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LA POÉSIE DIDACTIQUE EN GÉNÉRAL

habile et brillante. A ce second âge et dans ces nouvelles conditions, le poëme didactique était bien déchu de son autorité ; il n'était plus œuvre de doctrine sérieuse, mais de simple curiosité littéraire.

Pourtant la poésie didactique garde encore une certaine dignité et comme un certain agrément, si elle se développe avec éclat et abondance. Mais, quand elle n'use du mètre que pour fixer des préceptes ou des axiomes dans la mémoire des écoliers, elle devient ce que nous appelons technique ; elle ne touche plus en rien à l'art d'Hésiode.

Dès le siècle des Ptolémées, le progrès même des temps réduit la poésie didactique à ce rôle inférieur d'une exposition en vers de la science déjà exposée * en prose ( I ). On comprend tout ce qu'elle perd à être ainsi rapprochée de l'œuvre qui lui sert comme de texte continu. Aratus a décrit en un millier de vers les Phénomènes du ciel et les Signes du temps (Z)/osemeia), mais il l'a fait d'après un astronome, d'après un prosateur. Eudoxe, qui lui a fourni toutes ses idées, les avait, cent ans auparavant, exposées en prose, beaucoup plus justement et plus clairement (2) que ne l'a pu faire Aratus. Ni Cicéron, ni Germanicus , ni plus tard Aviénus, dans leurs imitations des vers du poète astronome, n'ont réussi à eu animer la froideur. Manilius n'est guère plus heureux, quoique son poëme, plus librement imité des

(1) Voir mes Mémoires de littérature ancienne, n. u : « Des Origines delà prose dans la littérature grecque. »

(2) Dans les ouvrages, aujourd'hui perdus, qu'il avait intitulés le Miroir et les Phénomènes.

Grecs, abonde en traits d'une véritable éloquence. Si les deux ouvrages d'Aratus furent jadis placés en leur genre près des poèmes homériques (1), si leurs imitateurs latins ont joui dans le moyen âge d'une sorte de popularité, cela prouve seulement à quel point l'esprit scientifique s'était alors amoindri, pour qu'on préférât ces jeux dune métrique laborieuse à la simple prose d'un Eudoxe ou d'un Sénèque (2).

Après l'astronomie d' Eudoxe, c'est la science médicale d'Hippocrate et l'Histoire des plantes de Théophraste qui reparaissent, plus ou moins altérées, dans les vers didactiques de Nicandre (Theriaca et Alexipharmaca). La géographie d'Érâtosthène sera bientôt versifiée par Scymnus de Chio et par Denys le Périégète. Que dis-je? les Gloses de Nicandre, à les juger par deux lignes qui nous en restent, paraissent avoir été un lexique en vers fort semblable au Jardin des racines grecques de Laucelot et de Sacy (3). C'est toujours le même procédé de versification, où l'on admire l'heureuse abondance du vocabulaire poétique de la Grèce , où quelques épisodes narratifs peuvent, de temps à autre, nous intéresser. Mais, le plus souvent, ces in-

(1) Quintilien, Inst. or., X, 1, § 55. Un biographe grec d'Aratus atteste qu'un certain Dionysius avait écrit une Comparaison de ce poète avec Homère!

(2) Pour ce dernier, je pense surtout aux Questions naturelles.

(3) On trouve tout ce qui nous reste des poètes didactiques de la Grèce dans deux volumes de la Bibliothèque grecquelatine de F. Didot.

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