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CHAPITRE PREMIER

L’HÉRÉDITÉ EN GÉNÉRAL HÉRÉDITÉ DE LA STRUCTURE HÉRÉDITÉ DES FONCTIONS DU SYSTÈME NERVEUX A L’ÉTAT PHYSIOLOGIQUE.

« L’hérédité, dit Ribot, est la loi biologique, en vertu de laquelle, tous les êtres doués de vie tendent à se répéter dans leurs descendants, elle est pour l’espèce ce que l’identité personnelle est pour l’individu. Par elle, au milieu des variations incessantes, il y a un fond qui demeure: par elle, la nature se copie et s’imite incessamment. Considérée sous sa forme idéale, l’hérédité serait la reproduction pure et simple du semblable parle semblable. Mais cette conception est purement théorique, car les phénomènes de la vie ne se plient pas à cette régularité

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

mathématique, leurs conditions d’existence se compliquant de plus en plus, à mesure qu’on s’élève du végétal aux animaux supérieurs et de ceux-ci à l’homme(l). »

L’hérédité physiologique est connue de temps immémorial. La transmission des parents aux enfants de leurs caractères physiques, est un fait d’observation journalière : la ressemblance du visage, la conformité extérieure, la forme et le volume du corps, la taille, la couleur de la peau, etc., font partie de ce que l’on appelle les caractères de famille et ont, depuis l’époque la plus reculée, attiré l’attention des observateurs. C’est surtout dans les traits du visage et dans l’expression de la physionomie, que s'accuse l’influence héréditaire, et l’on sait que, chez les Romains, certaines familles tiraient leurs noms de quelques particularités physiques, particulières et constantes, et dans l’histoire moderne ou même contemporaine, il serait facile de trouver des exemples analogues.

Mais, on lésait, l’hérédité ne consiste point, en la seule transmission des caractères extérieurs de l’individu, des caractères morphologiques en un mot : elle comprend dans son ensemble, la conformation interne aussi bien que la conformation externe de l’être organisé, elle comprend en outre, la transmission des propriétés des tissus et des systèmes; en un mot, l’hérédité régit toutes les formes de l’activité vitale.

L’hérédité est la conséquence de la génération ou reproduction. Chez l’homme et chez les animaux supérieurs, la génération exige le concours des deux sexes, c’est la génération sexuée. La vie du nouvel être commence au moment précis, où la cellule mâle entre en contact avec la cellule femelle. Le mouvement vital imprimé au nouvel

(1) Th. Ribot, De l’Hérédité Psychologique, Paris, 1882, p. 1.

être résultant de ce contact, est le produit des propriétés individuelles, inhérentes à la semence et à 1 ovule; c est en vertu de ces propriétés spéciales, que l’embryon présentera par la suite les traits caractéristiques, physiques et intellectuels de ses générateurs.

Bien des théories ont été émises pour expliquer l’hérédité; mais, comme le fait remarquer Herbert Spencer, tout ce que l’on peut faire dans l’état actuel des sciences biologiques, c’est de placer les causes de l’hérédité dans la catégorie des problèmes qui n’admettent qu’une solution hypothétique (1).

« L’origine et le développement de la cellule ovulaire, a dit Virchow, la transmission à cette cellule des particularités corporelles et morales du père par le moyen de la semence, voilà des faits qui touchent à toutes les questions que l’esprit humain s’est posées au sujet de l’essence de l’homme (2). »

On peut réduire à un certain nombre de types principaux, les diverses théories qui ont été formulées en vue d’expliquer l’hérédité. Je ne les indiquerai que d’une façon sommaire, leur étude n’entrant que d'une façon indirecte dans le sujet que j’ai à traiter.

La théorie de la pangenèse de Darwin, a été formulée par son illustre auteur de la façon suivante : « On admet presque universellement, dit-il, que les cellules se propagent par division spontanée ou prolifération, conservent la même nature, et se convertissent ultérieurement en diférentes substances et tissus du corps. À côté de ce mode de multiplication, je suppose que les cellules, avant leur inversion en matériaux formés et complètement passifs,

(1) Herbert Spencer, Principes de Biologie.

(2) Cité par E. Haeckel, Histoire de la Création naturelle. ( Traduc . française de Letourneau). Paris, 1884, p. 147.

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émettent de petits grains ou atomes qui circulent librement dans tout le système, et, lorsqu’ils reçoivent une nutrition suffisante, se développent ultérieurement en cellules semblables à celles dont ils dérivent. Nous appellerons ces grains des gemmules. Nous supposons qu’elles sont transmises par les parents à leurs descendants, se développent généralement dans la génération qui suit immédiatement, mais peuvent se transmettre pendant plusieurs générations à un état dormant et se développer plus tard. On suppose que les gemmules sont émises par chaque cellule ou unité, non seulement pendant l’état adulte, mais pendant tous les états de développement. Enfin les gemmules auraient les unes pour les autres une affinité mutuelle, d’où résulte leur agrégation en bourgeons et en éléments sexuels. En sorte que, à strictement parler, ce ne sont pas les éléments reproducteurs ni les bourgeons qui engendrent les nouveaux organismes, mais les cellules et unités du corps entier. »

Ainsi suivant Darwin, « il faut considérer chaque être vivant comme un microcosme, un petit univers, composé d’une foule d’organismes aptes à se reproduire par euxmêmes, d’une petitesse inconcevable, et aussi nombreux que les étoiles du firmament (1).»

L'hypothèse précédente a permis à Darwin, d’expliquer toutes les formes possibles de la reproduction quelles qu’elles soient, et toutes les modalités de l’hérédité, entr’autres l’atavisme physique ou intellectuel, qui ne peut se comprendre, qu’en admettant que chez le produit intermédiaire, les gemmules restent à l’état latent, et ne se développeront qu’à la génération suivante.

La théorie de la pangenèse avait été précédée de celle de

(I) Darwin, De la Variation des Espèces, t. IL

la polcirigenèse d’Herbert Spencer, ou théorie des imités physiologiques, que l’on peut résumer avec cet auteur de la façon suivante : « L’hypothèse vers laquelle on est porté par l’ensemble des faits, c’est que les cellules spermatiques et les cellules germinatives ne sont au fond que des véhicules, portant de petits groupes d’unités physiologiques dans un état convenable, pour obéir à leur penchant vers l’arrangement de structure de leur espèce propre, et nous devons conclure, que la ressemblance d’un organisme à l’un ou l’autre de ses parents, est le résultat de tendances spéciales des unités physiologiques dérivées de ce parent (1). »

Ajoutons enfin que la théorie de Darwin (pangenèse) a été modifiée par Galton, qui a émis l’hypothèse des stirpes, désignant sous ce nom la somme des gemmules qui se trouvent dans l’œuf récemment fécondé. Cet auteur croit trouver avec sa nouvelle théorie, l’explication des différentes particularités de l’hérédité, à savoir: la non-transmissibilité des modifications acquises, l’absence d’hérédité intellectuelle puissante chez certains enfants, et enfin le fait, que certaines maladies peuvent se transmettre à certaines générations, les générations intermédiaires restant saines (2).

Les hypothèses précédentes sur l’hérédité, bien que n’étant pas d’ordre purement et uniquement anatomique, ne donnent pas assez d’importance aux propriétés de la matière vivante, au dynamisme de l’élément anatomique, de la cellule animale ; aussi Haeckel n’eut-il pas de peine à montrer, que ces hypothèses étaient insuffisantes, et à édifier une nouvelle théorie, plus satisfaisante à tous égards, connue sous le nom de théorie de la périgenèse.

(1) Herbert Spencer, Principes de Biologie.

(2) Galton, Hereditarg Genius. London 1869.

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Haeckel compare l’organisme à un état, les citoyens taisant partie de ce dernier, étant représentés dans le corps humain par les cellules. La cellule cependant, n’est point pour Haeckel, un organisme élémentaire irréductible. Au-dessous d’elle est le cytode, masse albuminoïde sans enveloppe et sans noyau, les cellules et les cytodcs constituent ce que cet auteur appelle les unités vitales. La matière vivante qui les constitue esll eplasson, c’est la substance primordiale, moins avancée en organisation que le protoplasma, ce dernier n’étant qu’une différenciation morphologiqueplus avancée du plasson. Pour Haeckel. leplasson se résoud en molécules de plus en pluspetites, dont le dernier terme est constitué par les plastidules. Ce qui différencie la plastidule (molécule de la matière organisée vivante), d’une molécule de matière inorganique, c’est non seulement, la composition chimique et le groupement atomique, mais encore, un mouvement que la plastidule seule possède, et qui lui permet de s’approcher ou de s’éloigner de ses voisines.

Pour Haeckel, chaque atome est animé et doué d'une certaine somme de force, l’atome possède une « âme », il est doué de sensation et de volonté; ce sont là des propriétés, dit-il, qui ne sont pas caractéristiques des organismes, et c’est dans les propriétés des plastidules, qu'il faut chercher ce qui caractérise l’essence de la vie.

« Par l’hypothèse d'un mouvement ondulatoire ramifié, et se propageant sans interruption, des plastidules, considéré comme la cause efficiente du phénomène biogénétique, nous voyons la possibilité de ramener l'infinie complexité de celui-ci, au mouvement mécanique des atomes, lesquels sont ici, comme dans tous les phénomènes de la nature inorganique, soumis aux lois physico-chimiques. En donnant le nom de périgenèse à ce mouvement ondu-

latoire et ramifié des plastidules, nous voulons exprimer la propriété caractéristique qui distingue ce mouvement, en tant que ramifié, des autres processus rhythmiques analogues. Cette propriété repose sur la force de reproduction des plastidules, qui est déterminée par la composition atomique spéciale de ces dernières. » Ainsi s’exprime Haeckel, au sujet de la constitution des plastidules ; plus loin il ajoute: «Parmi les propriétés des plastidules, la plus importante nous paraît être la capacité de reproduction, ou la mémoire qui existe dans tout processus évolutif, et en particulier, dans la reproduction des organismes, toutes les plastidules possèdent de la mémoire, cette aptitude manque à toutes les autres molécules. L’hérédité est la mémoire des plastidules; la variabilité est la réceptivité des plastidules. La première produit la stabilité, la seconde la variété des formes organisées. Dans les formes très simples et très constantes, les plastidules n’ont, si j’ose le dire, rien appris ni rien oublié. Dans les formes organiques très développées et très variables, les plastidules ont beaucoup appris et beaucoup oublié (1). »

Cette hypothèse, est basée à la fois sur la théorie moniste et mécanique. Chaque plastidule possède les propriétés de la matière, le sentiment de conscience et un mouvement ondulatoire rhythmique, et, par l’acte créateur, une certaine quantité de protoplasma ou de la matière albuminoïde des parents, est transmise à l’enfant, et avec ce protoplasma, un mode individuel spécial de mouvement moléculaire. Ce sont ces mouvements moléculaires, qui suscitent les phénomènes vitaux et en sont la vraie cause. Il y a ainsi un mouvement plastidulaire pri-

(1) E. Haeckel, Essais de Psychologie cellulaire. Traduct. française , p. 142 et suiv.

mitif, qui est transmis, par la cellule mère et conservé. L’action des circonstances extérieures, d’où résultent l’adaptation et la variabilité, produit une modification de ce mouvement moléculaire.

L’hérédité est donc, d’après la théorie précédente, la mémoire des plastidules, ou la transmission du mouvement des plastidules (la mémoire n’étant qu’une forme de vibration), transmission s’opérant en vertu du grand principe de la transformation des forces. L’adaptation au milieu, les modifications subies par l’organisme, dans telles ou telles circonstances, ne seraient au contraire, que la résultante de certains mouvements acquis par les memes plastidules.

C’est donc dans les théories vibratoires, que l’on cherche aujourd’hui l’explication des propriétés de la matière organisée; qu’il s’agisse du tissu nerveux ou d’un autre, la théorie est la même,, tout se résout à une question de vibration, et la pensée n’est elle-même qu’une des formes du mouvement.

A côté de la périgenèse de la plastidule de Ilaeckel et de la pangenèse de Darwin, se place la théorie que son auteur, Weismann, désigne sous le nom de théorie de la continuité du plasma germinatif '(1). (Continuitat des Keimplasma.)La théorie de Ilaeckel et celle de Ilis (2), qui n’en est qu’une variante, nous disent bien suivant quel mode (transmission de certains mouvements moléculaires déterminés) s’effectue l’hérédité, mais elles ne nous expliquent point comment , une seule cellule du corps, arrive à réunir les différentes tendances héréditaires de tout l’organisme ;

(1) Weismann, Die Continuiti.lt des Keimplasma's als Grundlage einer Théorie der Vererbung , Iena, 1885.

(2) His, Unsere Korperform und das physiologische Problem ihrer Entsleliung , 1874.

comment l’individu transmet à sa descendance — par l’intermédiaire de la cellule fécondée qui deviendra le nouvel être — les moindres détails de sa structure, les dispositions physiques et psychiques, que nous voyons se transmettre de génération en génération. La théorie de Darwin touche bien à cette question, mais nos connaissances physiologiques et morphologiques, ne nous permettent plus d’admettre aujourd’hui, la formation des gemmules. D’après Weismann, l’hérédité s’effectue, par l’intermédiaire d’une substance à structure extrêmement fine et complexe, possédant des propriétés chimiques et moléculaires déterminées, substance qu’il désigne sous le nomd eplasma germinatif ( Keimplasma), et qui se transmet, invariable et immuable, de génération en génération. Lorsqu’un nouvel organisme se développe, une partie de la substance active du germe, une partie du 'plasma germinatif que renferme l’ovule, n’est pas employée à la formation du nouvel être, elle reste en réserve, ne subissant aucune mutation, aucune transformation ; c’est cette réserve de plasma germinatif non modifiée, qui sert à former les cellules germinatives du nouvel organisme. Du moment que les cellules germinatives des générations successives, sont en continuité directe non interrompue, du moment qu’elles ne sont, en d’autres termes, que les différentes parties d’une même substance, la monnaie de la même pièce, elles doivent et elles peuvent posséder, une structure moléculaire semblable, et parcourir, dans des conditions de développement déterminées, exactement les mêmes phases, et fournir un produit final identique. La continuité du plasma germinatif , subsiste donc d’une génération à l’autre, et on peut se représenter ce plasma germinatif, comme une longue racine, de laquelle s’élèvent de distance en distance des bour-

reons, des rejetons, représentant les individus des générations successives.

G. Jager (1) puis Nussbaum (2), avaient déjà formulé une théorie se rapprochant de celle de Weismann, ils admirent une continuité directe entre les cellules germinatives des générations successives; mais pour eux, les cellules germinatives du nouvel être, se détachent de la cellule germinative des générateurs, dès le début du développement embryonnaire, en tout cas avant toute différenciation histologique des cellules. Sous cette forme, la théorie n’est pas soutenable, elle contredit des faits trop nombreux, mais si on ne peut admettre une continuité clés cellules germinatives, cela n’empêcherait point d’admettre d’après Weismann, une continuité du plasma germinatif.

D’où provient le plasma germinatif de Weismann? Quel est en un mot le vecteur des phénomènes d’hérédité?

On avait déjà pu supposer avec quelques probabilités, que la substance organique du noyau fût ce vecteur, mais on manquait de toutes données certaines à ce sujet. Cette question a pris une impulsion nouvelle, par les travaux tout récents de ces dernières années. Hertwig (3) et Fol (4), ont montré que la fécondation, consistait surtout en une copulation des noyaux.

Les premiers faits positifs dans cette direction, ont été fournis par Pflüger, lors de sa découverte de Y isotropie de l’œuf , et surtout parles observations de E. Van Beneden (5)

(1) Jager, Lehrbuch der allgemeinen Zoologie , Leipzig, 1ST8, Bd IL

(2) Nussbaum, Die Diffirenzirung des Geschlechts im Thierreich. (Arch. f. mikros. Anat., Bd. XVIII, 1880.)

(3) 0. Hertwig, Beitrüge zicr Kenntrms der Bildung, Befruchtung und Theilung des thierisehen Fies., Leipzig, 1876.

(4) H. Fol, Recherches sur la Fécondation et le commencement de l’Hénogénie, Genève, 1879, et Compt. rendus de l'Ac. des sc., 1877.

(5) E. Van Beneden, Recherches sur la Maturation de l'œuf. (Bull. Ac. roy. de Belgique, 18750

sur la fécondation de Y Ascaris megalocephalus. Ce dernier auteur, a eu le grand mérite de fournir des faits certains, sur lesquels on pouvait fonder une théorie scientifique de l’hérédité. La fécondation repose comme l’on sait, d’après E. YanBeneden, sur la fusion de deux noyaux, ou plutôt de deux demi-noyaux de sexes différents, le pronucleas mâle et le pronucleus femelle. Le noyau de l’œuf fécondé ou noyau vitellin, résultant de la fusion de ces deux éléments, doit nécessairement participer des propriétés inhérentes à chaque générateur. Avec la marche de l’endogenèse, à chaque segmentation du noyau et de la cellule, le noyau transmet sa nature double, en proportions égales à chacun des noyaux nouvellement formés.

Strassburger (1), fit faire un nouveau pas à la question, en montrant que le noyau seul de la cellule mâle arrivait à l’ovule, que la fécondation n’est qu’une copulation des noyaux , et que le corps cellulaire n'y prend aucune part. « La substance nucléaire est donc le seul vecteur des tendances héréditaires, et les découvertes de Yan Beneden, montrent comment cette substance nucléaire, contient non seulement les tendances héréditaires des parents, mais aussi celles d’un très grand nombre d’ancêtres. Chacun des deux noyaux qui se réunissent lors de la fécondation, doit contenir le plasma germinatif nucléaire, des deux parents dont descend cette génération; celui-ci contient lui-même, le plasma nucléaire des cellules germinatives des grands-parents, ainsi que des bisaïeuls. Le plasma nucléaire des différentes générations, existe en quantité d’autant plus petite, que la génération est elle-même plus éloignée. Tandis que le plasma germinatif du père

(1) Eduard Strassburger, Nette Untersuchungcn iiber den Befruchtungsvorgang bel den Phanerogamcn aïs Grundlage fur eine Théorie der Zeugung, Iena, 1884.

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ou de la mère, constitue la moitié du noyau de la cellulegerme de l’enfant, le plasma germinatif du grand-père n’en constitue que le quart, celui de la dixième génération en arrière, n’en constitue que 1/1024°, etc.

Ce dernier, peut toutefois très bien réapparaître lors de la formation du nouvel être; les phénomènes en retour, montrent même que le plasma germinatif d’ancêtres d’il y a mille générations, peut affirmer sa persistance en se manifestant subitement, par des caractères perdus depuis longtemps. Si donc nous ne sommes pas en mesure, d’expliquer par quels processus ce retour s’effectue, et quelles en sont les causes, nous savons du moins que la chose est possible en général; la très minime partie du plasma germinatif spécifique, contenant des tendances déterminées, et les faisant valoir dans la formation d’un nouvel organisme, dès que pour une raison quelconque, sa nutrition se trouve plus favorisée, que celle des autres espèces de plasma contenues clans le noyau. Il se développe alors plus activement que les autres espèces de plasma germinatif, et on peut bien admettre, que c’est à la prédominance en masse de cette espèce de plasma germinatif, qu’est dû son pouvoir sur le corps cellulaire (1). »

La manière d’être de l'hérédité, repose donc sur la trans mission d’une substance nucléaire de structure moléculaire spécifique . C’est ce plasma nucléaire de la cellule germinative, que Weismann désigne sous le nom de plasma germinatif.

La théorie de Weismann offre toutefois quelques difficultés, elle n’explique pas par exemple, l’hérédité des caractères acquis. Aussi Weismann, soit dans des travaux antérieurs (2) soit tout récemment encore dans la 58°

(1) Weismann, toc. cit., p. 19-21.

(2) Wbismann, Ucber die Vererbung, Iena, 1883, et toc. cit.

Réunion des naturalistes et médecins allemands tenue à Strasbourg (1), conclut-il à la non-hérédité des caractères acquis. « Si le plasma germinatif n’est pas procréé â nouveau dans chaque individu, mais dérive du prédécesseur, sa conformation et avant tout sa structure moléculaire, ne dépendent pas de l’individu lui-même; l’individu étant plutôt le terrain, aux dépens duquel le plasma germinatif croît; car la structure de ce dernier existe dès le début. »

« Rien ne peut se développer dans un organisme, qui n’y existe déjà à l’état de disposition première, car toute propriété acquise, n’est autre chose que la réaction de l’organisme ci une excitation déterminée. S’il n’y a pas disposition première, l’ organisme n’acquiert rien ; les caractères acquis, ne sont autre chose que des variations locales et générales, produites par des influences extérieures déterminées (2). »

Cette négation de l’hérédité des caractères acquis, a été vivement attaquée par Virchow (3), Weismann nie en effet ainsi toute hérédité dans les maladies acquises, toute hérédité dans l’acclimatement.

Comment Weismann, partisan fervent de la théorie de la sélection de Darwin, explique-t-il donc la transformation des espèces et les différences individuelles héréditaires ?

Rejetant l’opinion de Naegeli, pour lequel la cause des transformations siège dans /’ intérieur de l’ organisme, dans

(1) Weismann, Veber die Bedeutung der geschlechtlichen Fortpflanzung für die Selektionstheorie, in Tageblatt der 58. Versammlung Deutscher Naturforscher und Aerzte in Strassburg, 18-23 septembre 1885, p. 42. Analysé in Biolog. Centralbl. Bd. V, 1886, n° 22, p. 674.

(2) Weismann, Die Continuitât des Keimplasma’s , p. 7.

(3) Virchow, Ueber Akklimatisation , in Tageblatt der 58. Versammlung Deutsch. Naturforscher und Aerzte in Strassburg, septembre 1885, p. 540. Analysé inBiolog. Centralbl., Bd. V, 1886, n° 23, p. 705. — Virchow, Ueber Descendenz und Pathologie (Virchow’s Arch. f. Pathol. Anat. u. Phys., Bd. 103, 1886, Heft I, p. 1.)

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la matière vivante elle-même , dans « l’idioplasma », Weismann admet que tout repose sur /’ adaptation. « Il n’y a aucune partie du corps, quelque petite et insignifiante soit-elle, aucune relation de structure qui n’ait pris naissance sous l’influence des conditions vitales, que ce soit dans l’espèce elle-même ou bien chez ses ancêtres; il n’y en a aucune, qui ne réponde à ces conditions vitales, comme le fleuve torrentiel à son lit. » C’est par adaptation à un milieu aquatique, que la baleine s’est transformée d’un mammifère placentaire terrestre, en un mammifère aquatique. Enlevez à la baleine, toutes les transformations qui ont pris naissance sous l’influence de l’adaptation, et la force intérieure de Naegeli n’aura plus rien à faire; car il ne restera, d’après Weismann, que le schéma général d’un mammifère, or celui-ci, existait déjà chez les ancêtres avant la naissance de la baleine.

La continuité ou mieux l’identité du plasma germinatif, son invariabilité, rendent doncimpossible, la transmission d’un caractère acquis, mais cette identité du plasma germinatif, rend aussi toute adaptation impossible. Car si le plasma germinatif se transmet invariable de génération en génération, il ne peut engendrer que du semblable, que l’ uniformité complète. Comment donc expliquer ces différences individuelles qui existent partout, qui sont le substratum pour la production de nouvelles formes, et qui résultent des transformations effectuées à petits pas , par degrés minimes.

Weismann, place la source des différences individuelles héréditaires, dans la forme de la reproduction, dans la fusion de deux cellules germinatives de sexes opposés, dans la reproduction sexuelle, ou pour parler comme Haeckel, dans la reproduction amphigone. Dans cette fusion, siège la cause des caractères individuels héréditaires transmissibles :

elle est le matériel ci raicle duquel , la sélection produit des formes nouvelles.

On serait tenté de croire que la fusion, au lieu d’accentuer les différences, tend au contraire à les faire disparaître en les nivelant. Ceci ne peut arriver pour les petites variétés individuelles, qui ne peuvent disparaître, que si une espèce ne se compose que de peu d’individus. Or le nombre des individus composant une même espèce, est infiniment grand, un croisement de tous avec tous est donc impossible, ainsi que le nivellement des différences individuelles.

Dés qu’il existe danslareproductionamphigone, un commencement de diversité, l’uniformité ne revient plus ; la diversité s’exagère même encore dans les générations futures, par des combinaisons toujours nouvelles des caractères individuels. C’est là toute la théorie de Weismann.

Or, comme le fait remarquer Virchow (1), qu’est-ce que l’adaptation, sinon l’acquisition d’une propriété dé terminée pendant la vie de l’individu, sous l’influence d’agents extérieurs? Ces individus seuls, s’adaptent, s’acclimatent à un milieu ambiant, dont l’organisme se modifie d’une façon correspondante, pour acquérir une nouvelle propriété. Ce n’est qu’ainsi qu’un caractère s’acquiert , ce n’est qu’ainsi que le darwinisme comprend l’adaptation.

Peu importe, que ces différences individuelles se transmettent par reproduction amphigone ou monogone. On peut bien admettre avec Weismann, que la reproduction amphigone en mettant en présence deux individus de dis positions différentes, exagère les probabilités des variétés héréditaires et progressives, mais ceci n’indique eu rien,

(1) Virchow, Descendenz und Pathologie. (Virchow’s Arch. f. pathol., Auat. und Phys., Bd. 105, 1886, Heft I, p. 1.)

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

le pourquoi du premier développement de ces variétés.

De plus, il faut bien se rappeler que Darwin dans une de ses meilleures propositions, enseigne que dans le croisement des différentes variétés, — c’est-à-dire, chez ces individus qui par suite de transmission héréditaire, présentent d’une façon prépondérante certaines divergences du type, — on observe souvent, non pas une accentuation de la variété, mais au contraire un retour à un type plus simple de l’espèce. Tout nereposedonc pas sur l’adaptation, quelque grande que soit son importance. L’adaptation ne va pas sans l’hérédité, car ce n’est qu’ainsi qu’un nouveau caractère devient un nouveau type. Si l’adaptation explique l’acclimatement d’un individu, l’hérédité seule peut expliquer l’acclimatation d’une famille, d’une race.

L’importance de la nouvelle théorie de Weismann, n’a pas besoin d’être relevée, aussi ai-je cru devoir l'exposer avec un peu plus de détails, que je ne l’ai fait pour les autres, car au point de vue physiologique et pathologique, la théorie de la continuité du plasma germinatif, à travers une série ininterrompue de générations, me paraît être d’une importance considérable.

L’hérédité, étant définie par la continuité du plasma, il reste maintenant à établir quelles sont les lois auxquelles elle obéit, d’autant plus que j’aurai plus d’une fois l’occasion de les invoquer au cours de ce travail.

Le déterminisme de ces lois, il est utile d’en faire la remarque, est complètement impossible. Etant donnés les caractères physiques et intellectuels de tels parents, on ne peut en déduire d’une façon certaine, que ces caractères seront intégralement transmis aux enfants. Les lois de l’hérédité ne sont que le résultat de l’observation, les voici telles que les a formulées Darwin :

1° Loi de l'hérédité directe et immédiate. (Les parents ont une tendance à léguer à leurs enfants, tous leurs caractères psychiques, généraux et individuels, anciens et nouvellement acquis).

2° Loi de prépondérance dans la transmission des caractères. (La prépondérance d’action dans la transmission de l’un ou de l’autre des générateurs, peut être directe ou croisée, c’est-à-dire suivre le sexe, ou bien s’effectuer d’un sexe sur le sexe contraire).

3° Loi de l’hérédité en retour ou médiate, atavisme. (Les descendants, héritent des qualités physiques et mentales propres à leurs ancêtres auxquels ils ressemblent, sans ressembler à leurs propres parents). Cette hérédité en retour est plus fréquemment directe (du grand-père au petit-fils) qu’indirecte ou collatérale (de ronde au ueveu).

4° Loi d’hérédité aux périodes correspondantes de la vie [hérédité homochrone) . Apparition, chez les descendants, de certaines dispositions physiques etmentales très nettes, se manifestant chez eux au même âge que chez les ascendants.

Les lois précédentes régissent l’hérédité physiologique tout entière, il faut cependant y ajouter une forme particulière d’hérédité, à savoir l’hérédité d 'influence. Elle consiste dans la reproduction, chez les enfants issus d’un second mariage, de quelque particularité propre au premier époux. Assez peu commune chez les animaux, où elle relève de ce que l’on a appelé l’imprégnation de la femelle, elle l’est encore beaucoup moins dans l'espèce humaine, et a trait plutôt à la reproduction de certains caractères extérieurs, qu’à des caractères psychologiques.

La première loi de l’hérédité (loi de l’hérédité directe ou immédiate), n’est pour ainsi dire pas réalisable, si on l'envisage dans le sens absolu de la définition, car si cette loi avait une rigueur mathématique, l’être procréé serait la D.

L’HEREDITE DANS LES MALADIES

moyenne exacte de ses deux générateurs, ce qui n’arrive pour ainsi dire jamais, l’un ou l’autre de ces derniers, ayant toujours une action plus ou moins prépondérante; aussi la loi précédente, se confond-elle en réalité avec la seconde loi de Darwin (loi de prépondérance dans la transmission des caractères).

Cette prépondérance de l’un ou l’autre des générateurs, peut être, nous venons de le voir, directe ou croisée, et l’une ou l’autre de ces opinions compte chacune un grand nombre de partisans. On sait que Michelet, grand partisan do l'hérédité croisée, expliquait ainsi la médiocrité intellectuelle des lils de beaucoup de grands hommes, les filshéritant des qualités intellectuelles de leur mère.Gœthe disait tenir ses caractères physiques de son père, et de sa mère, sa verve mordante et caustique, son instinct prodigieux de conservation personnelle, son horreur do toute impression violente. On trouve dans l’histoire de chaque pays, des faits très probants en faveur de l’hérédité croisée, Henri VIII et ses filles, Gustave-Adolphe et Christine de Suède, Necker et Mm0 de Staël, etc. Mais l’hérédité directe, s’appuie sur autant de faits probants que l'hérédité croisée, et les familles de savants, de peintres, de musiciens, dont je rapporterai plus loin des exemples, prouvent en faveur de l’hérédité directe, aussi peut-on conclure avec Ribot sur ce point spécial de la façon suivante : « En fait l’enfant hérite de ses deux parents. L'un des deux n’a jamais une action exclusive. L'un des deux a toujours une action prépondérante. Cette prépondérance a lieu de deux manières : d’un sexe au sexe du même nom; d’un sexe au sexe de nom contraire. Nous avons vu que l’une et l’autre sont très fréquentes (1). »

(I) Ribot, Inc. cit., p. 191.

Ces lois de l'hérédité sont-elles constantes et fatales En d’autres termes les choses se passent-elles toujours ainsi, ou Lien le système est-il incomplet, et y a-t-il des exceptions à la règle? A n’envisager que superficiellement les choses, certes il paraît au premier abord exister, tant au point de vue de l’hérédité physique qu’au point de vue de l’hérédité mentale, do graves exceptions aux lois formulées plus haut.

Ces exceptions sont bien connues, elles sont de tous les temps, de toutes les races, de tous les pays. Un enfant ne présente aucun trait de ressemblance avec ses parents, le fils d’un homme de génie peut être doué d'une intelligence plus que médiocre (1), un autre issu d’une souche robuste présente des anomalies de développement, etc. C’est sur ces exceptions plus apparentes que réelles, que Lucas s’est appuyé pour affirmer, que le fait biologique de la génération est régi par deux lois, l’une d 'hérédité, l’autre d 'innéité.

Pour Lucas, tout être vivant considéré dans son origine, est le produit de ces deux lois. Par la première, la loi d 'innéité, la nature crée et invente sans cesse. Par la seconde, la loi d’ hérédité, la nature s’imite et se répète constamment. Ces deux principes combinés nous donnent, suivant cet auteur, l’explication de ce fait : à savoir, que les êtres vivants appartenant à une même espèce, peuvent se ressembler entre eux par leurs caractères spécifiques, et différer entre eux par leurs caractères individuels.

(1) « Les fils de Henri IV, Louis XIV, Cromwell, Pierre le Grand, comme ceux de La Fontaine, de Crébillon, de Goethe et de Napoléon, dispensent de tant d’autres noms que l’on pourrait citer ». P. Lucas, Traité Philosophique et Physiologique de l’Hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux. Paris, 1847, t. I, p. 157 et suiv.

L’HEREDITE DANS LES MALADIES

Les faits relevés par Lucas sont exacts, mais il a eu le tort de s’appuyer sur eux pour en déduire une loi, et du reste, aujourd’hui, les doctrines qui régnent actuellement sur l’origine et sur l’évolution des espèces, excluent toute espèce de loi d’innéité. La variation des espèces est, comme on le sait, le produit de deux facteurs, elle est le résultat de la sélection unie à l’hérédité, et les variétés par suite de l’action du milieu longtemps répétée, tendent toujours à s’éloigner du type originel (Wallace); il n’y a là rien qui ressemble à la prétendue loi d’innéité. La plupart des faits rassemblés par Lucas, en apparence contraires à la loi d’hérédité, sont explicables de différentes façons. En premier lieu, il faut tenir compte de la prépondérance de l’un ou de l’autre des générateurs, de leur état psychique au moment de la fécondation, des arrêts ou des anomalies ultérieures dans le développement du fœtus, des maladies qui peuvent affecter ce dernier, de l’atavisme, etc., toutes particularités sur lesquelles j’aurai à revenir, à propos de l’hérédité psychologique morbide.

Si la transmission par les parents aux enfants, des caractères morphologiques des générateurs est indéniable, il en est de même, de la transmission héréditaire de structure et de fonctions de certains systèmes ou appareils, qui, chez l’homme et les mammifères supérieurs, sont arrivés à un haut degré de différenciation et de perfectionnement, le système nerveux par exemple.

Je n’entrerai pas dans des détails spéciaux sur l’hérédité nerveuse, considérée dans la série animale; quelque intéressante que soit cette étude, elle ressort au domaine do l’anatomie et de la physiologie comparées, et je me bornerai à l’étude de l’hérédité nerveuse physiologique, envisagée uniquement chez l’homme.

Les fonctions du cerveau sont transmissibles par hérédité, comme l’est elle-même la structure de cet organe; on connaît l’hérédité des instincts, des facultés perceptives, l’hérédité de la mémoire, celle des habitudes. En est-il de même pour l’intelligence? On sait par les travaux des zoologistes, de Darwin entr’autres, que les modes inférieurs de cette dernière, les instincts sont éminemment héréditaires, on sait aussi que ces instincts, peuvent être modifiés par le milieu dans lequel vit l’animal, et que ces modifications acquises peuvent être transmises par hérédité.

Les modes supérieurs de l’intelligence, sont-ils transmissibles comme les modes inférieurs? On peut répondre à cette question par l’affirmative. En effet, la pensée n’est qu’une propriété de la matière vivante, et par conséquent transmissible par hérédité comme cette dernière. L’hérédité psychologique doit être admise, aussi bien que l’hérédité physiologique, car la cellule nerveuse est transmise par l’hérédité, aussi bien que celle d’un organe quelconque de l’économie.

Mais il ne suffit pas de naître, avec un cerveau doué de propriétés supérieures à celles de la moyenne, il faut encore que l’individu qui le possède, se trouve dans des conditions qui lui permettent de l’utiliser. Au moment de la naissance, comme le fait remarquer très justement de Candolle, il n’y a que des probabilités, et non une certitude. « Prenons, dit cet auteur, le fils d’un grand capitaine ou d’un mathématicien célèbre; en supposant qu’il ressemble à son père et non à sa mère, il y aurait seulement probabilité au moment de la naissance pour le fils du grand capitaine d’être un homme disposé à commander ; pour le fils du grand mathématicien d’être un homme disposé à calculer : ce qui peut faire du

L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES

premier un piqueur ou un majordome et du second un teneur de livres très exact.

« Pour s’élever au-dessus de la moyenne, bien d’autres choses sont nécessaires qui dépendent d’autres facultés, héritées ou non héritées, de l’éducation, des exemples, des conseils, et généralement des circonstances extérieures (1). »

Ainsi donc, au moment de la naissance, l’hérédité psychologique n’est qu’une probabilité et jamais une certitude, l’influence du milieu est considérable. Il est plus que probable que parmi les grands génies dont s’honore l’humanité, un très grand nombre d’entre eux n’aurait point dépassé le niveau de la moyenne des hommes, s’ils avaient été placés dans des conditions de civilisation différentes (2).

Ces réserves faites, il est facile de comprendre dans son véritable sens, la transmission héréditaire des facultés intellectuelles, les exemples en abondent dans l’histoire, et on peut ci ter nombre de familles célèbres, dans lesquelles telle ou telle brillante faculté s’est transmise des parents aux enfants, pendant une série de générations.

Pour la peinture, les exemples en sont si nombreux que l'on n’a guère que l’embarras du choix : en Angleterre la famille des Landseer, en France celle des Bon-

(1) De Candolle, Histoire des Sciences et des Savants depuis deux siècles (2° édition), Genève 1885, p. 33. Voy. les tableaux statistiques à l’appui dans Galton et de Candolle.

(2) La question du milieu, c’est-à-dire de l’éducation et des circonstances extérieures à l’individu, est d’une importance capitale. Il ne suffit pas que la graine soit bonne, il faut encore le terrain favorable pour qu’elle puisse germer. Pour les hommes politiques et les militaires par exemple, le rôle joué par les circonstances est considérable. Il ne suffit pas d’avoir des capacités hors ligne dans ces deux domaines, il faut encore vivre à une époque où elles pourront se développer. Dans ces deux formes d’application des facultés intellectuelles plus que dans aucune autre, les événements font les hommes.

heur, en Hollande les Téniers, les Miéris, les Van de Velde. En Italie, on voit se succéder pendant plusieurs générations, des peintres distingués dans une même famille, ainsi dans celle des Bassano(l).

N° I. FRANCESCO BASSANO, fondateur de l’école

peintre distingué.

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