ACTE I, SCÈNE V \J
GIBORY.
C'est profond.
C'est tout simple, allons, convenez-en.
GIBORY.
Mais j'en conviens.
A Octave, en désignant Beaufermant.
Cet homme est un fier paysan.
La Hanterie rentre, on entend au dehors les cris de : « Vive La Hanterie! Vive le conseiller général/ Vive La Hanterie! » La Hanterie, radieux, parle du fond en entrant.
SCÈC^CE V Les Mêmes, LA HANTERIE.
la hanterie, radieux.
Hein! les entendez-vous?
A Beaufermant.
Beau-frère, on te réclame.
A Gibory.
Allons, viens, cher ami.
A madame Gibory, lui offrant le bras.
Venez aussi, madame.
Venez tous !
SCÈ^dE VI OCTAVE, GERMAINE.
octave, retenant Germaine.
Je voudrais te parler un instant.
GERMAINE
Ami, c'est un triomphe!
OCTAVE
Un triomphe éclatant Qui tourne contre moi, contre nous... Ah! Germaine, Qui connaîtra le fond de la sottise humaine? Le bonheur est ici, près de moi, sous ma main, Et l'orgueil m'a crié : « Tu partiras demain.»
germaine, étonnée.
Partir?
octave.
Non, je suis las, vois-tu, de me soumettre.
ACTEI, SCÈNE VI IÇ
GERMAINE
Tu veux désobéir à ton père?
OCTAVE
Peut-être.
GERMAINE
C'est mal.
octave, à lui-même.
De beaux projets..., des désirs absolus... Tu partiras!
germaine, rêveuse.
Partir...
octave, tendre.
Oh! non, je ne veux plus Te quitter, et je vais leur dire aujourd'hui même: « Pourquoi donc ne pas vivre ici, puisque je l'aime?
germaine.
A tes parents ?
octave.
Devant leurs projets hasardeux, Je ne suis plus tout seul; nous sommes tous les deux. Citadin, à quoi bon! avocat, pourquoi faire? .le suis un passan, je reste dans ma sphère. A leur ambition si demain j'obéis, Je laisserai ma joie et mon rêve au pays.
20 LHERBAGER
Et c'est trop... Les honneurs, l'éclat, la renommée, Tout cela ne tient pas devant la bien-aimée : Je t'aime!
GERMAINE
Il ne faut pas...
OCTAVE
Parler? Va, laisse-moi, Une fierté me vient quand je parle de toi. Et pour qu'on voie enfin où l'amour t'a placée, Je veux ouvrir mon âme et livrer ma pensée Tout entière. Ah! vois-tu, j'ai mon orgueil aussi, Et tu l'as approuvé. C'est bien : je reste ici. La terre abandonnée a grand besoin d'apôtres. Herbagers, laboureurs, nous valons bien les autres. Nos pères sur la glèbe ont traîné leurs sabots. En vérité, l'amour est fort, les champs sont beaux, La terre est méprisée, il faut qu'on la relève; Aimer et travailler ici, voilà mon rêve!
Tu diras tout cela?
OCTATE.
Fièrement, simplement.
Opposant mon amour à leur aveuglement, Je suis sûr de trouver un argument suprême. Sûr de ne pas céder.
GERMAINE
Moi j'ai peur.