‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 60 sur 216 · QUATRIEME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIEME PARTIE

Le chœur se retourne vers les spectateurs.

Juges, écoutez-nous, et pesez nos promesses; Si vous nous accordez le prix, Nous vous offrons plus de richesses Que les trois fameuses déesses

BOIVIN TRADUCTEUR D'ARISTOPHANE. m

N'en offrirent jamais au célèbre Pàris.

D'abord, au fond de vos cassettes Chouettes d'or feront leurs nids.

Si le peuple un jour vous emploie A calculer ses revenus, Alors tous les oiseaux de proie Vous poursuivront d'ongles crochus.

Enfin, lorsqu'à vos yeux une superbe table

Étalera cent mets délicieux, De grands becs, de longs cols, de jabots spacieux

Nous armerons votre faim indomptable.

Mais si, nous refusaut un suffrage équitable,

Vous méprisez des dons si précieux ; Contre le châtiment qu'ici l'on vous apprête Songez à vous pourvoir.

Surtout aux plus beaux jours de fête : Ca*r, pour lors, nous ferons pleuvoir Sur vos vêtements, sur vos têtes, Un déluge incommode, et d'horribles tempêtes, Que vous ferez bien de prévoir.

Je ne sais si on traduira jamais d'une manière satisfaisante les beautés lyriques d'Aristophane, d'Eschyle ou de Pindare ; mais, pour les bien traduire, il faudrait commencer par les comprendre et les sentir justement. On était encore loin de là, au temps de Boivin et de Mme Dacier. Le dialogue même et la partie purement dramatique des tragédies grecques n'étaient guère appréciés sainement que des hellénistes de profession et d'un petit nombre d'esprits excellents, comme Boilcau et Racine. On peut juger à cet égard de l'état de la science et du goût en 1 730, par les trois gros volumes du Théâtre des Grecs que le P. Brumoy publiait avec grand applaudissement

du public. M. Patin (1) me dispense de montrer ici tout ce qui manque, soit aux traductions, soit aux analyses, soit aux observations historiques du P. Brumoy. Encore le laborieux jésuite n'avait-il pas pris sur lui la tâche de traduire toutes les pièces du théâtre grec ; il n'en donnait que sept, et cinquante ans se passèrent avant que les Français pussent lire dans une traduction supportable toutes les tragédies d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide, avec les comédies d'Aristophane.

C'est pourtant en plein siècle de Louis XIV que , dans un cloître de Bénédictius, dom Lobineau écrivait une traduction d'Aristophane qui dépasse singulièrement, pour la science des choses et pour la franchise du langage, tout ce qu'on avait essayé jusqu'alors, tout ce qu'on a essayé, en ce genre, jusqu'à nos jours. Le travail de Lobineau, par des circonstances que nous ne connaissons pas, est demeuré inédit, et nous ne le pouvons apprécier que sur les extraits qu'en a donnés Chardon de la Rochette dans ses Mélanges de littérature et de critique (2). Publié par l'auteur ou peu après sa mort, il aurait, sans nul doute, servi beaucoup aux progrès de la critique et du goût. Je n'ai pas à dire s'il convenait à un religieux de pénétrer si avant dans le détail d'une satire aussi indécente que l'est souvent celle du comique athénien ; mais il est certain que le savant Lobineau, en commençant par tirer d'Aristophane lui-même les éléments d'un tableau de la société athénienne au

(1) Études sur les tragiques grecst t. IV, p. 345, 3e édition.

(2) T. III, p. 178.

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