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LA SECONDR PHASE DE LA CONQUÊTE UALEXANDRE

de Skylax de Karyanda, le premier, médecin d'Artaxerxès, le second, amiral de ce Darios, qui, près de deux siècles auparavant, avait entrepris cette tentative de soumettre les Indes que renouvelait Alexandre et où il aurait, disaiton, aussi peu réussi que Sémiramis.

Si Alexandre a réussi où ses prédécesseurs avaient échoué, c'est qu'il n'avait pas seulement préparé une armée aussi solide que légère ; il s'était bien informé des choses de l'Inde et s'y était ménagé des alHances. Les quatre princes les plus importants qui régnaient dans la région des Cinq fleuves — l' Indus et l'énorme affluent que lui constitue la jonction de l'Hydaspe, de l'Akésinès, de l'Hydraotès et de l'Hyphase, — ces princes étaient divisés en deux camps : Omphis de Taxila contre Abisarès son parent, maître du Kashmir, Porus de l'Hydaspe contre un autre Porus son neveu, souverain de l'Akésine et de la Gandaritide dans le bassin du Gange. L'aide d'Omphis permit à Alexandre de vaincre Porus ; Porus devenu son allié, après la défaite où, pour la première fois, les Grecs se trouvèrent en présence d'éléphants \ coopéra avec lui contre l'autre Porus et contre Abisarès. Finalement, ces quatre princes paraissent s'être ralliés au Macédonien, conscients peut-être de la parenté qui, en tant qu'Aryas, les unissait à Alexandre : le Dyaus Pitar qu'ils adoraient n'était pas si loin du Zeus Pater des Grecs, et l'on raconte que c'est Alexandre qui changea en Akésinès « le guérisseur » le nom de Ksandrabhaga que portait jusque-là le fleuve, nom de mauvais augure puisqu'il devenait en grec Sandrophagos. Quoi qu'il en soit, les princes indiens semblent s'être entendus aisément pour seconder Alexandre contre les populati(ms l)elli(|ueuses des montagnes, seuls rcsics de ces Dravidiens, maîtres de l'Inde avant l'invasion t ryenne, qu'ils n'avaient jamais pu soumettre : c'est en luttes pénibles contre ces peuplades, Oxydraques, Malliens, Assakéniens, Glauséens, Kathéens,

I. Sur la biit;iill(' d.- rilvriaspp. voir Veilli, A7io, IMOS.

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que, par une ardeur inconsidérée, le grand conquérant aryen perdit le meilleur de l'année 326. A ce rôle, qui fut peut-être, inconsciemment, celui d'un condottiere dont les rois de l'Inde des Cinq fleuves surent exploiter la bravoure et les talents, il épuisa son armée déjà si réduite. Nul n'en fut plus cruellement puni que lui-même : lorsqu'à la fin de 326, après avoir achevé de terroriser les peuples des hauteurs par la prise de Sangala (Lahore), il arriva sur les bords de l'Hyphase, ses soldats refusèrent de le suivre plus loin. Imaginant que le Gange le mènerait promptement à l'Océan et qu'il n'aurait à traverser que le pays des Gangarides, il paraît avoir formé le projet de revenir par l'Océan, soit par le Nord à la Caspienne (Mer d'Hyrcanie), soit par le Sud au golfe Persique ou même à la mer Rouge qu'il jugeait proche puisqu'on retrouvait aux Indes animaux (éléphants et crocodiles surtout) et plantes d'Egypte.

On a voulu voir de la folie dans de pareils projets. Conformément aux idées géographiques de son temps, rien ne paraissait moins chimérique. Il y fallait une immense audace ; mais tout n'avait-il pas trop bien réussi à Alexandre pour qu'il pût douter de soi ? Les raisons invoquées par Alexandre, dans le discours à ses soldats que les historiens lui prêtent, n'ont rien qui dénote un cerveau brillé: elles sont d'un homme qui a conçu le projet de soumettre le monde et qui, en ayant conquis une moitié, cherche le moyen le plus pratique pour parcourir l'autre. Le plus sage n'était-il point de ne pas laisser entre l'Hyphase et l'Océan indien des peuples insoumis dont l'attaque eût pu rappeler en arrière le conquérant ?

Quoi qu'il en soit, on ne saurait regretter qu'il n'ait pu entreprendre ce vaste dessein : si l'on tient compte de combien la réalité dépassait ses prévisions, si l'on se rappelle que son armée était réduite à une poignée d'hommes, on ne peut guère douter qu'il eût péri avec elle dans la traversée de l'Inde et dans l'immense périple qu'il eût fallu accomplir pour revenir des bouches du Gange à celles de l'Indus. La fortune, qu'il a tant accusée quand il dut s'arrêter sur

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