‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 75 sur 216 · RÉFORME DUE A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

RÉFORME DUE A VOLTAIRE

Tant que l'on crut que les anciens étaient autorisés à de telles licences, on se tint pour autorisé à les imiter en français ; on le fit sans scrupule ni ménagement, jusqu'au milieu du dix-huitième siècle. C'est alors que Voltaire, au mot Histoire du Dictionnaire philosophique, posa nettement la question, si l'on doit dans l'histoire insérer des harangues, et y répondit en ces termes : « Si dans une occasion importante un général d'armée, un homme d'État a parlé d'une manière singulière et forte, il faut sans doute rapporter son discours mot pour mot: de telles harangues sont peut-être la partie de l'histoire la plus utile. Mais pourquoi faire dire à un homme ce qu'il n'a pas dit? Il vaudrait presque autant lui attribuer ce qu'il n'a pas fait. C'est une fiction imitée d'Homère. Mais ce qui est fiction dans un poëme devient à la rigueur mensonge dans un historien. Plusieurs anciens ont eu cette méthode; cela ne prouve autre chose, sinon que plusieurs anciens ont voulu faire parade de leur éloquence aux dépens de la vérité ( l). »

Le bon sens de Voltaire touche ici avec une rare justesse au point délicat de la réforme historique qu'en même temps il prêchait par son propre exemple; car dans son Charles XI l et dans son Siècle

dote : « Conciones quas certe nemo, ut opinor, non confie tas, neque non quidem nullas, sed non taies ab iis quibus attribuuntur habitas esse videt. » Mais, soixante ans plus tard, Vossius se montre bien indécis dans ses jugements sur ce sujet {Ars historica, c. 19, 20 et 21).

(1) Marmontel, au mot Histoire, dans V Encyclopédie, s'exprime avec moins de décision.

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de Louis XIV on ne trouve pas une seule de ces pièces oratoires qui coûtaient tant de peine à Mézeray et à Saint-Réal. Quelques années après, le P. Griffet abondait en ce même sens, avec l'autorité d'un diplomatiste, dans son Traité des preuves de la vérité de V histoire (1).

Le temps approchait où l'on ne pourrait plus se plaindre de ce que la parole publique manquait d'occasion pour se produire en France. La révolution de 89 allait, au contraire, abaisser devant l'éloquence toutes les barrières, en armant les intérêts et les passions de toutes les libertés qui encouragent le talent. Sous cette lumière nouvelle, avec les secours de la sténographie (2), avec la publicité officielle du Moniteur, l'historien désormais ne pouvait plus songer à se substituer comme orateur aux héros de son récit. Il lui fallait , ou citer leurs discours authentiques, ou analyser ces discours avec fidélité d'après les documents originaux (3).

Et cependant la réforme de notre méthode historique n'était pas complète encore. Le proverbe dit qu'un mensonge ne va jamais seul. Dans l'œuvre de

(1) Ghap. xy : « De la vérité dans les harangues rapportées par les historiens. »

(2) La sténographie était connue des Romains, elle Tétait au moyen âge ; mais il ne parait pas qu'avant les temps modernes elle ait été appliquée à la reproduction des débats parlementaires.

(3) Un des premiers témoignages sur ce sujet, après la révolution de 89, est celui de M. Boissonade, dans le Journal de l'Empire du S juillet 1807. Voir aussi celui de Daunou, t. 1, p. 115 et 127 des Leçons dont l'Analyse parut avant la publication posthume de son Cours d'études historiques.

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