ACTE II, SCÈNE XIV
Ma barque? Un seul enfant, un seul. Foin du partage!
Pas de paternité qui coupe l'héritage! »
Ah ! comme en ce pays on t'a bien écouté.
Egoïsme, calcul infâme, lâcheté!
Comme on t'a bien compris! Partout, à droite, à gauche,
Un héritier... Ces enfants-là..., la mort les fauche.
Prends garde, ton calcul est faux! Dieu frappe un jour
La maison sans berceau, le foyer sans amour;
11 brise en un instant l'espoir de vingt années.
Familles sans enfants, familles condamnées.
On y cherche un profit, j'y vois un mal profond :
L'héritier meurt, le nom s'éteint et les biens vont
A ceux qui n'ont pas fait de calcul.
LA HANTERIE.
L'homme austère, Qui pour ses huit enfants fait huit parts de ma terre! Le bon voisin, le bon ami, le bon parent Qui verrait d'un œil sec, d'un cœur indifférent, La mort frapper mon fils, si la mort inhumaine Le rendait en un jour maître de mon domaine! Le laboureur ici menace l'herbager.
« Çà, votre fils est mort, il faudrait partager. » Partager! Vous aimez les biens que l'on divise. Nous n'avons pas, monsieur, pris la même devise; Monsieur, vous m'obligez à vous dire en deux mots : Que je n'ai point gardé mes champs pour vos marmots ; Et qu'ils ne sont pas là, brave homme, de les prendre.
BEAUFERMANT.
Brave homme, ils pourraient bien quelque jour les défendre.
90 LHERBAGER
Le parent qui grandit doit valoir l'étranger;
Si notre terre un jour courait quelque danger,
Si les balles sifflaient à l'endroit où nous sommes,
Les marmots pourraient bien montrer qu'ils sont des hommes
Je t'engage, beau-frère, à quitter tes grands airs,
Car si l'on t'écoutait, nos champs seraient déserts.
Pour la moisson, pour le labour, pour la semaille,
Pour la guerre, après tout, il faut de la marmaille.
Et dans tous les travaux et dans tous les combats,
Nous prêtons nos enfants à ceux qui n'en ont pas.
LA HANTERIE.
Puisque nous les payons, le travail vous rapporte, Il faut de l'or aussi, monsieur.
beaufermant, le bras tendu.
Voici la porte!
La Hanterie remonte pour sortir.