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LE MORCELLEMENT DE L EMPIRE D ALEXANDRE

Ptolémée, Séleukos, Néarque, ses plus fidèles lieutenants, voulaient qu'on attendit la naissance de l'héritier que Roxane portait dans son sein ; mais l'infanterie macédonienne, conduite par un chef ambitieux, Méléagros, jalouse de la cavalerie qui soutenait les grands chefs, ne pouvait se faire à l'idée d'avoir pour roi le petit- fils de Darios; elle proclama le demi-frère à moitié imbécile d'Alexandre, Arrhidée, sous le nom de Philippe. Après la naissance du fils de Roxane (septembre 323), Alexandre II, on en vint à un compromis : l'enfant fut associé à son oncle ; Kratéros fut chargé de la régence en Macédoine, de concert avec le vieil Antipatros, et Perdikkas, secondé par Méléagros, le chef de l'infanterie, fut régent en Orient. Un premier partage des satrapies contenta bientôt les plus ambitieux : Ptolémée reçut l'Egypte, Lysimachos la Thrace, Peithon la Médie, Laomédon la Syrie, Euménès la Cappadoce, Antigonos la Grande Phrygie, Léonnatos la Phrygie hellespontique.

Des mariages consolidèrent cet accord, notamment ceux de Perdikkas, Kratéros et Ptolémée avec les trois filles d'Antipatros, qui disposait des réserves d'hommes de la Macédoine.

Des intrigues de femmes allaient ajouter leur poids aux jalousies trop naturelles entre ces généraux ambitieux pour bouleverser cette apparence d'ordre. Olympias, la mère d'Alexandre, et la vieille ennemie d'Antipatros ; Kléopatra, sa fille, dont elle promit la main à Perdikkas pour le gagner contre son nouveau beau-père ; Eurydiké, sa nièce, qu'elle fit épouser à Philippe Arrhidée, telles furent les protagonistes féminins du drame. Le premier acte fut bientôt joué: Perdikkas avait formé le projet de ramener le corps d'Alexandre à Aigai, la vieille cité royale des Macédoniens, et, devenant par Kléopatra le beau-frère d'Alexandre, de s'imposer comme régent unique à l'Empire.

Mais l'escorte du char qui portait les restes d'Alexandre était déjà parvenue en Syrie sur le chemin de l'oasis d'Amon, où le roi avait demandé qu'on déposât ses

cendres; Perdikkas ne put rempêcher d'y être rejointe par l'armée de Ptolémée qui conduisit triomphalement la dépouille du grand roi à Memphis d'où, son mausolée achevé, elle devait être transférée à Alexandrie. Ptolémée venait de réunir Cyrène à l'Egypte et, s'alliant avec Antipatros, Kratéros et Antigonos, se posait en prince indépendant visà-vis du régent. Perdikkas eût perdu toute autorité s'il n'eût pas cherché à le réduire. Marchant contre le satrape d'Egypte, il fut arrêté à Péluse ; trahi par Séleukos et par Peithon, il fut tué dans une révolte soudoyée des siens ; la victoire, remportée en même temps par son lieutenant Euménès en Phrygie sur Kratéros qui y succomba i, ne put sauver la cause de la légitimité (mai-juin 321).

II. Sans doute, la Régence ne disparut pas avec Perdikkas. Antipatros, que venait d'illustrer l'écrasement de la révolte d'Athènes (322), fut porté à cette régence unique que Perdikkas avait ambitionnée pour sa perte, et, avec elle, se maintint le fiction de l'Empire unitaire. Mais, accablé d'années, Antipatros n'était plus de force à faire de la Régence une réalité ; si ses collègues n'en avaient pas été assurés ils ne la lui auraient pas confiée. Pour prendre mieux encore leurs sûretés, ils exigèrent, en gages, un nouveau partage des satrapies qui donna aux principaux d'entre eux de véritables royaumes : Séleukos reçut la Babylonie bientôt augmentée de la Susiane ; Antigonos, chargé de poursuivre en Anatolie Euménès et les amis de Perdikkas, ajouta la Lydie et la Cappadoce à la Phrygie. Ce partage, qui eut lieu à Triparadisos dans le nord de la Syrie où Antipatros était venu à la rencontre de l'armée venant d'Egypte, marqua une nouvelle étape dans le démembrement de l'Empire. Des satrapes comme ceux de Médie et de Babylonie, Peithon et Séleukos, se considéraient de fait comme indépendants ; Antigonos, laissé en Asie pour réduire Euménès et Alkétas, les derniers partisans de Perdikkas, y opérait pour son propre compte. Sans doute, quand il eut tué Alkétas

1. Euménès a fait l'objet d'une bonne monographie, E. Vezin. Emneties von kardia (1907).

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