‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 14 sur 216 · L'ABUS DES CITATIONS · texte numérisé non relu

L'ABUS DES CITATIONS

gnent le plus qu'elles pourront de la poussière des

écoles Je ne sais comment s'est insinué entre

nous ce nouveau genre d'éloquence par lequel il fout non-seulement que nous nommions les auteurs, mais, qui plus est, que nous couchions tout au long leurs passages , et ne penserions être vus savoir ni bien dire si nous n'accompagnions toute la teneur de nos discours de cette curiosité. Les Grecs ni les Romains, lorsqu'ils furent en vogue de bien dire, n'en usèrent de cette façon, ni ceux mêmes qui vinrent sur le déclin de leur éloquence entre les Latins, comme nous voyons par leurs panégyriques. Bref, nous seuls entre toutes les autres nations faisons profession de rapiécer ou plutôt rapetasser notre éloquence de divers passages, rendant, si ainsi le faut dire, les morceaux, comme un estomac cacochyme et mal affecté, ainsi que les avons : quoi faisant nous ne considérons pas qu'un corps bien sain tourne ses aliments en nature. » Il attribue ce fâcheux usage au goût de feu M. le président de Thou « .... disposé à telles allégations (l). » C'était oublier (chose étrange chez un pereil érudit) toute la tradition du moyen âge , que continuaient simplement messieurs les avocats du seizième siècle.

Sans doute Loisel comprit la leçon ; en tout cas, dans son Dialogue des advocats s il nous la rappelle, en plaçant dans la bouche du vieux Pasquier ces sages maximes sur les vrais devoirs de l'avocat (2) :

(1) Lettres, VII, 12, n. xiv, des Œuvres choisies, éd. Feugëre.

(2) Troisième conférence, p. 123, éd. Dupin.

« Ce que je désire donc en mon advocat est qu'il apprenne à bien conduire un procès intenté ou à . intenter, à dresser succinctement une demande, et à libeller un exploit, à minuter des requêtes, des lettres royaux, des requêtes civiles et d'autres lettres, tant de la petite que de la grande chancellerie, qu'il puisse faire un bon advertissemcnt, des contredits et autres écritures ; et lorsqu'il faudra plaider, qu'il examine et ménage toutes les particularités et circonstances de sa cause; qu'il en prenne bien le point et s'y arrête, et le représente en termes bien choisis et intelligibles , et néanmoins plus serrés et renforcés que redondans ni superflus, en les fortifiant de raisons pertinentes, d'autorités formelles et précises, de textes de droit, d'ordonnances, d'articles de coutumes ou de décisions de docteurs, sans l'obscurcir ou noyer d'allégations superflues; quelquefois l'embellir d'un trait d'humanité, voire de grec ou de latin, comme en passant, et qu'il soit .si à propos et si significatif qu'il ne se puisse si bien exprimer en françois ; car je ne suis point de ceux qui voudroient du tout bannir le grec et le latin du barreau, comme feroieut volontiers quelques-uns de nos délicats ou ignorants, puisque nous avons à parler devant des juges et des advocats la plus part doctes en l'une et l'autre langue, pourvu que ce soit sobrement et sans en faire monstre ni parade. •«

L'excuse, en effet, n'est pas sans valeur; mais il n'en est pas moins vrai que la manie des citations produit une bigarrure étrange de langage, un défaut de suite et d'harmonie qui forment un frappant

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