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LES GUÊPES ET LES PLAIDEURS

s'arrêter un moment parce que Tune a eu l'honneur d'être imitée par Racine , et l'autre, le malheur de contribuer à la mort de Socrate. Les Guêpes ont fourni à l'auteur de Britannicus la première idée de ses Plaideurs, comme le sujet de l'Enfant prodigue, joué aux marionnettes de la foire, fit éclore celui de Voltaire : d'où il résulte seulement que le germe le plus informe peut être fécondé par le génie. •» Renversons un peu les rôles et supposons la pièce des Plaideurs jugée par des Athéniens. Otez-cu le sel, qui serait sans valeur pour eux, d'une foule de plaisanteries à l'adresse des avocats et des juges parisiens ou d'autres personnages ridicules d'une société toute française et toute moderne (1) , que restera-t-il de cette charmante comédie ? Une intrigue faible ou nulle, et des caractères tous inconséquents, excepté celui de Perrin Dandin, qui est précisément emprunté à la pièce d'Aristophane ; un amoureux dont on ne sait rien sinon qu'il est amoureux, et qui trompe Chicaneau sans même savoir s'il a besoin de cette tromperie pour s'assurer la main d'Isabelle ; l'enragé Chicaneau, qui n'a sou procès avec la comtesse que parce qu'il faut à Léandre une occasion de lui surprendre sa signature pour un contrat de mariage ; qui, plaideur par métier, signe aveuglément un acte, sans prendre le temps de le

(1) M. Saint-Marc Girardin a développé ce contraste dans une charmante dissertation, lue en réunion générale de l'Institut, le 7 avril 1869, et qui va être imprimée dans une nouvelle édition du théâtre de Racine.

lire, et qui ne distingue ni h la voix ni à la figure Léandre, fils de Dandin, d'un Léandre habillé en huissier ; une fille bien élevée qui vient d'elle-même ouvrir la porte du logis, l'ouvre d'abord à moitié, quand elle croit répondre pour son père, puis toute grande, quand il s'agit d'un billet d'amour. Voilà d'étranges invraisemblances. Puis, que d'obscurités dans ces vers où Chicaneau résume l'histoire de son procès ! 11 y faut aujourd'hui les notes d'un scoliaste, comme pour bien des traits du comique athénien. Quelle froide parodie que celle qui atteint le vieux Corneille, et dont celui-ci, dit-on, eut la faiblesse de s'offenser ! etc. Combien les Guêpes du bouffon Aristophane devaient paraître un spectacle plus grand et plus comique au nombreux et intelligent auditoire que rassemblait le théâtre d'Athènes ! Dès les premières scènes, la folie du citoyen passionné pour sa fonction lucrative de juge; puis les deux plaidoyers contradictoires du père et du fils : l'un soutenant que sa judicature passagère est une espèce de royauté, et l'autre lui démontrant qu elle n'est qu'une forme de la servitude où les démagogues réduisent le peuple pour s'enrichir à ses dépens ; puis l'admirable bouffonnerie du procès des petits chiens, que Racine a reproduite ; puis un charmant pêle-mêle de critiques et de satires qui tombent tour à tour sur chacun des poètes contemporains et se terminent comme par un déluge sur la tète du pauvre Carcinus (son nom signifie le crabe) et de toute sa famille ; enfin la conversion apparente du vieux Philocléon, qui, de juge sévère et avare qu'il était,

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