LE GREC DANS LES ÉTUDES UNIVERSITAIRES
tienne, mourant à l'hôpital de Lyon, nous touche d'une pitié qui s'ajoute pour lui à notre reconnaissauce.
11 ne faudrait pourtant pas que cet émouvant spectacle nous rendit injuste pour le dix-septième siècle, qui , dans l'ordre des études grecques , ne manque ni d'activité utile ni de cette espèce de génie que demande la bonne érudition, et qui surtout a su faire passer dans notre li Itéra ture une part si considérable des sentiments, des idées et des formes de la littérature antique.
L'année 1598 est mémorable à bien des titres pour notre histoire. Après trente-cinq ans de guerres civiles qui avaient en partie ruiné les écoles et dispersé les écoliers avec les maîtres, elle a vu signer i'édit de Nantes et le traité de Verdun ; elle a vu mourir Henri Estienne ; elle a vu achever une grande réforme des règlements universitaires, réforme que semble avoir dictée l'esprit même de ce célèbre helléniste (I). Dans le nouveau règlement, qui fut promulgué en 1 600, les études grecques ont une large place : Homère , Hésiode , Théocrite , les dialogues de Platon, les discours de Démosthène et de Lvsias, eniin les Hymnes de Pindare (2), sont recommandés aux mai- Ci) Sur l'ensemble de ces réformes, outre l'Histoire de l'Université par M. C. Jourdain, voir l'Histoire de Henri IV par M. A. Poirson, tome 111, p. 762 et suiv., où l'esprit libéral de ces nouveaux statuts est un peu exagéré par l'auteur.
(2) C'est le mol, un peu impropre, par lequel sont désignés dans ce règlement les <jlo(taTa ènîvtxa ou inivCxia, qui seuls nous sont parvenus de la riche collection des poèmes du lyrique thébain.
iO L'HELLÉNISME EN FRANCE. — 20* LEÇON.
très et aux élèves. Dans les classes de philosophie Aristote reste l'auteur par excellence : l'obstination de la scolastique maintenait sur les programmes : VOrganon, Y Éthique, la Physique, la Métaphysique, auxquels s'ajoutaient les Éléments dEuclide (1); autant de livres qui, du reste, pouvaient n'être expliqués dans ces classes que d'après des traductions latines. Le prince qui promulgua la réforme de 1598, s'il n'était pas nourri aux lettres grecques, n'y était pas non plus étranger : il aimait et lisait beaucoup Plutarque, comme faisait Montaigne (2), dans la traduction d'Amyot; il agréait, en 1604,1a dédicace d'une traduction en vers de Y Odyssée, par Certon.
Son fils Louis XIII, devait faire davantage. Dès 1612, on voit qu'il apprenait le grec, jusqu'à pouvoir traduire les Préceptes d'Agapétus à Justinien (3), ouvrage qui parait avoir été alors un livre classique. C'est beaucoup plus que n'en ont jamais appris Louis XI V avec son précepteur Hardouin de Pérétixe, le grand Dauphin avec Bossuet, le duc de Bourgogne avec Fénelon (4). La même année, sur le conseil
(1) Cet ouvrage a été traduit quatre fois, mais, à ce qu'il semble, d'après le latin, dans les premières années du dix-septième siècle.
(2) Essais, 1. II, c. 17. Cf. la célèbre lettre de Henri IV à la reine, en date du 3 septembre 160 1.
(3) Préceptes d'Agapétus à Justinien mis en françois par le roy très chrétien Louis treizième, roy de France et de Navarre, en ses leçons ordinaires. Un résumé en latin de chaque pri-cepte suit la traduction française. En 1014 parut une autre traduction française de ces mêmes préceptes, par J.-B. Richard.
(4) Sur ces éducations de princes, voir Hardouin de Pérétixe,