouvent leporon, le lièvre, et kalinoii, espèce de récipient, h'alinon (linV'i'c-t-il plus d(^ Kalatui (Catane) que Messine de Messana ?

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