ACTE I II, SCÈNE X
Acceptant le servage où vous m'avez réduite,
Sur votre ambition j'ai réglé ma conduite;
La femme s'est soumise à l'homme triomphant
Et pour plaire à l'époux j'ai perdu mon enfant.
Quand le fils autrefois recherchait nos caresses,
Souvent votre colère arrêta mes tendresses
Et je n'ai pas ouvert tout mon cœur révolté
A celui qui souffrait de votre vanité!
Oh ! non, je n'osais pas, j'avais peur, j'étais lâche!
Vous avez jusqu'au bout accompli votre tâche,
Poursuivi votre rêve et manœuvré si bien,
Que l'enfant n'est plus là, que nous n'avons plus rien!
Et que ces prés, ces champs, ces bois, jadis les nôtres,
Sacrifiés ou non, malgré vous, sont à d'autres.
LA HANTERIE.
Pas encor; de mon droit vous faites bon marché. Vous abandonnez tout quand je n'ai rien lâché. Vous semblez ignorer?
MADAME LA HANTERIE.
Le privilège insigne, Un droit contre l'honneur!... Vous en étiez bien digne.
Vous m'insultez! Je vous défends! Vous vous tairez!
MADAME LA HANTERIE.
Vous pouvez menacer autant que vous voudrez : Autrefois, je tremblais; naguère, j'étais femme; A présent je suis mère et je vous trouve infâme!
Vous n'étoufferez pas le cri de ma douleur,
J'ai trop pleuré, j'ai trop souffert : je n'ai plus peur!
LA HANTERIE.
Ce bel emportement vous a-t-il soulagée? Madame, en vérité, vous voilà bien changée. Soit. Raisonnons.
MADAME LA HANTERIE.
Le cœur ne sait pas raisonner.
la hanterie, mollement.
Notre fils est coupable!
MADAME LA HANTERIE.
Il faut lui pardonner.
LA HANTERI E.
Pardonner..., pardonner..., et payer?
MADAME LA HANTERIE.
C'est tout comme.
Quatre cent mille francs, voyez un peu la somme!
MADAME LA HANTERIE.
Je vois mon fils.
LA HANTERIE.
Paver?... vous en parlez, vraiment?...
Et comment vivrons-nous?