sœurs et
un frère bien portants.
Les relations de l’aliénation mentale et de l’hystérie sont donc évidentes, elles existent non seulement entre ascendants et descendants, mais peuvent coexister chez le même malade. Legrand du Saulle (1) a bien étudié les manifestations psychiques de l’hystérie, mais je crois avec Féré (2) qu’elles doivent être séparées en deux groupes. Les unes en effet font partie de la névrose, elles surviennent pendant la grande attaque, constituant la forme délirante telle que la décrit M. Charcot; les autres au
(1) Legrand du Saulle, Les Hystériques , 1883, p. 202 et suiv.
(2) Féré, loc. cit., p. 13.
contraire, se montrent chez les hystériques, en dehors des manifestations convulsives propres aux névroses.
Ce sont des manifestations vésaniques de toutes formes, survenant chez des malades hystériques, à antécédents ordinairement psychopathiques, manifestations vésaniques qui n’empruntent rien à la névrose hystérique, mais évoluent côte à côte avec elle : il n’y a point subordination mais bien combinaison. Nous voyons ici névroses et psychoses, se manifester par des symptômes propres à chacune d’entre elles, et dont on peut facilement reconnaître l’origine. Ces combinaisons se rapprochent, de ces faits de coexistence de plusieurs délires, chez un même aliéné décrits par Magnan; elles se rapprochent encore de ces faits de coexistence de l’hystérie et de l’épilepsie. Dans ce dernier cas, comme l’a montré M. Charcot (1), les deux névroses se manifestent par des crises séparées, et le médecin exercé reconnaît 1res bien parla marche, l’évolution et l’enchaînement des différentes phases de l’attaque, l’attaque hystéro-épileptique de l’attaque d’épilepsie vraie.
L’hystérie ne se combine pas seulement avec l'épilepsie et l’aliénation mentale, elle peut s’associer à la chorée, à la maladie de Basedow, à l'ataxie locomotrice progressive (Yulpian), à toutes les névroses, à tous les états névro et psychopathiques, graves ou légers, sur lesquels j’aurai longuement à revenir dans le cours de ce travail. Aussi ne dois-je pas trop y insister ici.
Mais l’hystérie ne provient pas seulement d’états névropathiques graves ; la tare héréditaire peut quelquefois être fort légère, on peut no rencontrer chez les ascen-
(1) H. d’Oi. ier, De la Coexistence de l’hystérie et de l'épilepsie, avec manifestations des deux névroses, considérées dans les deux sexes et en particulier chez l’homme. (Ann. Med. Psych., 6c série, t. VI, p. 192.)
dants aucune névrose convulsive, aucune psychose et voir néanmoins l’hystérie — et non pas la petite hystérie mais l’hystéro-épilepsie la mieux constituée — se développer chez les descendants. Si on regarde alors d’un peu près on trouvera, généralement une mère nerveuse, irritable, impressionnable — qu'un heureux concours de circonstances a seul préservée de l’hystérie, et à laquelle il n’a manqué véritablement que l’occasion pour devenir hystérique, — donner naissance à une fille impressionnable comme elle, mais qui, placée dans des conditions moins favorables, plus exposée aux causes occasionnelles multiples de l’hystérie — sera devenue hystérique. Ce cas est extrêmement fréquent. Ailleurs c’est la neurasthénie, le nervosisme du père, qui chez la fille se manifeste par des attaques d’hystérie. Ailleurs encore, les antécédents semblent muets ; on ne rencontre aucun état névropathique constitué. Faut-il dans ces cas nier la tare héréditaire, et considérer l’hystérie des enfants comme une hystérie acquise? Je ne le crois point. Si un complexus névropathique ne peut être décelé ni chez les parents, ni chez les grands-parents, on trouvera souvent un père ayant fait des excès de travail intellectuel, une mère migraineuse, arthritique, atteinte d’asthme, d'accès d’angine de poitrine neuro-arthritiques, telle que l’a si bien décrite mon ami Landouzy. Or nous connaissons aujourd’hui, les relations intimes qui relient l’arthritisme au nervosisme.
Cet état névropathique latent pour ainsi dire, se réveille chez les descendants ; et la fille ou le fils, qui plus tard deviennent hystériques manifesteront la tare nerveuse, par des convulsions pendant l'enfance, un état délirant intense, violent, au moindre mouvement fébrile, à la plus petite angine, quelque bénigne soit-elle. Qu’une cause occasion-
I)U SYSTEME NERVEUX
nelle survienne alors, que ce soit une émotion morale vive, de nature surtout dépressive, un changement brusque de vie, une éducation mal dirigée, que ce soit un traumatisme, un choc moral, et l’hystérie se trouvera constituée.
Nous savons aujourd’hui, quel grand rôle joue le traumatisme, dans la genèse des accidents hystériques, en particulier des accidents hystériques non convulsifs.
C’est chez les sujets ainsi prédisposés — prédisposés soit par une hérédité nerveuse éclatante, soit au contraire par une tare nerveuse latente pour ainsi dire — que l’on voit survenir à l’occasion d’un choc, d'un traumatisme, ces paralysies hystériques, sur lesquelles M. Charcot a insisté dernièrement, et dont il a si péremptoirement démontré la nature hystérique, non seulement par l’existence chez les sujets paralysés de stigmates hystériques, mais aussi par ses belles expériences sur ses hystériques femmes, en reproduisant sur elles par l’influence du traumatisme, ces mêmes paralysies avec toutes leurs particularités, et tous leurs symptômes si anormaux au premier abord.
Disons donc pour résumer, que l'hystérie peut être considérée comme la plus héréditaire des névroses, qu’elle affecte des relations intimes avec tous les états névro et psychopathiques, qu’elle peut s’associer, se combiner avec eux, qu’elle peut en être la transformation ou à son tour se transformer en eux, montrant peut-être mieux que n’importe quelle névrose, les connexions qui la relient à la grande famille neuro-pathologique. Disons enfin, que l’hérédité semble d’autant plus grave, d’autant plus fortement accentuée, que l’hystérie éclate dès l’enfance ou chez l’homme.
L’HÉRÉDITÉ DANS LES MALADIES
LES CHORÉES