‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 169 sur 216 · LES SCIENCES ET LES LETTRES ANCIENNES · texte numérisé non relu

LES SCIENCES ET LES LETTRES ANCIENNES

le développement d'un esprit nouveau dans la critique , l'application de méthodes nouvelles à l'interprétation des textes et des monuments anciennement connus.

On a maintes fois décrit avec admiration cet âge unique où l'Europe vit subitement reparaître et se propager par l'imprimerie tant de chefs-d'œuvre des littératures grecque et latine ; où l'antiquité, si éclipsée durant le moyen âge, éclaira tout à coup par des flots de lumière la marche progressive de l'esprit humain. C'est dans le siècle des Médicis que Barthélémy avait d'abord voulu placer la scène du roman historique et littéraire dont il abandonna plus tard le projet pour écrire X Anacharsis, Il nous a même laissé une brillante esquisse du projet qui l avait longtemps séduit (i). Le dix-neuvième siècle tentera moins l'enthousiasme des érudits romanciers, et pourtant il a vu reparaître au jour bien des produits de la plus belle antiquité, et ces découvertes eussent facilement passionné l'attention publique, si elles n'eussent pali, durant cette même période, par suite de l'incomparable éclat que jetaient alors dans le monde les travaux des orientalistes, et plus encore ceux des géomètres, des astronomes, des chimistes et des physiciens. Les Champollion et les Eugène Burnouf, les Laplace et les Ampère, ont fait tort aux modestes représentants de la philologie classique. Il faut pourtant, si nous vouions être justes, compter aussi à l'honneur du dix-neuvième siècle mainte découverte qui éclaire l'histoire de notre vraie famille politique et morale, des peuples païens et chrétiens de l'Occident. C'est ce que je voudrais faire comprendre par une rapide esquisse des progrès accomplis dans cette voie, où quelques esprits chagrins sem-

(1) Mémoires sur la vie de J.-J. Barthélémy, troisième Mémoire* L I, p. 69 et suit, de l'éd. de 1822.

blent croire que nous sommes réduits à creuser de vieilles ornières vingt fois battues par nos devanciers.

La France a, pour ainsi dire, donné le signal de ce mouvement de rénovation.

Dès 1784, l'Académie des belles-lettres avait eu l'heureuse idée de faire connaître méthodiquement , par des descriptions et des extraits, les principaux manuscrits de nos bibliothèques, et le gouvernement de Louis XVI avait, sur sa demande, institué une commission spéciale pour rédiger et publier le recueil devenu célèbre sous le titre de Notices et Extraits des manuscrits (1). Le premier volume était publié en 1787, et presque en même temps un des membres de la commission, alors absent de France, le jeune D'Ansse de Villoison, érudit d'une rare précocité, découvrait parmi les riches trésors de Saint- Marc, à Venise, un gros commentaire en grec sur l'Iliade, sur le plus connu, le plus admiré, le plus souvent commenté de tous les poèmes (2)! Scholia in Homeri Iliade m, ce titre-là n'avait rien de séduisant au premier abord, surtout quelques années après que la découverte de Y Hymne à Cérès, publié en 1780 par Ruhnkenius, avait si vivement ému les hellénistes ; quelques centaines de beaux vers d'un caractère et d'une antiquité tout homériques ne valaient-ils pas mieux qu'un gros volume de notes grammaticales ?

(1) A. Maury, V Ancienne Académie des inscription* et belleslettres (Paris, 1864, in-8°), p. 246 et suiv.

(2) VilloUon en signala d'abord l'importance dans ses Anecdota gra-ca (1781); il le publia en 1788, avec d'amples Prolégomènes. Voir , pour plus de détails, Th. Beccard, de Scfioliis in Homeri Jliadem (f^enetiis, Berolini, 1850, in-8°). — Il semble, au reste, que l'attention des érudits aurait dû être depuis longtemps excitée sur ce sujet par un témoignage de Kuster, Historia critica Homeri (1696), p. 111 : « Venetiis in Bibliotheca D. Marci servatur Ilias cum scholiis ab editis multum différend bus. »

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