‹ L'hérédité dans les maladies du système nerveuxChapitre 68 sur 109 · N° L. PÈRE · texte numérisé non relu

N° L. PÈRE

Syphilitique, irido-choroïdite syphilitique Affection cérébrale gommeuse,

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3) FILS

Né en 1851.

Né en 1859.

25 ans.

Névrose convulsive

Névrose convulsive

Névrose convulsive

tétaniforme.

tétaniforme.

tétaniforme.

Début à 8 ans.

Début à 9 ans.

Mort d’une pneumonie secondaire (par déglutition).

Début à 19 ans par la contraction convulsive du triceps sural gauche. 3 ans plus tard, convulsions des deux extrémités inférieures.

10 ans plus tard opistothonos.

(1) Féré, loc. cit. Obs. XXXI, p. 32.

(2) Voyez à cet égard Descroiziu.es, Du vertige épileptique et du tic de

Salaam chez les enfants. {Semaine Médicale, 6e année n° 4, 27 janvier 1886,

(3) Féré, loc cit., p, 31.

L’HEREDITE DANS LES MALADIES

NE U RASTHÉNIE

Le terme de Neurasthénie implique par son étymolog ie même la perte de la force nerveuse, l’épuisement nerveux, en donnant à ce terme épuisement nerveux, son sens le plus général, et en spécifiant, que cet épuisement est par lui-même durable, plus ou moins permanent. O11 ne qualifiera pas en elfet de neurasthénie, l’épuisement produit chez une personne bien portante et robuste, après une fatigue prolongée, et pouvant être réparé par une ou plusieurs journées de repos. La neurasthénie consiste dans répuisement de la force nerveuse, considérée d’une façon générale, soit dans la sphère intellectuelle, soit dans la sphère physique, soit dans les deux ensemble.

La neurasthénie n’est point une affection nouvelle, le nom seul en est récent, c’est Y irritation spinale de F. Franck, la névrospasmie de Brachet, l’état nerveux de Sandras et Bourguignon, la névralgie protéiforme de Cerise, la névralgie générale de Valleix, le nervosisme de Bouchot. Plus récemment on a décrit des formes diverses, sous le nom de névropathie cérébro-cardiaque (Krishaber), d’irritation spinale (Armaingaud), de neurasthénie proprement dite (Braid).

Sans aucun doute ces formes existent, mais en pratique, il est bien rare de les rencontrer à l’état de type isolé, distinct. Ce ne sont en somme que des variétés d’un même état morbide, dont les symptômes peuvent se combiner de mille manières dillerentes, et aujourd'hui, en clinique, on a coutume de dénommer toutes ces formes diverses du nom de neurasthénie, que ce soient les symptômes cérébraux ou spinaux, l’état d’irritation ou de dépression qui prédominent.

Cet état protéiforme, comme l'hystérie, est donc assez difficile à décrire ; sans avoir la prétention de le faire d’une façon complète, j'essaierai cependant de donner un aperçu succinct de sa symptomatologie.

Ce qui domine incontestablement ici, c’est l’état d’excitation du système nerveux sensitif, s’alliant avec un défaut de résistance : il s’épuise aussi facilement qu’il s’excite. La céphalalgie est très fréquente, siège le plus souvent sur le vertex ou à l’occiput, et donne au malade la sensation d'un demi-casque trop étroit pour sa tête : la rachialgie est aussi très commune, ainsi queles douleurs névralgiques sur le trajet de différents nerfs, trijumeaux, nerfs intercostaux ou sciatiques donnant lieu parfois à des espèces de douleurs fulgurantes. En même temps, la sensibilité générale est altérée dans ses différents modes, elle est pervertie, exaltée, ou diminuée. Du côté des sens spéciaux, on a noté des bourdonnements d'oreille, ou un certain degré d’affaiblissement de l’ouïe, des battements dans les tempes, des troubles delà vue, éblouissements, brouillards, impossibilité de fixer les objets, des vertiges très fréquents, donnant la sensation d’un soulèvement ou d'une oscillation du sol, et augmentant souvent par le fait de l’altération de la sensibilité plantaire. Les réflexes cutanés varient avec l’état de la sensibilité, les tendineux sont fréquemment exagérés, le réflexe pupillaire coïncide parfois avec une dilatation inégale des pupilles. — La motilité n’est pas moins atteinte ; si dans certains cas le malade ne peut rester en place, et présente des secousses dans les membres, des tremblements, le plus souvent au contraire il est apathique, ses jambes lui semblent lourdes comme s’il était parésié, il est anéanti après le moindre effort, fatigué après une courte marche, ses jambes sont molles et rentrent sous lui : tout mouvement

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lui est douloureux, et parfois il évite de se remuer, en entendant les espèces de craquements qui accompagnent ses moindres mouvements. C'est le matin surtout, au réveil, que cet anéantissement est accentué ; en effet, la somnolence est très fréquente en cet état, et ces malades dorment parfois même le jour : d’autrefois au contraire le sommeil est irrégulier, entrecoupé de rêves. — L'intelligence subit aussi le contre-coup de tous ces désordres : à côté de l’excitation cérébrale assez rare, la paresse intellectuelle domine, la mémoire surtout devient infidèle, il y a des absences. Cet état, qui s’exaspère par le moindre travail, produit très souvent des tendances hypochondriaques; et ces malades, qui n’ont même plus le courage de se soigner, en arrivent quelquefois à l'idée do suicide. Je signalerai enfin l’émotivité toute particulière, véritablement pathologique, et qui se traduit chez eux par des accès de larmes, de joie, des troubles vaso-moteurs de la face, etc.

Le système circulatoire en effet n’est pas épargné, et outre les troubles vaso-moteurs, on constate des palpitations, des étouffements, des syncopes, de véritables crises d’angine de poitrine, et divers troubles de nature anémique (souffles, décoloration des conjonctives...) Les fonctions digestives (1) sont généralement languissantes, la langue blanche, amère, pâteuse surtout le matin, l’appétit diminué, les crises de gastralgie sont fréquentes, les digestions pénibles, l’estomac souffre après les repas souvent suivis d’une somnolence invincible. Parfois, après un repas copieux au contraire, le malade éprouve un soulagement réel. Signalons enfin la constipation qui est presque un fait ordinaire. Les troubles des fonctions géni-

(i) Sciiuele, IXe congrès des Aliénistes allemands, analysé in Arch. de Neurol. 1885, t. IX, p. 92 et suiv.

taies ne sont pas ceux qui inquiètent le moins les malades : la puissance génésique est diminuée, l’éjaculation rapide, la répétition du coït, impossible et toujours suivie d’un état d’anéantissement complet, d’un sommeil iuvincible. Notons enfin la fréquence de la spermatorrhée.

En résumé, toute la symptomatologie de la neurasthénie peut se résumer dans ces deux mots : faiblesse, excitabilité. Les phénomènes d’excitation ou de dépression peuvent se présenter isolément, constituant alors l’irritation cérébro-spinale et la neurasthénie proprement dite, ou être concomitants, c’est le cas ordinaire, ou enfin, alterner en donnant à la maladie une sorte d 'allure circulaire.

On voit que la neurasthénie a de nombreux points communs avec les grandes névroses, et peut même simulerparfois des névropathies avec lésions anatomiques. De plus, sur ce terrain particulièrement favorable, nous pouvons voir se développer des maladies plus accentuées, névropathiques (1) ou même vésaniques (2). Nous verrons alors soit des symptômes hystériformes, soit des troubles intellectuels qui rentreraient dans le groupe des folies, dites héréditaires : il n’est pas rare, en effet, de voir les délires émotifs, survenir chez ces neurasthéniques particulièrement impressionnables et dont l’état mental se rapproche de celui des déséquilibrés supérieurs. Et même, quand ils présentent des troubles intellectuels proprement dits, ils affectent alors la même allure. En vertu de ces observations, de ces analogies, on pourrait de suite en conclure, que nous sommes là sur un terrain identique, et que la parenté est proche entre le neurasthénique, et le névro-

(1) Archer, The Dublin vieil., journ. of mcd. sc. 1881, p. 289.

(2) Rousseau, Lypémanie et irritation spinale , etc... in Encéphale 1882, t. II, p. 669.

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sique. En réalité, ce sont les membres d’une même famille et dans les deux cas on retrouve l'influence de la tare héréditaire, le plus souvent névropathique : parfois l’état de dégénérescence est du à une hérédité voisine telle que le rhumatisme (Fonssagrives).

L’hérédité de la neurasthénie ne souffre aucune espèce de discussion, elle est admise par tout le monde et d’une observation journalière, et, ce qui fait l’intérêt de l'étude de cette forme particulière d’affection du système nerveux, c’est que, différant en cela complètement de toutes les autres, elle peut être créée de toutes pièces , chez un individu robuste, sans tare nerveuse héréditaire, et cela dans certaines circonstances données.

Toute cause de débilitation amène l’épuisement nerveux, et peut par conséquent produire la neurasthénie. L’anémie, l’insuffisance de lanourriture, le surmenage physique, les excès sexuels (onanisme), l'abus des excitants factices (tabac, café, alcool, opium), etc., peuvent l’amener à leur suite, mais c’est surtout dans l’exagération du fonctionnement des facultés intellectuelles, que l'on doit en chercher les causes. Le travail cérébral exagéré, les chagrins, les soucis, les inquiétudes de toute espèce, la vie contraire au but que l’on se propose, telles en sont de beaucoup les causes les plus fréquentes ; et, parmi ces dernières, on doit, je le répète, incriminer avant tout les excès de travail intellectuel, le travail cérébral doublé d’inquiétude.

Aussi la neurasthénie, est-elle incomparablement plus fréquente dans les villes que dans les campagnes, chez les gens intelligents et cultivés, que dans les classes inférieures de la société, partout où la lutte pour l’existence est intense, partout où elle se fait avec tous les raffinements de la civilisation moderne, on voit la névrose

naître, se développer et progresser. Ce n’est point la maladie du siècle, elle a existé de tout temps et dans tous les pays, mais on peut dire que c’est une maladie de la civilisation, qu’elle augmente d’intensité en raison des progrès de cette dernière, et qu’elle progresse à mesure que l’homme, devenant plus sédentaire, plus actif intellectuellement, se trouve réaliser les conditions de surmenage intellectuel, cause principale du développement de cette névrose.

Le fait que la neurasthénie peut se créer de toutes pièces, sans tare héréditaire aucune, dans les circonstances que je viens d’énumérer brièvement, est d'une importance considérable, au point de vue de l’étude des maladies nerveuses en général, et en particulier de leur cause originelle. Si avec Morel, on considère les maladies mentales et les grandes névroses, comme une série d’êtres résultant de parents communs, en état de se multiplier et de se propager, sur le premier échelon de cette série nous trouvons la neurasthénie. Elle est pour Legrand du Saulle, le germe des états morbides graves, qui éclosent et suivent leur marche, sous l'influence de l’hérédité, dès que ce germe est fécondé par de nouveaux éléments morbides. Cette idée a été reprise depuis et développée par Môbius, à l'aide de tableaux généalogiques, dont quelques-uns sont très démonstratifs (1). Pour Môbius, la neurasthénie est le germe originel d’où dérivent par développement ultérieur, l’hystérie, l’hypochondrie, la mélancolie, la manie, l'aliénation, etc. Pour lui, c’est le cercle central des différentes névroses, et qui les relie toutes entre elles. Entre la neurasthénie et l'imbécillité, se groupent d’après leur degré de gravité, les névroses et les psychoses, qui se combinent

(1) Môbius, loc. cit.

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entre elles par l’hérédité. Les résultats pourront être très différents, suivant la façon dont se comportera cette dernière. Dans la majorité des cas, les formes morbides s’atténuent, l’hérédité est divergente, une partie seulement des parents étant atteinte, l'affection réapparaît bien chez les descendants, mais elle réapparaît atténuée, par mélange d’un sang normal et sous forme de neurasthénie simple; ce n’est que dans les cas d’hérédité convergente pendant deux ou trois générations que l’on voit arriver les formes graves des névroses (1) et en fin de compte, la dégénérescence mentale et physique, ainsi que l’extinction de la race. Le tableau LL que j’emprunte à Mobius, montre bien la gravité croissante des névroses à travers les générations, à mesure que l’hérédité s’accumule du fait des mariages consanguins, entre névropathes héréditaires.

Envisagée au point de vue spécial de la transmission, nous venons de voir que la neurasthénie peut engendrer la neurasthénie, ou des formes de névroses beaucoup plus graves. Tout ceci est affaire d’hérédité, aussi la neurasthénie peut-elle être envisagée, comme la forme initiale d’où dérivent toutes les autres, comme la souche d’où émergent tous les rameaux de la grande famille névropathologique. En outre, c’est la seule névrose qui ne reconnaisse pas nécessairement et toujours l’hérédité pour cause, et, par le fait qu’elle peut se développer chez un individu non prédisposé, par le fait qu’elle peut s’acquérir de toutes pièces, c’est bien elle que l’on peut placer à l’origine de toutes les affections nerveuses. C’est là du reste un point de la question, sur lequel j'aurai à revenir par la suite.

(1) C’est à cela qu’est due la fréquence des affections nerveuses dans certaines races, la race juive en particulier.

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