‹ L'herbagerChapitre 19 sur 73 · ACTE I, SCÈNE XII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XII

SCÈ&dE XII LA HANTERIE, seul.

A bientôt, car j'irai A ta fête demain et je te cracherai Devant tous, Beaufermant, ma haine en plein visage. Ta fille est belle, eh bien ! après? Ta fille est sage, Après? Je n'en veux pas, traître, je te défends D'envahir ma demeure avec tes huit enfants. Garde-les, gardes-en le soin, l'ennui, la charge, Respecte mon foyer qui n'est pas assez large Pour cette bande! Un jour, triste semeur de blé, En épousant ma sœur, tu m'as déjà volé La plus belle moitié de notre patrimoine! Tu sèmes sur nos champs et le seigle et l'avoine. Tu n'avais rien, tu vins, tu nous parlas progrès, Drainage, amendements, sous-sol, chimie, engrais.

Tu nous faisais le soir des cours d'agriculture!

Comme si l'on pouvait douter de la nature.

Trop longtemps j'ai lutté contre cet enragé

Pied à pied : il partit, je fus bien soulagé.

Je n'aime pas les gens qui parlent comme un code.

11 s'enfuit, emportant sa femme et sa méthode;

Il traîna sa charrue ici, sur le coteau.

Sa bicoque, de loin, regardait mon château.

Dans le large vallon, au-dessous de son antre,

38 l'herbacer

Mes trois cents bœufs avaient de l'herbe jusqu'au ventre

Et mes vaches à pleins trayons donnaient du lait.

Là-haut, en labourant, je crois qu'il m'en voulait!

Or, bien qu'on se moquât de ce pleutre à la ronde,

Il ne s'avouait pas vaincu le moins du monde.

11 arrachait, narguant ainsi tous nos fermiers,

La mousse, le lichen et le gui des pommiers;

Au lieu de l'eau stagnante, il cherchait l'eau potable

Pour son cidre. 11 mangeait avec son monde à table!

Hypocrite! J'étais, je serai contre lui

A jamais, d'autant plus que le traître aujourd'hui,

Laboureur fatigué de ses vains labourages,

Croit, en happant mon fils, saisir mes pâturages !

Voleur...

Après une pause.

Mais je suis seul, personne autour de moi, Et Beaufermant, là-bas, escorté comme un roi, Par mon fils, par ma femme et d'autres personnages, Lentement, en vainqueur, traverse les villages. 11 groupe autour de lui, comme des courtisans, A tous les carrefours, des tas de paysans. On l'acclame, il salue; au fils qui l'accompagne, Il montre ses blés mûrs qui bouchent la campagne, Il montre ses pommiers perdus sur la hauteur, Il rentre enfin chez lui comme un triomphateur Et, toisant mon manoir du haut de sa bicoque, Il dit : « Je tiens le fils! Le père, je m'en moque! » Ah! traître, avant l'affront mortel, avant demain, Vulgaire ambitieux, tu vas sentir ma main.

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