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LA PROFESSION D'AVOCAT

chacun, avec le sentiment de sa dignité, le respect du soi-inème et des convenances professionnelles. Qu'on lise dans Rollin (1) le curieux Mémoire qui lui avait été communiqué sur l'éducation de Henri de Mesine, on verra par quelles fortes études se préparait cette génération de magistrats intègres. Qu'on lise dans les Œuvres d Estienne Pasquier (2) la belle lettre où il résume pour son fils les principales règles de la profession où il va s'engager; enfin, que l'on suive dans le Dialogue des Avocats l'histoire un peu sèche sans doute, mais exacte et précise, du barreau français : ou comprendra quelle distance nous séparait, à cet égard, des mœurs de la Grèce et de Rome. La différence des usages devait se refléter dans le langage même de l'éloquence judiciaire (3). Combien se ressemblent peu Démosthène, écrivant ses plaidoyers civils pour être prononcés devant le juge par autant de personnages différents, et Pasquier, Du Vair ou Le Maître, dans leur rôle d'avocat au Par-

(1) Traité des Études, livre I, ch. 2 (t I, p. 294, éd. 1805). On en rapprochera peut-être avec intérêt un récit analogue d'André Lefèvre d'Ormesson, publié par M. Chéruel (de f Administration sous Louis XIV, Paris, 1849, p. 203etsuiv.). D'Ormesson n'avait été élevé qu'aux lettres latines; mais le temps de son éducation répond aux plus malheureuses années du seizième siècle.

(2) Livre IX, lettre G (n. xv des Œuvres choisies , éd. Feugère), et Recherches de la France, liv. IV, c. 27 (n. xxxi, éd. Feugère).

(3) Voir aussi Pardessus, Essai historique sur l'organisation judiciaire et l'administration de la justice en France depuis Hugues Capel jusqu'à Louis XII (Paris, 1851, in-8°); — C. Ba ta illard , les Origines de l'histoire des procureurs et des avoués (Paris, 18G6, in-8°); — Eug. de Monzie, le Barreau d'autrefois (Paris, 1868, in-12).

lement, libres de choisir leur client) mais, après ce choix, devenant, en présence d'une cour du Parlement, personnellement responsables de l'honnêteté des causes qu'ils défendent ; non plus forcés d'accommoder leur style au caractère de vingt personnages divers, comme faisait le logourapbe athénien, mais conservant dans la diversité des affaires qu'ils plaident l'unité de leur propre personne morale ! Il y a là uue gravité, une grandeur particulière à l'esprit des sociétés modernes et qui se communique aux formes mômes de la littérature oratoire.

Et pourtant cette littérature du barreau français, aussi loin qu'on en peut étudier les monuments, se montre bien inférieure à la noble idée que nous en concevons d'après le caractère de nos institutions judiciaires. La variété de nos lois et de nos coutumes, le mélange du droit romain et du droit français, l'influence des méthodes scolastiques, lui donnent une allure laborieuse et pédantesque. Le développement des études classiques, à partir de la Renaissance, n'était pas fait pour la corriger de ce défaut. Au moyen âge elle abusait beaucoup des auteurs latins ; quand elle sut le grec, elle abusa en outre des auteurs grecs : ce fut comme une surcharge ajoutée au poids de son ancienne érudition. La citation des sentences devint surtout à la mode et fut merveilleusement secondée par les éditions qui se multiplièrent alors des Anthologies, des Gnomoîogies et autres recueils semblables d'apophthegines et de sentences en vers ou en prose, extraits des auteurs

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