Cf. plus haut p
LKS CAUSES DK LA VICTOIRE HELLÉNIQUE 137
En lonie, la situation n'était pas plus facile pour les Grecs et ils ne se défendaient pas avec moins d'opiniâtreté. Depuis la catastrop.he tragique qui avait mis fm à l'empire des Mermnades(546), l'Asie Mineure était une terre perse. Deux routes «royales» la traversaient, de l'Est à l'Ouest et du Nord au Sud, portant aux extrémités de la presqu'île les armées et les courriers du Grand Roi : les Romains en reprendront le tracé lorsqu'ils voudront rendre les communications aisées dans leur Asie proconsulaire. Vis-à-vis de la monarchie perse, qui était, pour l'époque, un prodige d'organisation et de centralisation, les cités grecques se trouvaient dans une situation toute spéciale. Elles restaient autonomes dans leur politique intérieure, à cela près que le gouvernement perse y favorisait les petites tyrannies locales, comme plus tard les magistrats romains, dans les pays helléniques, soutiendront le parti aristocratique. Mais, outre qu'elles pouvaient recevoir une garnison perse, elles étaient tributaires, depuis que Darius, qui paraît avoir été le premier des rois de Perse à avoir l'idée d'une organisation financière méthodique 1, leur avait imposé une contribution de 400 talents d'argent. Leur esprit de liberté ne pouvait s'accommoder de cette situation dépendante; et, d'autre part, les Hellènes de la Grèce propre ne manquaient pas une occasion de montrer qu'ils se désintéressaient du sort de leurs frères d'Asie. Si Aristagoras de Milet n'obtint pas, comme on l'a vu '\ le secours de Sparte pour seconder sa propre patrie, du moins les Athéniens lui envoyèrent-ils vingt trirèmes ; les Erétriens, cinq ; et, dans un raid audacieux, les troupes grecques venues au secours de Milet poussèrent jusqu'à Ephèse, de là jusqu'à Sardes, mirent le feu à la ville, dont presque toutes les maisons étaient couvertes de chaume, et faillirent enfumer le gouverneur Artaphernc (497). On n'en avait jamais fini avec ces Grecs remuants. Quand ils étaient vaincus, de généraux ils se faisaient pirates et restaient
1. llérod., m, 8!) : ÀÎyouji llipjai (u; Aapc.Io; jjlîv rjv y.ârr,Ào;, Kajat. VA. jjlus liaut, |t. '14.
138 L HELLKNISATION DU MONDE ANIInUE
aussi gênants, comme corsaires, pour le commerce phénicien, qu'ils l'avaient été, comme soldats réguliers, pour la flotte perse. Au lendemain de la bataille de Ladé (494), qui fut une catastrophe pour l'Ionie et un malheur panhellénique, on vit arriver sur les côtes phéniciennes un des combattants, Dionysos de Phocée, avec trois galères prises sur l'ennemi. Il terrorisa pendant quelque temps le commerce tyrien, coulant les navires marchands et s'emparant de leurs cargaisons : puis, comme s'il avait eu le sentiment du double danger qui menaçait l'hellénisme, il fit voile vers la Sicile ; et là, pendant plusieurs années, il fit la course, épargnant ses compatriotes, nous dit Hérodote, mais poursuivant les navires carthaginois et étrusques ^ Les Grecs n'étaient jamais vaincus ; abattus sur un point, on les retrouvait sur un autre, toujours aussi adroits, toujours aussi insolents. Il fallait, pour les satrapes d'Ionie comme pour les marchands de Carthage ou de Tyr, renoncer à la suprématie militaire et économique sur la Méditerranée, ou anéantir cette race trop entreprenante, avide de guerre comme de butin; les guerres médiques et la guerre de Sicile n'eurent pas d'autres causes.
Au moment où les peuples allaient ainsi s'entre-choquer nous pouvons nous demander quelles étaient de part et d'autre les chances de succès ? Que les Perses aient eu pour eux le nombre, c'est ce que personne ne songe sérieusement à contester. Malheureusement les renseignements des anciens sur les forces dont pouvait disposer le Grand Roi sont fantaisistes et contradictoires ; et le fameux dénombrement d'Hérodote ressemble moins à un morceau d'histoire qu'à un fragment d'épopée ; Victor Hugo n'a eu qu'à y ajouter quelques contre-sens de génie pour en faire un des plus brillants morceaux de la Légende des Siècles'. On peut contester les 100.000 fantassins qu'Hérodote
\. Hérod., VI, 17.
2. Vuir E. cl'luchthal. lierue des El iules (jre.cques. 190i. p. li'U.