‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 170 sur 216 · LE SCH0L1ASTE DE VENISE · texte numérisé non relu

LE SCH0L1ASTE DE VENISE

Mais le manuscrit de Venise renferme un résumé de tous les travaux des anciens critiques, depuis le temps d'Alexandre jusqu'à celui des Antonins, sur le texte d'Homère ; il nous montre, en quelque sorte, pour la première fois, quelles vicissitudes a subies ce texte vénérable , à travers quels remaniements il est parvenu jusqu'à nous. U nous fait 'assister aux discussions qui agitèrent si longtemps, sur ce sujet, les écoles d'Alexandrie et de Pergame. Derrière le tissu, fixé désormais pour toujours, de l'unité épique, il nous laisse apercevoir un travail de correction tardive et souvent hardie, où prirent part bien des mains que nous avions crues jusqu'ici plus respectueuses envers l'œuvre du vieux poëte ionien.

Ainsi était soulevé, mais encore à demi, le voile qui nous cache les origines de l'ancienne épopée grecque ; ainsi s'ouvraient devant la critique des horizons nouveaux ; elle y a pénétré depuis avec une ardeur et une curiosité parfois téméraires; elle a cru y voir ce que peut-être il nous sera toujours interdit de connaître sûrement. Mais de ces excursions, même imprudentes, au fond d'un passé si lointain et si obscur, elle est revenue pourtant mieux éclairée sur le génie de la poésie primitive des Hellènes, et plus émue que jamais d'admiration pour ces antiques chefs-d'œuvre. D'Ansse de Vil— loison, qui publia le premier ce recueil de notes que nous appelons vulgairement le Scholiaste de Venise^ ne mesura peut-être jamais lui-même toute l'importance du service qu'il rendait aux lettres. Bien plus, on dit qu'il fut un peu enrayé de l'usage qu'en faisaient F.-A. Wolf et ses disciples pour attaquer l'orthodoxie des jugements classiques sur Homère (i). Ce n'est pas le premier exemple d'une

(1) Dacier, Notice fustonque sur la vie et les ouvrages de filoison (1806), p. 15-16. Yilloison pourtant, s'il avait eu autant d'es- IJ. 2f>

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découverte qui trompe les espérances de son auteur , ne fût-ce qu'en les dépassant. Philologue de l'ancienne école, Villoison avait, sans le vouloir, fourni des armes à la nouvelle; on comprend ce qu'un tel succès avait d'embarrassant pour lui. Nous sommes mieux placés aujourd'hui pour juger la révolution littéraire qu'il prépara, et nous prenons volontiers parti pour sa gloire d'éditeur contre les scrupules de sa conscience.

Vers le même temps, deux mines inconnues s'ouvraient aux recherches des hellénistes; je veux parler des traductions faites en arménien d'auteurs grecs dont le texte a disparu, puis des papyrus d'Herculanum.

L'Arménie a vécu de J)onne heure en étroite familiarité avec les lettres grecques ; elle leur a emprunté par des traductions, ordinairement très- fidèles, beaucoup d'ouvrages soit chrétiens, soit profanes. Un mémorable exemple a surtout démontré l'importance de ces emprunts.

En face de Venise et de la bibliothèque de Saint-Marc, d'où Villoison avait exhumé un si précieux commentaire sur l'Iliade, et vers le temps même où il le publiait, les moines Méchitaristes du cloître de Saint -Lazare recevaient d'Orient une version arménienne de la chronique d'Eusèbe, qui nous rend dans son ensemble un livre important, connu seulement jusqu'ici par d'informes fragments et par une traduction partielle due à la main de saint Jérôme. Le public ne tarda pas à jouir de cette intéressante découverte; deux éditions de l'Eusèbe arménien remis en latin furent bientôt imprimées : l'une , malheureusement, avec peu d'exactitude , d'après une copie subreptice et fautive; l'autre, par le P. Aucher, savant

prit qu'il avait de savoir, eût compris la portée de certaine opinion de Wolf sur la Théogonie d'Hésiode, qu'il a transcrite lui-même, p» LVI et I.XVII de ses Prolégomènes sur l'Homère de Venise.

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