‹ L'Hellénisme en FranceChapitre 79 sur 216 · L'ÉPOPÉE ET LE ROMAN · texte numérisé non relu

L'ÉPOPÉE ET LE ROMAN

torzième et le quinzième siècles avaient comme voilé à leurs yeux la riche littérature épique du moyen âge (1) ; mais en même temps, et à défaut de l'épopée nationale de plus en plus oubliée, se relevait devant une société ardemment curieuse la grande image de l'épopée grecque. D'abord bien informes dans les traductions latines et françaises, souvent mal compris de ceux qui les étudiaient dans l'original, Vépos homérique et l'épopée latine de Virgile fixaient peu à peu dans les esprits un idéal nouveau d'héroïsme, de grandeur, de riche variété. On appelait cela, nous l'avons dit, « le long poème, » ou « la grande œuvre, » ou « l'œuvre héroïque », et Ton ne tarda pas à vouloir en doter notre littérature. Nous avons vu quel fut le misérable échec de ces tentatives ambitieuses au seizième siècle. Cet échec produisit comme un long découragement, pendant lequel le roman et snrtout la pastorale eurent toutes les faveurs du public. Le genre froid, mais élégant et gracieux, que VAsirée avait mis à la mode, régnait dans les livres et sur la scène. Théocrite, Longus, Héliodore (ces deux derniers grâce à l'aimable et populaire traduction d'Amyot), Achille Tatius, dont le seizième siècle avait produit deux traductions françaises (2),

(1) Voir, dans les Mémoires de littérature du P. DesmoleU, t. VI, p. 381, le dialogue entre Chapelain, Sarrazin et Ménage Sur la lecture des vieux romans (ou plutôt d'un seul vieux roman, le Lancelot du Lac), dialogue où s'étalent avec une franchise piquante les préjugés du temps contre la barbarie de la littérature française au moyen âge.

(2) Par Jacques de Rochemaure en 1556, et par Belleforéten 1568. M. Bonafous, dans son Étude sur VAstrée d'ff. d'Ur/é

étaient devenus avec Virgile, avec qm lques Italiens, comme Vida et Sannazar, les maîtres d'une école de romanciers, où l'antiquité sans doute aurait eu peine à se reconnaître :

Mira turque novas frondes et non sua poma.

Toute une famille de bergers et de bergères, sortis du meilleur monde, pleins des sentiments d'une galanterie sentimentale , émigraient de l'hôtel de Rambouillet dans les prairies et les bocages, animaient du bruit de leurs aventures et de leurs nobles propos des solitudes imaginaires. Toute une famille de héros aussi peu réels que ces bergers, héros persans, grecs et romains de nom, uniquement frauçais de caractère et de langage, les Cyrus, les Mandane, les Polexandre, les Clélie, passionnaient la cour et la ville au récit de leurs exploits chevaleresques, de leurs doucereuses intrigues. Puis, comme la gaieté gauloise voulait garder sa part dans nos plaisirs, le burlesque et la parodie grossière mêlaient leurs notes discordantes au concert des sentiments romanesques ; Tabarin et Scarron demandaient audience après La Calprenède et M,,e de Scudéry . Le royaume du Tendre se laissait distraire par de folles bouffonneries , après les batailles héroïques et les élégies langoureuses : c'était l'épopée de cette étrange société française, si ardente et si mobile, si pleine d'inconséquences et de contrastes, entre les sanglan-

(Paris, 1846), signale quelques emprunts de cet auteur au roman de Leucippe et Clifophon.

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