COMMENT ON ENSEIGNAIT L'HISTOIRE
seur(l). » L'institution d'un Concours pour l'agrégation (1766), où l'explication des auteurs grecs (2) avait une place assez considérable, dut remédier un peu au mal signalé par le savant magistrat, et qui se faisait sentir dans les provinces plus encore qu'à Paris ; cette institution ne réussit pas à le guérir. Cependant, chose singulière, qui prouve bien l'heureuse activité de l'esprit français, malgré l'affaiblissement de ces études (3), jamais les idées grecques n'ont plus vivement préoccupé l'opinion que durant ce siècle, et même, dans l'éducation publique, il y eut alors à cet égard une sorte de progrès.
Et d'abord, l'histoire ancienne a peu à peu renouvelé ses méthodes en même temps qu'elle a pris place dans l'enseignement secondaire. Suivant un usage qui remonte aux écoles mêmes des grammairiens et des rhéteurs de l'antiquité, l'histoire ne figurait pas dans le cadre des humanités. En France, comme jadis à Athènes et à Rome, le professeur de grammaire ou de rhétorique devait savoir un peu d'histoire pour bien expliquer les auteurs classiques à ses élèves et pour leur donner, au besoin, des notions relatives aux matières de vers, de narrations ou
(1) Recueil de plusieurs ouvrages de M. le président Rolland (Paris, 1783, in-4°), p. 124126.
(2) Même Recueil, p. 186, 228, etc. On remarquera, du reste, que cette première agrégation, dont les actes se trouvent dans les Archives de l'Université de Paris, registres 88 et suiv. (Bibliothèque de la Sorbonne), n'est pas tout à fait semblable à notre agrégation d'aujourd'hui.
(3) Les articles Grec et Grec moderne, dans l'Encyclopédie, témoignent d'une grande ignorance du sujet.
de discours. Fleury, tout en prêchant Futilité de cette étude pour former l'esprit de la jeunesse, ne demande pas qu'on en expose aux enfants beaucoup plus que les principes (1). Bossuet, vers le même temps, faisait rédiger au dauphin un abrégé de l'histoire de France, et il écrivait pour ce jeune prince le Discours sur l'histoire universelle. Mais c'était là une exception. Après Bossuet, je vois Fénelon prendre toute sorte de détours pour enseigner les faits et la morale de l'histoire au duc de Bourgogne : c'est r objet principal de ses charmants et instructifs Dialogues des morts. Il est bien plus réservé encore pour l'éducation des Mes, et il borne, en ce qui les concerne, l'enseignement à un choix de récits empruntés à l'histoire sainte (2). D'autres manuels à l'usage des élèves et des maîtres pouvaient circuler alors dans le monde (3) ; mais aucun n'était imposé dans les classes par le règlement. Rollin, si je ne me trompe, est le premier qui propose à l'enseignement public une idée plus étendue et plus relevée de l'histoire ; il est le premier de nos écrivains savants qui ait tenté
(1) Choix des Études, chap. xxx : « On ne peut commencer trop tôt à donner aux enfants les principes de l'histoire. En même temps qu'on leur contera les faits qui servent de fondement aux institutions de la religion, il faut leur conter aussi ceux que Ton trouvera dans l'histoire les plus grands, les plus éclatants, les plus agréables et les plus faciles à retenir. »
(2) Paris, 1687. Le titre seul de son chapitre vi est expressif à cet égard : De Vusage des histoires pour tes enfants.
(3) Par exemple, celui du père Thomassin, de l'Oratoire, Méthode pour étudier et enseigner les histoires profanes, publié l'année même où mourut l'auteur (1695).