XXXIV NOTE BIBLIOGRAPHIQUE
posé par Îa reine de Navarre, Mais aucun des accusateurs de Marguerite n’a voulu sans doute prendre la peine de lire les sages réflexions et les graves enseignements que l’auteur a soin de faire découler de la plupart de ses contes, qui sont toujours suivis d’une conversation entre les auditeurs, conversation instfuctive et souvent édifiante, dans laquelle la vieille dame Oisille, qui sans cesse donne pâture à son âme de quelque leçon de la sainte Écriture, ne manque jamais de rappeler le respect dû aux bonnes mœurs et à la religion.
Nous avions pensé d’abord que Marguerite s’était représentée elle-même sous le nom de madame Oisille, car elle n’a pas composé ces contes dans sa jeunesse (ad juvenilem ætatem), comme le dit De Thou, mais bien dans un âge mür, lorsqu'elle eut pris les formes austères du calvinisme, sans altérer toutefois le fond d’aimable enjouement qu’elle avait dans l'esprit; mais nous avons dû changer d’avis après ‘un examen plus attentif du caractère de chacun des acteurs de l’Heptaméron, et nous nous sommes rangé à l'opinion de M. Le Roux de Lincy, qui reconnaît la mère de Marguerite, la régente Louise de Savoie, dans le personnage de dame Oisille, ou plutôt Osyle, anagramme de Loyse. C’est ainsi que plusieurs manuscrits écrivent le nom de cette « dame vefve, de longue expérience ». Marguerite d'Angoulême aurait ainsi rendu hommage à la mémoire de sa mère, morte en 1530, c’est-à-dire dix ou douze ans avant la rédaction de l’Heptaméron : car beaucoup de passages de ce livre n’ont pu être écrits qu’après 1540, et même la nouvelle LXVI est évidemment postérieure à l’année 1548. |
Marguerite n’a pas négligé de se mettre en scène à côté de sa mère, et M. Le Roux de Lincy suppose que c’est elle qui, sous le nom de Parlamente, se fait toujours le champion des dames. En effet, cette dame Parlamente, femme d’Hircan, qui n’étoit jamais oisive ni mélancolique, et qui explique si bien ce qu’elle entend par amans parfaits (épilogue de la nouvelle XIX), offre beaucoup de ressemblance avec la reine de Navarre. M. Le Roux de Lincy signale, dans l’épilogue de la nouvelle X, plusieurs traits qui s’ap-
jphiquent à Marguerite et à son aventure avec Bonnivet. Le nom de ; Parlamente semble indiquer que cette princesse avait toujours * l’esprit combattu et indécis dans toutes les questions de morale et de religion. « Place qui parlamente est à moitié gagnée, » dit malignement un des personnages de la compagnie. Si Parlamente n’est autre que Marguerite, Hircan, son mari, sera le roi de Navarre, Henri d’Albret, qui est peint, sous ce nom, tel que nous le voyons représenté allégoriquement dans les Marguerites de la