APOGÉE ET ARRKT DE L ESSOR COLONIAL
Profitant des dissensions entre la noblesse et le peuple, il se rendit maître de Syracuse en 485. Quand il eut achevé la ruine de Mégara et que son allié et beau-père Théron d'Agrigente eut chassé d'Himère le tyran Térillos, Gélon put se croire maître de la Sicile. Mais il avait seulement provoqué l'invasion punique : Térillos, réfugié auprès de son beau-père Anaxilas, appela les Carthaginois à Faide.
Il y a longtemps que Carthage attendait l'occasion d'intervenir. Au milieu du vi^ siècle, on sait que son général Malchos, conquérant de la Sardaigne, opéra en Sicile, sans doute pour arrêter Phalaris ; on l'a vue contribuer à empêcher les Grecs de s'établir en Corse et à Tripoh. Il est probable aussi qu'elle était d'accord avec Xerxès, renseigné sur les choses de Sicile par de nombreux exilés, notamment Skythès de Zancle et Démokédès de Crotone, et qui y avait envoyé demander l'hommage \ Elle avait préparé un formidable armement ; Hérodote parle de 300.000 hommes et 200 vaisseaux de guerre. Si même on réduit ce chiffre au tiers, Hamilcar put encore amener devant Himère deux fois plus d'hommes que n'en avait Gélon. En réunissant toutes les forces de la Sicile — sauf Zancle qui obéissait à Anaxilas, l'allié des Carthaginois, et Sélinonte qui négociait avec eux — Gélon put grouper sous ses ordres 50.000 fantassins et 3.000 cavaliers. Grâce à son habileté, et grâce aussi à sa supériorité en cavalerie, il remporta une victoire complète. Le même jour, selon la légende, en réalité quelques mois plus tard, la flotte de Xerxès s'engloutissait à Salaiuine. On raconte qu'entre les deux batailles l'habile Sicilien avait proposé aux Grecs son aide contre les Perses en retour du commandement en chef qu'il savait bien qu'ils lui refuseraient ; en même temps, il avait envoyé à Delphes un de ses affidés avec de riches présents pour s'attirer la faveur de Xerxès au cas où le Grand roi serait vainqueur. Himère et Salamine avaient délivré le monde grec de la double terreur qui les menaçait ; six ans plus tard, Hiéron qui avait succédé à
1. Voir sur les relazioni Ira la Sivilia e lu l'ersia le iiit'iiioirc pulilié sous ce titre par E. Giaceri, Stadi slorici, V (l'.lli') et plus bas p. 145.
126 l'hkllénisation du monde antiqur
Géluii (mort en 478) infligeait en face de Cumes une défaite décisive à la flotte étrusque (474). Ce fut l'apogée de la Grèce d'Occident; mais elle ne dura guère plus que la décade où régna Hiéron (m. en 467) : encore doit-on y placer l'exil en masse de ses adversaires à Agrigente et à Himère et la sanglante défaite infligée par les lapyges aux Tarentins et aux Rhéginiens(473). Luttes intestines et guerres étrangères allaient reprendre pour l'épuiser rapidement : en moins de deux siècles la Grèce d'Occident ne sera plus qu'une riche mais faible proie que se disputeront Carthaginois et Romains.