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L'ÉLOQUENCE FRANÇAISE

études, n'avait rien produit qui méritât de survivre, et l'on s'était mis résolument à écrire en français des épopées, des tragédies, des comédies, des pastorales à la manière des Grecs et des Romains. 11 n'en a

pas été de même pour l'éloquence.

Avec les poètes et les érudits, nous sommes jusqu'ici restés dans les sereines régions de l'art. Tout au plus avons-nous çà et là rencontré, comme à propos d'H. Estienne et de Ramus, quelque trace des agitations politiques et religieuses de ce temps. L'éloquence est bien autrement mêlée aux réalités de la vie. Le Parlement et l'Église sont alors deux arènes ouvertes aux discussions les plus passionnées. La presse, de plus en plus active, en ouvre une troisième aux publicistes. Hotman (1), Languet (2) et la Boëtie (3) sont des orateurs, qui ont d'innombrables et ardents auditoires. De part et d'autre, les questions les plus brûlantes de la religion, de la morale et du droit public sont agitées avec une franchise qui va parfois jusqu'au cynisme. Au milieu de pareilles luttes, l'intérêt des sentiments et des idées domine à tel point toute curiosité littéraire, que dans l'orateur et le politique de ce temps on serait tenté de ne considérer que l'homme d'action, le chef de parti,

(1) Voir Rod. Dareste, Essai sur Fr. Hotman (Paris, 1850, in-8°).

(2) Voir l'étude approfondie de M. H. Chevreul sur ce personnage (I- édition, Paris, 1852; 2* édition, 1856, in-8°).

(3) VoirL. Feugère, Estienne de la Boëtie, ami de Montai* gne (Paris, 1846, in-8°), et Œuvres complètes d' Estienne de la Boëtie (Paris, 1846, in-12).

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le philosophe et le théologien. Essayons de nous réduire de notre mieux à ce qui est le propre sujet de notre Cours; ne cherchons point par le détail ce qu'Aristote et Platon ont pu fournir de sagesse ou de pensées aventureuses à la philosophie politique et aux polémiques du seizième siècle. N'essayons même pas de refaire, pour cette période, l'histoire de l'éloquence française, puisqu aussi bien ce sujet a été, depuis trente ans, éclairé chez nous par de nombreux et solides écrits (1). Pour restreindre plus sûrement notre tâche, interrogeons d'abord les écrivains du seizième siècle, qui sont les meilleurs témoins de l'état où se trouvait alors l'éloquence française.

Rabelais, apparemment, n'était pas content des avocats français. On sait de quelle façon bouffonne et grossière il raconte un procès plaidé devant Pantagruel (2) . Henri Estienne ne pensait guère mieux

(1) E. Géruzez, Histoire de l'éloquence politique et religieuse en France (Paris, 1837, in-8«), dont il faut rapprocher plusieurs chapitres du même auteur dans ses Essais d'histoire littéraire (1839), et dans ses Nouveaux Essais (1846); — Ch. Labitte, la Démocratie chez les prédicateurs de la Ligue (Paris, 1841), dont il faut rapprocher un chapitre sur P. Menot dans les Études littéraires du même auteur (1846) , t. I, p. 264 ; — E. Jacquinet, des Prédicateurs du dix-septième siècle avant Bossuet (Paris, 1863, in-8°), livre qui renferme un bon chapitre sur la prédication au seizième siècle ; — C.-A. Sapey, Études biographiques pour servir à Vhistoire de l'ancienne magistrature française : G. Du Vair, À. Lemattre (1858). D'autres dissertations sur diverses parties du même sujet sont indiquées dans une note de M. Jacquinet ; quelques-unes seront citées plus bas, au cours de la présente leçon.

(2) Pantagruel, livre II, chap. il.

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