LES FEMMES EN GRÈCE ET A ROME
tes guerres de religion et les folies de la Fronde. Malgré une certaine monotonie de composition générale, malgré la banalité des aventures, qui rappelle trop fidèlement les romans grecs, un caractère commun distingue de leurs modèles la plupart de nos romans français : l'amour y a quelque chose de plus délicat et de moins sensuel. Le christianisme et la chevalerie ont évidemment contribué à ce progrès des mœurs que reflète la littérature. Certes l'antiquité païenne ne manque pas autant qu'on l'a souvent dit du respect pour les femmes, et elle n'est pas indifférente au charme que leur donne une juste culture de l'esprit. Depuis Sappho (1) jusqu'à Plutarque (2), on pourrait citer bien des preuves d'un effort constant pour relever leur condition par une instruction qui en fasse de plus digues compagnes de l'homme. A cet é^ard, quelques traits rapprochent la société ancienne et la société moderne. Sous le règne de Néron, une femme nommée Pamphila avait rédigé comme les mémoires du salon où son mari (selon d'autres témoignages, son père) , Socratidas, recevait les beaux esprits de Rome (3); cela rappelle un peu le docte ménage de M. et de Mme Dacier et les Entretiens de Mlto de Scudéry, comme le livre de Plutarque sur l'éducation des femmes rap-
(1) Voir le beau fragment couservé parStobée, Florilegium, IV, 12 (a. 73, éd. Bergk); elie s'adresse, dans ces vers, à une femme iguorante.
(2) Il avait écrit un traité sur ce sujet : « Qu'il faut aussi instruire les femmes », "Ort xaù pjvaïxaç «ociSsutsov.
(3) Photius, Bibliothèque y n. I7f>.
pelle celui de MUe de Gournay (1). Au troisième siècle après Jésus-Christ, c'est pour l'impératrice Julie que Philostrate écrivait sa Vie cï Apollonius de Tyanc (2). Mais rien dans tout cela n'approche du rôle que jouent les femmes dans la société française, surtout depuis le règne de François Ier, ni de l'importance des cercles, des salons, des ruelles dans l'histoire des lettres. Tous les genres de littérature ont ressenti chez nous cette influence, la tragédie comme la poésie légère, l'art épistolaire comme le roman. Ils en sont quelquefois un peu affadis; mais, à tout prendre, notre langue et nos mœurs y ont plus gagné que perdu, et même, à lire certains ouvrages de ce temps, par exemple les lettres et les poésies de Voiture, on ne trouve pas que le commerce journalier des femmes ait beaucoup gêné, chez nos écrivains, la franchise du langage gaulois ; on s'étonne plutôt que les dames les plus honnêtes du grand siècle, et les plus élégantes, comme Mme de Montausier et Mme de Sévigné, aient pu tolérer tant de licence (3).
(1) Égalité des hommes et des femmes, p< 445 de t Ombre de la Damoiselle de Gournay (Paris, 1 826, in-12).
(2) Voir la Préface de cet ouvrage.
(3) V Histoire de la société polie en France^ par Rœderer, est bonne à consulter sur ce sujet, quoique le titre promette beaucoup plus d'intérêt qu'on n'en trouve dans l'ouvrage. Au seul point de vue où nous sommes placés, il y aurait une compasraison piquante à faire entre le cercle d'Aspasie et celui de Ninon de Leuclos, entre les historiettes dont Athénée a rempli son Banquet des Savants et les Historiettes de Tallemant des Réaux. Les Ana , dont les divers recueils forment , à eux