CLORINDE ENDORMIE
CL0'lO'X.T)E E'K.T^OTIMIE
i-«ORSQUE la Comédie a fini tard, on soupe; Pour peu qu'on se connaisse on est bientôt cousin ; Seigneurs, comédiens, tout cela court en troupe. Chacun riant de l'autre, au cabaret voisin. C'est la loi du thécâtre, et je la trouve bonne ; Une chose pourtant rend mes esprits chagrins. C'est de voir la jeunesse aux fleurs de sa couronne Ajouter les parfums de semblables festins! Le bistre au coin de l'œil, la mouche sur la joue, On vient en falbalas montrer le bras, le sein,
Au milieu de niais dont le meilleur se joue D'avoir mené Clorinde en ce milieu malsain. « Et qui (me dites-vous, ô sage aux mots austères), Qui traîne ces enfants à ces tristes ébats ? Comme chacun de nous n'ont-elles pas de mères?
— Rassurez-vous, monsieur, elles en ont, hélas 1
— Le soleil n'est-il pas créé pour la jeunesse?
— Vous sermonnez encor? Je vous serre la main! » Le souper est fini, les amants, la maîtresse, Chacun rentre chez soi : — La morale à demain !
Les blonds cheveux épars sur son épaule rose. Elle dort. — Tout à l'heure, en son lit parfumé, Sous le brusque sommeil sa paupière s'est close; De dentelles, de fleurs le sol est parsemé. Et sous son bras qui cède aux molles nonchalances. Du livre à peine ouvert les feuillets sont brisés.
— Elle sourit. — Peut-être à travers les silencesj Oubliant et soupirs et sots marquis frisés,
Elle entend battre un cœur, jeune comme est son âme, Et s'esquivant de nuit, comme un clerc en amour, Son esprit s'en va-t-il pour brûler à sa flamme
Les profanations prises au long du jour!
Nul ne sait ! — Seulement son visage s'éclaire,
Ses yeux avec effort cherchent à s'entr'ouvrir,
Une flamme inconnue y jette sa lumière,
Et sur sa lèvre un mot en frisson vient courir.
Sa poitrine se gonfle; une rougeur pudique.
Aurore de l'amour qui s'élève du cœur,
Vient empourprer son front de sa candeur mystique :
Une larme a brillé, symbole rédempteur !
— Mais non, tout disparaît, elle sourit encore!
Et l'ombre sous son voile étouffe la lueur!
Pour éclairer le monde il sufiit d'une aurore, Il faut tout un soleil pour ouvrir une fleur !