LE MORCKLLK.MENT DE L EMPIRE D ALEXANDRE
dans Termessos de Pisidie et bloqué Euménès dans Nora de Lycaonie (printemps 319), on put croire la paix et l'unité rétablies dans l'Empire ; mais Antipatros mourut sur ces entrefaites et le deuxième acte allait finir dans les affres d'une nouvelle convulsion, plus terrible que la précédente.
Revenu en Macédoine avec la veuve et le fils d'Alexandre, Antipatros avait, en effet, désigné comme successeur un de ses plus solides officiers, Polyperchon, ne donnant à son fils Kassandros que la chiliarchie. L'orgueil de celui-ci ne put se contenter de la deuxième place dans l'Empire alors qu'il espérait la première ; il s'allia avec Antigonos qui lui fournit les forces nécessaires pour disputer Athènes à Alexandros fils de Polyperchon, qui y avait rétabli la démocratie (printemps 318). Bientôt, Lysimachos, Séleukos et Ptolémée entrèrent dans l'alliance ; Euménès, rallié au régent Polyperchon, fut impuissant à reprendre l'Asie Mineure à Antigonos, et Klitos, son amiral, ne put empêcher Kassandros de passer le Bosphore et de reparaître en vainqueur, d'abord à Athènes, puis en Macédoine où il fut nommé régent par Eurydiké à la place de Polyperchon (été 317). Celui-ci s'entendit alors avec Olympias réfugiée en Epire : victorieuse, la mère d'Alexandre fit impitoyablement exécuter Arrhidée et Eurydiké (aut. 317)- Les représailles ne se firent pas attendre ; Kassandros accourut du Péloponèse et assiégea Olympias dans Pydna. Au printemps 316, la place, affamée, dut se rendre et la mère d'Alexandre fut mise à mort, tandis que son fils était envoyé sous bonne garde à Amphipolis. Sans en prendre encore le titre, Kassandros, gendre de Philippe, agissait en roi de Macédoine. Le pouvoir royal n'était plus qu'une ombre et la question n'était plus de savoir qui serait régent de l'Empire mais qui en serait le maître. Si l'unité ne devait pas être maintenue au profit de la dynastie d'Alexandre, elle n'en restait pas moins l'idéal de ses généraux. Le troisième acte du drame va bientôt mettre en présence cinq Etats entre lesquels se divisera presque tout l'Empire; mais ce n'est pas là un système stable; c'est un équilibre factice
218 I.HELLÉNISATION DU MONDE ANTIoUE
résultant de la seule opposition des intérêts des cinq généraux qui restent les plus forts. Chacun d'entre eux aspire à rétablir l'unité à son profit; le plus puissant d'entre eux, Antigonos le Borgne, succombera, pour l'avoir tenté, sous les coups de ses collègues que son ambition unira contre lui.
III. Ce troisième acte est en deux tableaux. Le premier s'ouvre sur le duel entre Kassandros, maître en Europe, et Antigonos, devenu en même temps maître de l'Asie. Antigonos, en effet, soutenu par Séleukos et Peithon, avait fini par battre Euménès, qui n'était plus à la tête que des contingents disparates des autres hautes satrapies, en Parétacène, dans la région d'Ispahan (fin 317). Non content de mettre Euménès à mort, il avait aussi fait exécuter Peithon de Médie, qui se posait comme son rival, ainsi que les satrapes de l'Inde et de' la Susiane ; Séleukos, menacé, s'enfuit auprès de Ptolémée. Tous deux eurent bientôt fait de s'entendre avec Kassandros et Lysimachos ; ils résolurent de disputer l'Asie à Antigonos, tandis que celui-ci, aidé de son fils Démétrios et de son neveu Polémaios, cherchait à prendre pied en Grèce où il renouvelait les promesses de liberté. Au bout de trois ans de luttes continuelles, la victoire de Ptolémée sur Démétrios à Gaza (printemps 312), tandis qu' Antigonos était arrêté sur l'Hellespont, permit à Ptolémée de remettre la main sur la Phénicie et à Séleukos de retourner à Babylone ; il soumettait les hautes satrapies malgré Démétrios, tandis qu'Antigonos reprenait la Phénicie à Ptolémée et que Polémaios tenait tête à Kassandros en Grèce. L'impossibilité de remporter de part ou d'autre un succès décisif amena les belligérants à signer la paix sur la base àeVuti possidetis : Kassandros devait être stratège en Europe, Lysimachos en Thrace, Ptolémée en Egypte, x4ntigonos dans les basses satrapies, Séleukos dans les hautes satrapies d'Asie. Les actes étaient toujours datés et les monnaies frappées au nom du jeune Alexandre ; mais, de régence, il n'était plus question (fin 312).
Ainsi, l'effort d'Antigonos pour saisir l'hégémonie s'est trouvé une première fois brisé par l'union de ses collègues.