ACTE II, SCÈNE XIV
'Je comprends. Si tu veux, nous irons voir la place Où j'ai mis, gros faquin, mes cinq doigts sur ta face.
LA HANTERIE.
Monsieur, je vous croyais de ces coups repentant.
BEAUFERMANT.
En es-tu bien guéri? Muet pour un instant,
Tu n'as pu renoncer à ta mauvaise guerre.
Sans me nommer, c'est toi qu'on entendait naguère
Dépeindre aux habitants de ce canton troublé
La banqueroute entrant chez un semeur de blé.
D'aucuns cherchaient déjà mes brebis disparues,
On vendait mes chevaux... Tu vendais mes charrues!
Du seuil de ton manoir au seuil de ma maison,
Tu jetais un pont d'or, et le double horizon
Au terme d'un contrat te livrait ses deux crêtes.
Déjà tu me faisais des charités discrètes,
Tu t'affligeais, parlant des miens la larme à l'œil.
Ma chute n'ayant pas justifié ton deuil,
Tu déclaras, — j'ai même ici la chose écrite —
Que tu m'avais sauvé, — sauvé! bon hypocrite!
Et tu n'as pas trouvé le sacrifice amer?
Ton cœur, La Hanterie, est grand comme la mer!
J'attendais froidement la fin de l'algarade.
BEAUFERMANT.
La fin, mais je n'ai pas fini, mon camarade.
LA HANTERIE.
Tu sais pourquoi je viens, tu le sais?
BEAU F ERMANT.
En effet.
LA HANTERIE.
Mon fils est-il d'accord avec toi?
BEAUFERMANT.
Tout à fait.
LA HANTERIE.
J'avais raison de croire à votre perfidie,
C'était bien un complot.
BEAUFERMANT.
L'entreprise est hardie.
LA HANTERIE.
Mon fils épouserait votre fille?
Jamais!
Qu'as-tu dit?
LA HANTERIE.
BEAUFERMANT.
Si tu vois cela, je te permets, Gros poltron, de frapper sans que mon bras se lève Pour arrêter le tien.