‹ L'herbagerChapitre 4 sur 73 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Après le bruit des luttes oratoires, Car ton verbe demain secouera les prétoires. Ton nom retentira dans le département, Pendant que doucement et paternellement, Agissant au soleil ou manœuvrant dans l'ombre, De tes riches clients je grossirai le nombre. Oh! des riches surtout; très peu de malheureux, Pour la pose. Voilà, tu parleras pour eux, Tu parleras contre eux, cher maître, peu m'importe, Pourvu qu'à tous moments ils assiègent ta porte. Tiens, je te vois d'ici, devant le tribunal, Plaider à mort avec un toupet infernal, Jouer avec la phrase en bon maître d'escrime; Je te vois, tu descends tout seul au fond du crime, L'assassin est coupable et tu viens cependant D'arracher une larme à l'œil du président! C'est très fort, l'assassin t'admire...

OCTAVE

C'est infâme!

LA HANTERIE.

D'accord, mais un juré, cœur de poule, bonne âme, Un grand propriétaire, un marquis, un juré Sensible, après avoir deux ou trois fois pleuré, Pour que sa fille unique un jour puisse t'entendre, Se dit : Quel avocat, bon Dieu! J'en fais mon gendre. Te voilà marié, trois ou quatre blasons, Des champs d'azur, un tas de gueules, supposons Que ta femme soit jeune, amoureuse et jolie,

Ne va pas pour cela commettre la folie

Des enfants! Pas d'enfants. C'est mon avis. Le Ciel

Peut accorder un fils à ta lune de miel,

Assez! Il ne faut pas encombrer ta demeure,

Comme ce Beaufermant qui viendra tout à l'heure,

Ton oncle, un imbécile.

OCTAVE

Un homme!

Un maladroit!

Huit enfants! Sais-tu bien qu'on n'en a pas le droit! Diviser sa fortune et morceler sa terre, Mon ami, c'est honteux pour un propriétaire. D'autres sont plus malins : regarde sous mon toit. Y vois-tu des enfants? un seul, toi, rien que toi! Tout mon bien pour un seul, c'est très malin.

OCTAVE

Sans doute.

LA HANTERIE.

Aussi, jusqu'à présent, pas d'écueil sur ma route.

Ici nul herbager ne m'arrive à l'orteil.

J'ai pu mettre au printemps trois cents bœufs au soleil;

Hier, la faculté t'accordait un diplôme.

Il faut un candidat au préfet, je suis l'homme

Des jeunes électeurs et des citoyens mûrs.

J'ai vu pendant un mois mon nom sur tous les murs

Et ma prose, étalée aux portes des mairies,

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