‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 181 sur 216 · DÉCOUVERTES DE FRAGMENTS DIVERS · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTES DE FRAGMENTS DIVERS

que d'Alexandrie et à l'organisation de ce grand dépôt par les grammairiens au service des Ptolémécs, on se (it une idée plus juste des services rendus à la critique par la première école d'Alexandrie (i). Le petit poème de Figttris vel schcmatibus versus heroici, publié par M. L. Quicherat, en 1839, dans la Bibliothèque de l'École des chartes, réimprimé en 18', 1, à Goettingue, par Schneidewin, et auquel s'ajoutent quelques vers retrouvés plus tard (a), complète utilement le recueil des Scriptores rei metricœ de Gaisford, et nous montre que les anciennes écoles pratiquaient déjà l'usage des vers techniques pour fixer dans la mémoire les notions élémentaires et les règles principales de la versification. Des fragments inédits d'Avitus et de saint Augustin, conservés sur papyrus dans les bibliothèques de Paris et de Genève, et publiés naguère par MM. L. Delille, A. Rilliet et H. Bordier, sont encore, pour l'histoire ecclésiastique, des acquisitions dont il ne faut pas mesurer le prix à leur étendue (3).

Pendant même que j 'écris, v oici l'infatigable Tischendorf qui nous envoie d'Italie quelques fragments inédits de Philon (',); voici mon confrère E. Miller, qui, de retour d'une double mission en Italie et en Orient, remplit

(1) Voir noire Commentaire sur la Poétique d'Aristote, p. 418 de Y Essai sur l'histoire de la critique citez les Grecs, et M. Palin, Études sur les tragiques grecs (t. I, p. 29 cl p. 205 de la édition). — Ritschl. Appendice du livre sur les Bibliothèques d'Alexandrie (Breslau, 1838); Cramer dans ses Anccdota Parisina, t. I , p. 6 ; puis Ritschl, Corollarium disrulationis de fiddiothecis Alcxtndrinis deqtte Pisis.'raii cutis homericis (Bonn, 1810}.

(2) Bibliothèque de l'Ecole des chartes, IV« série, t. II, p. 160.

(3) Études paleographiques et historiques sur des Papyrus du sixième siècle, etc. (Genève et Bàle, 18GG, in-i°).

(4) Philottca inedita altéra, altéra nunc demum reetc ex vetere scriptura eruta (Lipsia?, 18C8, iu-8°).

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les promesses d'un récent Rapport h V Empereur (i) sur ses découvertes dans des bibliothèques déjà tant de fois explorées ; ses Mémoires de littérature grecque i, que vient de publier l'Imprimerie impériale, contiennent une nouvelle rédaction du Grand Etymologique, avec de nombreuses citations des poètes classiques, plusieurs opuscules alexandrins fort utiles pour l'histoire de la langue grecque, particulièrement pour la connaissance des proverbes grecs; et quelques pièces de la famille, bâtarde il est vrai, des poésies dites orphiques, intéressantes du moins pour l'étude de l'hellénisme aux siècles de sa décadence.

Les inscriptions grecques recueillies par le même voyageur, et dont il a commencé la publication dans la Revue archéologique, m'avertissent que je n'ai rien dit encore de cette littérature qui s'est conservée non sur le papier, mais sur la pierre ou le bronze; je n'ai rien dit des inscriptions, dont le nombre a au moins doublé par suite de fouilles heureuses, et s'élève aujourd'hui à plus de douze mille. Il y a là des richesses d'une infinie variété, depuis les textes de lois et les documents diplomatiques jusqu'aux petites pièces de vers ou épigrammes, qui sont quelquefois des chefs-d'œuvre en leur expressive brièveté. Pour signaler en ce genre tout ce qui mériterait une mention, il me faudrait ouvrir un chapitre nouveau, où la bibliographie tiendrait, à elle seule, beaucoup déplace (2). Sans vouloir m'engager si loin, je ne puis cependant 111 'abstenir de montrer par quelques exemples combien les décou-

(1) Archives des missions scientifiques, 2e série, tome 11, p. 493; el Lecture faite à la séance publique de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, le 28 juillet 18G5, reproduite par la Revue contemporaine du 31 juillet de la même année.

(2) La Biblloiheca scriptornm classicorum d'Engelmann, au mot Inscriptiones, fournira déjà d'abondantes indications sur ce sujet.

DÉCOUVERTES ÉPIGHAPHIQUES. 435

vertes épigraphiques agrandissent et affermissent chaque jour la science de l'antiquité.

La littérature et l'histoire y ont chacune leur part, une large part de profit.

Au point de vue littéraire, c'est beaucoup de pouvoir ajouter à Y ApjHitidice de l'Anthologie grecque plusieurs centaines de petites pièces, dont quelques-unes appartiennent aux meilleures époques de l'art. Elles ne seront pas un médiocre ornement à l'édition que M. Boissonade avait préparée de l'Anthologie, dont M. Dûbner a public un premier volume d'après les papiers du savant helléniste (i), et dont l'achèvement, après la mort de M. Oublier, a été confié au zèle de M. Delzons.

Au même point de vue, la variété seule des dialectes municipaux que nous montrent les inscriptions provenant des divers pays de la Grèce nous aide singulièrement à comprendre le vrai caractère des dialectes littéraires , et à voir comment chacun de ces grands dialectes représente plutôt des écoles de lettrés que des groupes de population hellénique ('/).

Les diversités mêmes de l'écriture épigraphique ont pour nous leur intérêt; elles ont jeté bien des lumières sur les transformations de l'alphabet appelé cadmeen, qui joue un si grand rôle dans l'histoire de la civilisation européenne. Mais surtout l'histoire des institutions et des mœurs s'éclaire et se complète par tant de pages qui sont comme des feuillets épars des archives de tant de villes antiques, souvent des plus célèbres (3). C'est grâce aux in-

(1) Epigraiwnatum Anlhologia Palaiina cum Pian tuf fis et Jppenifice nuva epigrammalum reterum ex Hbr'is et marmoribus ducto- -um, etc. T. I. Paris, 18G*, in-8° (Bibliothèque F. Didot).

(2) Voir mes Mémoires d'histoire ancienne et de philologie, p. 53 et suiv.

J'ai présenté, sur ce sujet aussi, quelques aperçus dans le Dis-

scriptions qu'ont pu être écrites avec quelque précision l'Économie politique des Athéniens (i) et la Marine des Athéniens (2), par l'illustre Bœckh. Les seuls textes trouvés sur les murs du temple de Delphes et dans quelques localités voisines par 0. Millier d'abord, puis par MM. Foucart et Wescher, de l'École française d'Athènes, nous ont révélé (le mot est strictement vrai) une institution que nous laissaient absolument ignorer les auteurs anciens, je veux dire l'usage de l'affranchissement des esclaves sous forme de vente à un dieu (3). Deux actes également retrouvés à Delphes ont permis à M. C. Wescher de reconstituer enfin l'histoire de Yamphictionie, depuis les temps de l'autonomie grecque jusqu'à ceux de la domination romaine (4)« Les inscriptions, jointes aux textes conservés sur les papyrus, n'ont pas été moins utiles pour compléter les annales de l'Egypte sous les rois grecs et sous les empereurs romains. On sait l'importance de la

cours prononcé à la séance annuelle de la Société des Antiquaires de Normaudie le 15 décembre 1864. M. Fr. Lcnormant Ta traité, avec tous les développements que comporte l'état actuel de la science, dans un mémoire couronné par l'Académie des inscriptions, et qui est en ce moment sous presse.

(1) Première édition, 1817 (elle a été traduite en français, mais sans les pièces justificatives, par Laligant, en 1828); 2e édition, 1851 , en 2 volumes in-8°.

(2) Berlin, 1840. Les documents découverts au Pirée en 1835 forment la plus solide partie de l'érudition sur laquelle repose le travail de l'auteur.

(3) Inscriptions recueillies à Delphes et publiées pour la première fois par C. Wescher et E. Foucart (Paris, 1863, in-8"). — E. Foucart, sur l' Affranchissement des esclaves par forme de vente à une divinité (Paris, 1867, in-8°, dans les Archives des missions scientifiques).

(4) C. Wescher, Étude sur le monument bilingue de Delphes (Paris, 1868, in-i°, t. VIII des Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions).

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