TRADUCTIONS DIVERSES EN PROSE
place dans le dernier tirage du Polvbe Firmin Didot; elle devra aussi être améliorée dans certaines parties où le texteareçu d'importantes corrections (i). Celles de Thucydide par M. Zévort (1861), de Xénophon (18-19), de Lucien (18Ï7), de Julien (186**) par M. Talbot, des romanciers grecs (18 ï i) par M. Zévort, des Entretiens d Épictète d'Arrien, par M. Courdaveaux (i8G-*), des Écrits historiques de Philon, par M. F. Delaunay ( 1 8^7), sont généralement en progrès sur les traductions antérieures, sans pourtant les faire toujours oublier. Celle de la Fie H' Apollonius de Tyane, de Philostrate, et des Lettres attribuées au même Apollonius (qu'on n'avait pas encore mises en français), par M. Chassang (18G2), se recommande, en outre, par une curieuse étude sur l'œuvre dé* Philostrate et sur le rôle religieux du thaumaturge, son héros. La nouvelle traduction de Strabon, par M. Amédée Tardieu, est arrêtée en ce moment, après le premier volume, par d'honorables scrupules d'exactitude. On souhaite que le complément ne s'en fasse pas attendre.
La traduction complète de Démosthène et d'Eschine par M. Stiévenart laisse voir aujourd'hui plus d'imperfections qu'il ne parut en 1842, lors de sa publication; mais elle garde le mérite d'avoir, pour la première fois, répandu parmi les lecteurs français quelques-uns des résultats de la critique allemande et anglaise, dans l'interprétation des discours, si variés et souvent si obscurs, du grand orateur athénien.
Une mention particulière est due à X Antidosis d'Isocrate, traduite avec le plus délicat atticisme par feu A. Cartelier, publiée après sa mort, avec le texte grec,
(I) Je pense surtout à la réoeosion nouvelle des fragments gitomiques, publiée en 1846, par M. Heyse, d'après le manuscrit du Vatican.
d'excellentes notes et une exquise appréciation du caractère et du talent d'Isocrate, par M. E. Havet, qui, dès 184 3, montrait, dans une thèse sur la Rhétorique d'Aristote, avec quelle finesse et quelle élévation il analyse et juge les théories de l'éloquence attique.
Il est juste aussi de rendre hommage à un ancien ministre des rois de France, le duc A. -G. de Clermont- Tonnerre, devenu helléniste par admiration pour les chefs-d'œuvre littéraires et pour la belle morale des philosophes de l'école socratique, qui a consacré les loisirs d'une retraite noblement volontaire et d'une verte vieillesse à traduire toutes les œuvres d'Isocrate, et qui les a fait imprimer en une belle édition grecque-française \ 1862- 1864), croyant ainsi servir encore son pays comme citoyen et comme publiciste (1).
La même inspiration a heureusement guidé et soutenu un magistrat français, habile orateur, habile écrivain, M. Plougoulm, dans la traduction des discours politiques de Démosthène (i86i-i863). On regrette que la mort l'ait empêché d'étendre aux discours judiciaires de Démosthène le travail consciencieux qu'il avait si bien commencé. Son gendre, M. Rodolphe Dareste, vient de publier, dans la Revue historique du droit français et étranger, une traduction nouvelle de trois plaidoyers civils de Démosthène, traduction à laquelle sa science de jurisconsulte a donné le mérite d'une exactitude et d'une clarté que n'avaient pu atteindre les précédents traducteurs. L'éditeur du Thésaurus d'H. Estienne et de la Bibliothèque des auteurs grecs concourt aussi comme helléniste à répandre chez nous le goût de ces lectures ; il publiait en i833, et il réimprime en ce moment, après scrupuleuse révision, un Thucydide grec- français, avec
(1) Voir notre Notice sur l'auteur, 3e édition, Paris, 1868, in-8».
TRADUCTIONS EN VEItS.
commentaire et notice préliminaire. La notice sur Thucydide qu'il en a extraite, par avance, pour l'insérer dans la Nouvelle Biographie générale, témoigne combien M. Didot tient à honneur de continuer les traditions de son père, élégant interprète de Théocrite, et celles de son maître, Coray (1). 11 vient aussi de nous donner (186',) des poésies anacréontiques une charmante édition, en grec et en français, précédée d'une notice instructive sur Anacréon.
Difficiles toujours et rarement heureux en notre langue, les essais de traduction en vers sont d'autant plus estimables quand il ont réussi. On a remarqué, à ce titre, le Callimaque d'Alfred de Wailly, les Choéphorcs et le Prométhée d'Eschyle, de J.-J. Puech (i8*i(i-i838). I n rare talent de poëte s'unit, surtout dans ces deux dernières traductions, à une vive intelligence du texte grec. L'œuvre interrompue de J .-J. Puech a été tout récemment reprise par M. Mesnard (i863), qui nous a rendu avec bonheur les principales beautés de YJgamemnon, des Choéphores et des Euménides. M. E. Fallex s'est montré aussi interprète habile du Plutus d'Aristophane et de morceaux choisis dans les autres comédies du même auteur (1849, 18S9, 1 865). 11 faut réunir bien des qualités pour traduire ainsi des poètes dont les beautés sont, comme disait Boileau, fort engagées dans leur langue ; il est même prudent de ne tenter une pareille lutte que sur des morceaux d'élite. Ceux-là n'y ont guère eu qu'un succès médiocre qui ont voulu embrasser l'œuvre tout entière d'un Aristophane ou d'un Sophocle, si réduite qu'elle soit pour nous aujourd'hui par les ravages du temps.
Plusieurs tentatives en ce genre ont été faites, soit par
(1) Voir plus haut, p. 290, 393.
des professeurs, comme les traductions de Sophocle par feu Guiard et par M. Faguet, soit par des hommes du monde, comme celle des chefs-d'œuvre de la Grèce tra~ giqtte, par M. L. Halévy, et celle d'Aristophane par M. Fleury (i865). Elles ne pourraient être toutes mentionnées ici. Pour les tragiques, du moins, elles sont tontes appréciées avec la plus judicieuse bienveillance dans le beau livre de M. Patin {Études sur les tragiques grecs, 3e édition, i865, 4 vol. in-12), dont trois réimpressions successives attestent le légitime succès. Là l'histoire du théâtre tragique chez les Grecs est racontée, tous les monuments qui nous en restent sont scrupuleusement appréciés avec une abondance d'analyses, de citations et de comparaisons, qui assure à ce livre une autorité durable et vraiment classique.