‹ L'Heptaméron des nouvelles, réimprimé par les soins de D. Jouaust avec une notice, des notes et un glossaireChapitre 24 sur 36 · ET ANALYTIQUE XXXV · texte numérisé non relu

ET ANALYTIQUE XXXV

Marguerite, brutal, sensuel et grossier. Le nom d’Hircan nous paraît synonyme de sauvage, comme si ce cynique personnage était né dans les forêts d’Hyrcanie, Hircanus. L’étymologie, qu’on tirerait du latin hircus, qui signifie bouc, conviendrait également au mari de Parlamente, qui lui dit avec dédain : « Oui bien, vous qui n’aimez que le plaisir! » M. Le Roux de Lincy se trompe évidemment en voulant retrouver le premier mari de Marguerite, Charles d'Alençon, sous le masque de ce farouche Hircan. Quant aux autres personnages qui racontent et qui parlent alternativement, on peut assurer qu’ils ont existé, et que l’on découvrirait sous les anagrammes de Nomerfide, Emarsuitte, Dagoucin, Saffredent, Simontault, Guebron et Longarine, les noms, surnoms ou devises des gentilshommes et des dames de la cour de Navarre : : car ce recueil fut sans doute composé des Nouvelles racontées réellement par la reine et les personnes de sa cour au château de Pau, ou d’Odos, ou de Nérac, de même que les Cent Nouvelles nouvelles Chen avaient été narrées naguère au château de Genappe par le dauphin de France Louis, qui fut Louis XI, et par les officiers de sa maison, M. Le Roux de Lincy n’a hasardé qu’une seule conjecture; à l’égard d’Ennasuitte ou Emarsuitte, qu’il considère comme étant Anne de Vivonne, veuve du baron de Bourdeille et mère de Brantôme. L’auteur des Dames galantes parle, il est vrai, de sa mère, « qui estoit à la royne de Navarre et qui en sçavoit quelques secrets de ses Nouvelles, et qu’elle en estoit l’une des devisantes ». Nous ne voyons pas trop quels rapports établir entre la joyeuse Emarsuitte et Anne de Vivonne, si ce n’est que cette dernière était dame du corps de la reine de Navarre dès l’année 1529, et qu’elle devait avoir naturellement quelque chose du genre d’esprit de son fils, à qui elle devait avoir appris tant de particularités secrètes sur les galanteries de l’ancienne cour. Il faut ajouter que c’est elle qui raconte, dans la nouvelle IV, l’aventure de Marguerite avec l’amiral Bonnivet. Nous ne désespérons pas de retrouver la clef des noms déguisés de tous les acteurs de l’Heptaméron, lorsque nous posséderons les états de la maison de Marguerite, qu’on n’a pas encore fait sortir des archives de Béarn, et déjà nous pouvons entrevoir un comte d’Agoust sous le masque de Dagoucin, et Françoise de Foix, la belle comtesse de Châteaubriant, sous celui de Nomerfide.

Il ya dans l’Heptaméron plusieurs Nouvelles qui sont fondées sur des événements véritables, et que l’on peut appuyer parfois du témoignage des historiens contemporains. Quelques-unes sont relatives à Marguerite elle-même, entre autres la IVe, dont Brantôme nous confirme l’authenticité, bien que la reine de Navarre se

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