‹ L'hérédité dans les maladies du système nerveuxChapitre 12 sur 109 · J VJ · texte numérisé non relu

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paraît bien portante.

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

musical; l’idiot musicien est bien connu, l’idiot calculateur également; d’autres conservent une certaine adresse manuelle, qu’ils appliquent à la confection de petits ouvrages.

L 'Imbécile est moins déshérité; il possède quelques facultés; on commence à voir apparaître chez lui un certain degré de vie intellectuelle; l’imbécile est parfois éducable et utilisable ; mais les services que l’on peut tirer de son intelligence rudimentaire, ne dépassent pas des limites très restreintes.

Le Débile est déjà un être qui compte au point de vue cérébral ; il entre dans une catégorie qui comprend un nombre considérable d’individus, classés dans le monde sous le nom de faibles d’esprit; chez eux les facultés intellectuelles existent, mais très inégalement développées, et c’est chez eux que l’on peut surprendre facilement l’absence de pondération. Entre le débile le plus rapproché de l’imbécile, et le débile le plus proche de l'homme intelligent, il y a place pour un nombre incalculable d’intermédiaires ; nombre précisément en rapport, avec les modalités innombrables de déséquilibration intellectuelle, que l’on peut observer. Tel débile aura une mémoire excellente, à côté d'un jugement très faible; tel autre sera emporté par la prédominance de ses appétits ; chez tel autre ce seront les sentiments affectifs qui prédomineront; chez tel autre enfin, l’absence de volonté sera flagrante. Il est facile d’imaginer tous les cas possibles, démontrés d’ailleurs par la clinique, et il est également facile d’en concevoir la liste interminable. Mais chez tous les débiles, un caractère domine, c’est l’absence ou la faiblesse du jugement, de l’intelligence proprement dite.

Des malades plus favorisés en apparence, peuvent se développer, acquérir une instruction souvent étendue : ce

sont les Dégénérés supérieurs (Magnan). Cependant il y a toujours chez eux une désharmonie complète, un manque d’équilibre de toutes leurs facultés mentales. Ces aptitudes particulières, se remarquent déjà chez des imbéciles que Félix Voisin désignait pour cette raison, du nom de génies partiels. Chez les héréditaires dont les facultés sont moins atteintes, elles peuvent se développer à un point tel, que dans une certaine sphère l’individu devient réellement supérieur, ce qui a pu faire dire à certains auteurs que le génie n’était qu’une névrose (Moreau de Tours) (1). Et cependant à côté de ces facultés brillantes, il y a des lacunes, des vides, produisant cette déséquilibration intellectuelle caractéristique de l’état héréditaire. Parmi les facultés intellectuelles, la volonté surtout est affaiblie, et qui ne connaît les irrésolutions continuelles à propos de déterminations futiles, les obsessions si pénibles, les impulsions préjudiciables, la timidité véritablement morbide, les peurs enfantines, qui souvent font le désespoir de ces malheureux qui ne peuvent pas les vaincre. Enfin l’on peut dire, que d'une façon presque constante, c’est le coté affectif qui est le plus atteint : et il n’est pas de troubles du caractère, des sentiments qu’on ne puisse alors observer. Instabilité, excentricité, irritabilité, susceptibilité, émotivité excessive, activité désordonnée ou apathie invincible, voilà le fond du caractère de l’héréditaire. Et si quelques-uns par hasard, semblent présenter des sentiments relevés, en les passant au creuset de l’observation, on s’aperçoit vite, que les qualités superficielles de ces êtres généreux, dévoués, philanthropes, cachent un affaiblissement du sens moral, et reposent sur un fond d'égoïsme, toujours caractéristique de ce que certains auteurs, ont

(1) Moreau (de Tours ). Psychologie morbide, etc. 1859.

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appelé le tempérament de fou (Maudsley) (1). Tel est l’état mental de ces héréditaires, qui souvent passent ainsi leur vie au milieu du monde, remplissant quelques-uns, des fonctions importantes dans la société qui supporte leurs bizarreries, et les désigne sous le nom d 'originaux.

Voyons maintenant quelle allure, quelle forme prennent les affections mentales, quand elles se développent sur ce terrain tout préparé, chez ces candidats à l’aliénation, qui passent toute; leur vie sur le sentier qui sépare la raison de la folie, toujours prêts à verser dans l’abîme.

Si l’on examine les désordres mentaux qui se classent sous le nom de folies héréditaires, on voit que la plupart du temps, ce sont les sentiments et les actes qui sont intéressés, et que l’intelligence est moins souvent en cause.

Ici la plus grande confusion règne parmi les auteurs, et l’on voit que si tous ont décrit ces sortes de folies, ils leur ont tous donné des noms diflérents. C’est ainsi que le vocabulaire de la Médecine mentale, s’est enrichi des appellations diverses de Monomanie raisonnante ou affective (Esquirol), Monomanie instinctive ou impulsive (More), Moral insanity (Pritchard), Délire des actes, folie d'action (B. de Boismont), Manie de caractère (S. Pinel), Lypémanie raisonneuse (Billod), Folie lucide (Trélat), Pseudo-monomanie (Delasiauve). Folie héréditaire, instinctive (Morel), Esthésiomanie (Berthier), Folie raisonnante ou morale (Falret), Folie, instinctive ou des actes (Foville), Folie avec conscience (Baillarger), Folie affective (Maudsley).

D’un autre côté, d’autres observateurs ayant surtout en vue, le symptôme prédominant le plus saillant de ces sortes de folies morales ou impulsives, ont décrit séparément diverses variétés, désignées parfois du nom de Mono-

(I) Maudsley, Pathologie de l’esprit. (Traduc. française.)

manies : telles que la Folie du doute , Y Agoraphobie, la Dipsomanie, la Kleptomanie , Y H g pochondrie morale avec idées suicides ou homicides, etc... Certes, il est excellent de décrire isolément toutes les variétés de délires; cependant, il est bien probable que dans tous ces cas, nous n’avons affaire qu’à la folie héréditaire, sous différents aspects : c’est toujours la même maladie au fond, l’étiquette seule a changé. Et en effet, dans les observations de tous les malades, on trouve des antécédents héréditaires très accentués, un état mental antérieur toujours particulier, se rapprochant plus ou moins de celui que je viens [de décrire, et caractérisé par une émotivité anormale, des obsessions dès le jeune âge, une désharmonie des facultés... Puis quand les troubles mentaux apparaissent, ils s’accompagnent des mêmes symptômes, et suivent la même marche. Ils reviennent par accès, s’accompagnent d’un état physique spécial, caractérisé par une anxiété particulière, des palpitations, un affaiblissement de la volonté, empêchant le malade de résister à l’impulsion ou de maîtriser ses craintes. Et cependant il n’y a pas à proprement parler de délire intellectuel, le malade a conscience de l’absurdité de ses terreurs, ou de la malignité (?) de ses penchants. Cependant il faut qu’il cède, et alors le calme renaît jusqu’à ce qu’apparaisse un nouveau paroxysme. La marche de ces affections est d'ailleurs essentiellement intermittente, elles n’aboutissent guère à la démence. En outre, si l’on observe longtemps le même malade, on peut le voir présenter successivement toutes ces formes de délires émotifs : c’est là un point qui a été bien mis en lumière par Magnan (1), qui, s’ap-

(]) Magnan, Leçons sur la Dipsomanie . (Progrès médical, 1884.) — Des Anomalies, des Aberrations et des Perversions sexuelles. (Ann. Med. Psych. 1885, 1. 1 et II, p. 235; t. I, 1886.)

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puyant sur les raisons énoncées plus haut, ne considère toutes ces perversions morbides des sentiments ou des actes, que comme des syndromes épisodiques de la folie héréditaire, et a montré que toutes ces monomanies, ne sont qu’autant de syndromes de la Folie des dégénérés.

Mettant en parallèle ces syndromes, d’ordre intellectuel, avec les stigmates physiques indéniables de la dégénérescence somatique, il les a appelés fort justement : Stigmates psychiques. Cette comparaison fait bien ressortir, ce que l’on doit comprendre par le mot syndrome, on voit qu’il ne s’agit pas d’un état délirant surajouté, d’une coexistence, mais bien d’une manière d’être de la dégénérescence mentale.

Que sont au fond tous les stigmates psychiques de la folie des dégénérés ?

Peut-on leur considérer des caractères généraux, et les assimiler les uns aux autres? Si le fait est possible, n’en ressort-il pas d’une manière éclatante, que tous les syndromes sont une seule et même chose, quant au fond, et que la forme seule diffère? Et dans ce cas, sachant le peu de valeur que l’on doit accorder à la forme d’un délire, si le clinicien ne se détermine pas à rattacher l’état syndromique à l’état héréditaire, n’en doit-il pas conclure au moins de prime abord, que toutes les monomanies ne forment qu’un seul et même groupe, bien distinct, et non point des affections différentes? Ces caractères généraux dont je viens de parler existent, et je les énumérerai succinctement, avant défaire l’histoire rapide des syndromes décrits jusqu’à présent.

Au fond de toute monomanie, quelle qu’elle soit, nous trouvons l'un des deux phénomènes suivants : Y Obsession ou Y Impulsion, tous deux avec leur caractère constant <T Irrésistibilité . Voilà ce que la clinique démontre d’une

façon péremptoire. Considérez un kleptomane, un dipsomane, un onomatomane, tous trois sont des obsédés, tous trois sont des impulsifs. Le kleptomane vole avec conscience, sans pouvoir s'en empêcher; le dipsomane boit, sans que sa volonté soit capable de restreindre scs excès, jusqu’à ce que l’accès soit passé; l’onomatomane est obsédé par certains mots qu’il ne peut chasser de son esprit, et il les prononce avant que son énergie volontaire ait eu le temps de s’y opposer. Tous les syndromiques sont dans le même cas; aucun ne fait exception à la règle ; prenez le malade atteint de folie du doute, prenez l’aliéné poussé à l’homicide, toujours vous trouverez la même obsession irrésistible, la même impulsion que rien ne peut restreindre. Dans l’ordre physiologique, ces faits sont encore les mêmes, et voici les paroles de Magnan à ce sujet :

« 11 semblerait qu’aucun rapprochement ne saurait être établi, par exemple, entre l’onomatomanie, la dipsomanie, et les perversions sexuelles qui poussent le spinal à l’onanisme, et cependant, au point de vue physiologique, le phénomène est au fond le même. Il s’agit dans tous les cas d’un centre surexcité réclamant le retour d’un sensation déjà connue; l'apparition de l’image tonale, c’est-à-dire du nom, dans le centre cortical, suffit à calmer l’onomatomane; l’impression alcoolique, transmise par les nerfs de l’estomac au centre bulbaire et à l’écorce, donne satisfaction à l’appétit du dipsomane; la répétition de l’acte, qui fait renaître la sensation dans le centre génito-spinal, apaise momentanément les désirs de l’onaniste. Dans tous les cas, il s’agit de reproduire une sensation appropriée à un centre. »

De même que les modalités de l’état mental du dégénéré sont indéfinies, de même les modalités syndromi-

ques sont innombrables. On conçoit que toute obsession, toute impulsion, constituera un nouveau syndrome. Vouloir passer en revue Ions les syndromes en particulier, deviendrait un travail presque inutile après les considérations générales que je viens d’exposer. Mais, parmi eux, il en est un certain nombre que la clinique isole souvent en raison de leur importance, de leurs caractères nettement tranchés, et surtont en raison de la prédominance qu’ils prennent dans le tableau clinique, au point de laisser bien loin derrière eux les autres manifestations morbides. Ces syndromes figurent dans le tableau synoptique emprunté à Magnan, que je reproduis en entier à la fin de ce chapitre. Plusieurs d’entre eux sont déjà connus; les autres ont été isolés cliniquement et décrits par Magnan, soit dans ses cours, soit dans des publications spéciales. MM. Charcot et Magnan ont décrit une nouvelle forme syndromique, Y Onomatomanie, et tout récemment encore, M. Charcot montrait, qu’il fallait faire rentrer dans les syndromes épisodiques des héréditaires, l’afTection qu’il a désignée sous le nom de Maladie des tics convulsifs.

Voici une description sommaire de chacune de ces formes épisodiques :

Kleptomanie, Kleptophobie, Pyromanie, Pyrophobie, Impulsions homicides et suicides :

Parmi ces syndromes, il en est un certain nombre sur lesquels il n’est guère besoin d’insister. De ce nombre, sont : les impulsions homicides et suicides, la kleptomanie, la pyromanie. Ces trois syndromes, constituent des épisodes très fréquents dans la vie des héréditaires, et ils ne sont point de ceux qui occupent à eux seuls, toute la scène morbide. Je me bornerai à dire, que l’homicide avec son caractère de spontanéité, d’impulsion, est bien

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