L'HISTOIRE DES SCIENCES
sciences physiques et mathématiques. Quelques exemples suffiront à le faire voir.
Tantôt l'étude plus scrupuleuse de manuscrits d'abord superficiellement étudiés a éclairé d'un jour nouveau certaines traditions obscures, comme celle de nos signes d'arithmétique (i) ; tantôt on a retrouvé l'original de documents qui ne nous étaient connus que par des traductions imparfaites. C'est ainsi que nous avons aujourd'hui, je puis dire, le bonheur de lire dans le grec original l'exposition du fécond et célèbre principe d'Archimcde sur l'équilibre des corps solides plongés dans un liquide (i). La géométrie pratique et la musique des Grecs se complètent et s'éclairent peu à peu par des publications auxquelles la France aura largement contribué (3).
L'histoire de la médecine, qui doit déjà tant au perfectionnement de la critique, doit plus encore aux documents nouveaux sur lesquels désormais la critique pourra s'exercer. Un opuscule hippocratique, des traités inédits de Galien, de Soranus et d'Oribase , un texte de Rufus presque transformé à l'aide d'une collation nouvelle des manuscrits, sont déjà des richesses dont le nom seul de ces auteurs peut faire apprécier l'importance (',). Mais, si de l'antiquité proprement dite nous descendons jus-
(1) Voir M. Michel Chasles, Aperçu historique sur l'origine et le développement des méthodes en géométrie (Bruxelles, 1837, in- 4°).
(2) A. Mai, Classici auctores, t. I, p. 427-430.
(3) A.-J.-H. Vincent, Notice sur divers mss. grecs relatifs à la musique (tome XVI des Notices et extraits des mss., Paris, 1847). — Extraits des mss. relatifs à la géométrie pratique des Grecs (Ibid., t. xix, 1858).
(4) Voir le Plan delà Collection des médecins grecs et latins, par le docleur Ch. Daremberg, en tête du premier volume de son édition d'Oribase, publiée avec le concours du docleur Bussemaker (Paris, 1851); et le Prospectus de la Bibliothèque dis médecins grecs et latins, par le même (Paris, 1847).
qu'aux siècles du moyen âge, si nous songeons que, dans cette période, une grande lacune séparait les derniers médecins grecs et romains des médecins arabes , nous comprendrons avec quelle faveur les maîtres de la science ont salué les récentes découvertes du docteur Daremberg. Ce savant médecin , en effet , à force de recherches dans les manuscrits des bibliothèques de la France et de l'étranger, vient de réussir, sous nos yeux mêmes, à renouer le fil, longtemps interrompu pour nous, des traditions médicales, et il a restitué à l'école de Salerne une partie au moins des titres qui fondèrent jadis sa célébrité (i).
La rapide revue que je viens d'esquisser commence aux poèmes homériques ; elle touche à toutes les phases du génie grec et du génie romain, à toutes les formes de la littérature et à tous les progrès de la science, soit avant, soit après l'établissement du christianisme. Encore ai-je dû négliger mainte petite trouvaille , souvent pleine de conséquences pour l'histoire et la critique littéraire. Tel gros volume de controverse byzantine sur les images nous apprend moins de vérités utiles que ne nous en apprennent dix lignes d'histoire conservées dans quelque recoin d'un manuscrit. Par exemple, lorsque J. Franz, il y a vingt-cinq ans, retrouva la didascalie des Sept Chefs devaut Thèbesy d'Eschyle, et fixa ainsi la date d'une trilogie de ce tragique illustre , il mit fin à bien des recherches demeurées jusqu'ici sans succès, à bien des conjectures stériles des critiques sur ce sujet. Lorsque M. Ritschl publia d'abord la rédaction latine, puis M. Cramer le texte grec d'une scholie de Tzetzès relative à la bibliothè-
(1) Voir Cli. Daremberg : La Médecine, histoire et doctrines (Paris, I865,2«éd.in-12), p. 123-171 : «l'École de Salerne », elles Appendice» II, III et IV du même Recueil M. Littré apprécie ces travaux avec une autorité supérieure dans le Journal des Débats du 16 janvier 1858 et du 25 juillet 1860.