‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 7 sur 216 · TÉMOIGNAGE DE DU VA1R · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DE DU VA1R

de nos prédicateurs. Dans plusieurs chapitres de son Apologie pour Hérodote ( l ), il nous donne une étrange idée de leur ignorance, de leur pédantisme, de la grossièreté de leur langage. Mais il ne faut pas trop prendre au mot les satiriques, gens toujours suspects d'exagérer les ridicules et de noircir le prochain. Estienne Pasquier (2) et Antoine Loisel (3) sont des témoins plus sérieux et plus favorables aux orateurs du seizième siècle, sans qu'on puisse pour cela les accuser de partialité. Tous deux cependant s'accordent h désirer et à conseiller une réforme du style oratoire. La même pensée inspire et anime le livre d'un éminent personnage de ce temps, Guillaume Du Vair. C'est en 1594 que paraît son traité sur V Éloquence françoise et les causes pourquoi elle est demeurée si basse. Le titre seul en est caractéristique et montre que la France, au lendemain de ses longues guerres civiles et religieuses, attendait encore des orateurs vraiment dignes de rivaliser avec les maîtres de l'éloquence antique. Du Vair assigne trois causes à cette infériorité de nos orateurs français : 1° l'extension chaque jour plus grande du pouvoir

(1) Publiée pour la première fois en 1566; voir surtout les chap. 29 et suivants (p. 354, éd. 1607, in-8°).

(2) Recherches de la France, IV, 27 (n. xxi des Œuvres choisies, éd. Feugère), et Lettres, Vil, 12 (n. xrv, ibid.), et IX, 6 (n. xv, ibid.). Cette dernière a été réimprimée par M. Dupin, à la suite de son édition du Dialogue des Avocats de Loisel (1844, in-12), p. 204 et suivantes.

(3) Pasquier, ou Dialogue des Advocats du parlement de Paris; la scène est placée en 1601, mais le texte de cet ouvrage n a été publié que plusieurs années après la mort d'Ant. Loisel.

royal et la diminution des libertés dont le jeu favorise le développement du talent oratoire dans les États républicains; 2° la négligence et le dédain des princes et des nobles pour l'art de la parole ; 3° une certaine paresse qui nous a détournés des efforts nécessaires pour perfectionner cet art. Voulant remédier de son mieux au mal qu'il explique ainsi, l'auteur complète son livre, non pas en écrivant une rhétorique française compilée d'après les écrits des anciens, comme l'avaient fait, dès 1 52 1 , Pierre Fabri, puis, en 1544, Orner Talon, l'ami de P. Ramus (1), et, en 1555, A. Fauquelin, mais en esquissant à grands traits une image vivante du véritable orateur, d'après les meilleurs préceptes de Gicéron, de Quintilien et des autres critiques les plus autorisés (2) . La Rhétorique d'Aristote était encore peu connue en France; elle n'était pas traduite en français (3), et d'ailleurs il faut avouer que la sécheresse ou, tout au moins, la sévérité de la méthode et du style aristotéliques cachait un peu, même aux yeux des lecteurs instruits, la pensée fine et souvent profonde de cet excellent livre. Cicéron avait plus de prise sur des lecteurs français par des ouvrages tels que le Brutus,

(1) Ouvrage réimprimé en 1554 et en 1562, puis en 1567, avec les Prxlectiones de Ramus. Cf. Phil. Melanchthoni de Rhelorica libri très (Parisiis, 1529).

(2) On trouvera une bonne analyse et une judicieuse appréciation de l'ouvrage de Du Vair dans la thèse de M. E. Cougny sur ce célèbre magistrat (Paris, 1857, in-8°).

(3) La première traduction française de ce livre est celle de Du Sin, en 1608; la seconde est celle de Robert Estienne II (1624 et 1630). Voir la fin de la XXIII* leçon.

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