‹ L'heptaméron. Contes de la reine de NavarreChapitre 4 sur 79 · X PREFACE · texte numérisé non relu

X PREFACE

que je trouve fort difficile : de vous enseigner un passe-temps qui vous puisse délivrer de vos ennuis ; car ayant cherché ce remède toute ma vie, n'en ai jamais trouvé qu'un, qui est la lecture des saintes lettres ', en laquelle se trouve la vraie et parfaite joie de l'esprit, dont procèdent le repos et la santé du corps. Et si vous me demandez quelle recette me tient si joyeuse et si saine sur n-a vieillesse, c'est qu'incontinent je suis levée, je prends la sainte Écriture et la lis, et en voyant et contemplant la volonté de Dieu, qui pour nous a envoyé son Fils en terre annoncer cette sainte parole et bonne nouvelle, par laquelle il promet rémission des péchés, satisfaction de toutes dettes par le don qu'il nous fait de son amour, Passion et martyre. Cette considération me donne tant de joie que je prends mon Psautier, et, le plus humblement qu'il m'est possible, chante de cœur et prononce débouche les beaux psaumes et cantiques que le Saint-Esprit a composés au cœur de David et des autres auteurs. Et ce contentement que j'en ai, me fait tant de bien que les maux qui tous les jours me peuvent advenir me semblent être bénédictions, vu que j'ai en mon cœur, par foi. Celui qui les a apportés pour moi. Pareillement, avant souper, je me retiré pour donner pâture à mou àme de quelque leçon; et puis, au soir, fais une recollcction de ce que j'ai fait la journée passée, pour demander pardon de mes fautes et le remercier de ses grâces, et en son amour, crainte et paix, prends mon repos, assurée contre tous maux. Par quoi, mes enfants, voilà le passe-temps auquel me suis arrêtée longtemps, après avoir cherché toutes choses, où n'ai trouvé contentement de mon esprit. Il semble (|uf^, si tous les matins vous voulez donner une heure à la lecture, et puis, pendant la messe, faire vos dévotes oraisons, que vous trouverez en ce désert la beauté qui peut être en toutes les villes ; car qui connoît Dieu voit toutes choses belles en lui, et sans loi tout est laid. Parquoi, je vous prie recevoir mon conseil si vous voulez vivre joyeusement. » Hircan prit la parole et dit : « Madame, ceux qui ont lu la sainte Écriture (comme je crois que nous tous avons fait) confesseront votre dire être véritable ; mais si faut il que vous regardiez que nous ne sommes encore si mortifiés, qu'il ne nous faille quelque passe-temps et exercice corporel, car, si nous sommes en nos maisons, nous avons la chasse et la volerie qui nous fait passer et oublier mille folles pensées ; et les dames ont leur ménage et ouvrages, et quelquefois les danses, où elles prennent honnête exercice : qui me fait dire (parlant pour la part des hommes) que vous qui êtes la plus ancieime, vous lisiez au matin la vie que menoit Notre-Seigneur Jésus-Christ, et les grandes et admirables œuvres qu'il a faites pour nous. Puis, après dîner jusqu'à vêpres, faut choisir quelque passe-temps qui ne soit pas dommageable à l'âme et soit plaisant au corps; et ainsi passerons la journée joyeusement. » La

1 Les livres saints.

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