MÉTHODE DE ROLLIN
d'exposer en un tableau d'ensemble toute l'histoire ancienne à l'intention de la jeunesse, et qui s'occupe formellement de cet objet dans un Traité des études. Assurément Rollin aime l'antiquité, et, par quelques côtés, il Ta très-bien comprise. Tout ce qu'il a écrit montre un art délicat d'étudier les historiens grecs et latins en vue de l'éducation morale; cela respire un parfum charmant d'affection pour la jeunesse et d'honnêteté. Mais, s'il veut toujours être vrai, il n'y réussit pas toujours ; on aimerait une manière plus franche que la sienne d'exposer les choses et d'en tirer la leçon morale. Ainsi il ne parait guère de différence entre Hérodote, Thucydide et Xénophon, dans les récits que Rollin leur emprunte : c'est là une sorte d'infidélité dont il n'a pas conscience , et qu'il serait injuste de lui reprocher sévèrement, mais à laquelle nous sommes aujourd'hui très- sensibles. On en pourrait donner beaucoup d'exemples ; je n'en citerai qu'un seul. Vous connaissez le beau récit d'Hérodote sur la mort du satrape Orétès, où se peignent si naïvement les mœurs orientales, surtout le respect des hommes de l'Orient pour le chef qui s'est imposé à eux par la force. La loi, en Perse, n'existe pas, à vrai dire, en dehors des volontés royales. Hérodote, en bon Hellène qu'il était, sent vivement et fait très-bien sentir ce contraste des mœurs orientales avec les mœurs grecques (1). La narration suivante (2) nous montre avec un naturel expressif ce
(1) Voir les lignes mémorables qu'il écrit, livre V, c. 77, sur la démocratie athénienne.
(2) Livre III, c. 127-130, traduction noavelle. J'ai exposé
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trait particulier de L'obéissance passive des Orientaux à leurs chefs :
« Darius, lorsqu'il fut le maître, désira punir Orétès pour tous ses crimes, et surtout pour la mort de Mitrobatès et de son fils. Mais il ne jugea pas pouvoir envoyer directement une armée contre lui, voyant les troubles a peine éteints, sa puissance encore récente, et Orétès entouré de grandes forces, avec mille Persans pour doryphores et le gouvernement des nomes phrygiens, lydiens et ioniens. Voici donc ce que prépara Darius. Ayant réuni les plus considérables d'entre les Perses , il leur dit : « 0 Perses, qui de vous pourrait se char- « ger de m'accomplir le coup par la ruse, sans vio- « lence ni tumulte? Qu'un de vous m'amène Orétès « vivant ou le mette à mort; car cet homme n'a ja- « mais rendu service aux Perses, et il leur a fait « beaucoup de mal. D'abord il a tué deux de nous, « Mitrobatès et son fils, et maintenant il tue les en- « voyés qui vont le chercher de ma part, et il montre « une superbe insupportable. Avant donc qu'il « fasse aux Perses quelque plus grand mal, il faut « le prévenir par la mort. » Ainsi leur parla Darius. Trente hommes lui promirent, chacun de son côté, de faire ce qu'il demandait. Darius arrêta leur dispute en leur ordonnant de tirer au sort. On tira ; celui de tous qui fut désigné était Bagéus, fils d'Ar-
plus complètement ce que je pense de l'art d'Hérodote, comme peintre de mœurs, dans une lecture faite au Congres scientifique d'Amiens, en 1867, et qui est imprimée dans les Actes de ce Congrès.