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PARALYSIE GÉNÉRALE

La fréquence et l’importance de l’hérédité, comme facteur étiologique de la paralysie générale, no sontmises en doute par personne. Et s’il y a quelques dissidences à ce sujet, c’est surtout à propos de la nature de l’hérédité qu’elles se sont élevées. En effet, les premiers autours qui ont étudié la paralysie générale, Bayle, Calmeil, Baillarger, ont admis sa parenté avec la démence, et à cet égard, Marcê s’exprime dans les termes suivants : « La folie et la paralysie générale, sontbien d’ailleurs les rameaux d’une même famille, car parmi les parents de paralytiques généraux, on rencontre indifféremment non seulement des paralytiques, mais encore des maniaques, des mélancoliques, etc. » C’est là une opinion qui est encore sou tenue par Marandon de Montyel (1), qui se demande, si la paralysie générale n’est pas la terminaison des folies congestives, au même titre que la démence est la terminaison des folies simples. Cet auteur a cherché à distinguer dans la marche de la paralysie générale chez les héréditaires, ceux qui ont

(1) Marandon de Montyel, Marche de la paralgsie générale chez les héréditaires. (Ann. med, psych., 5e série, 1878. t. XX, p, 382.)

L’HEREDITE DANS LES MALADIES

contracté l’affection sous la seule influence de l’hérédité vésanique de ceux, qui à cette influence, ont ajouté des excès de toute nature.

Dans ces derniers temps, un mouvement de réaction s’est produit, dû à l’étude plus approfondie de l’hérédité dans les affections mentales et des formes vésaniques dites héréditaires. Lunier, Doutrebente (1) Bail et Régis (2) dans différents mémoires, ont émis l’opinion appuyée sur do nombreuses statistiques, que si l’hérédité existe bien dans la paralysie générale, c’est surtout X hérédité congestive qu’il est donné d’observer. Il y a évidemment un très grand nombre de faits, qui viennent à l’appui de cette opinion. Mais, il ne faut pas généraliser trop vite (3), car dans bien des cas, la recherche des antécédents

(1) Doutrebente, Note sur la marche de la paralysie géne'rale chez les héréditaires. (Ann. med. psych., 6e série, t. I, 1879, p. 226.)

(2) Ball et Régis, Les familles des aliénés au point de vue biologique. (Encéphale, 1883, p. 401.)

Dans ce travail les auteurs comparant certains caractèi’es biologiques, (longévité, natalité, vitalité), des familles de paralytiques généraux; concluent que chez les paralytiques les affections centrales tiennent la première place, et que les névroses et l’aliénation mentale, occupent le dernier rang, si bien que sur 1.565 membres de 100 familles de paralytiques généraux, Ball et Régis n’ont trouvé que 4 aliénés.

Dans les familles normales, les affections cérébrales entrent pour 8,26 0/0 dans les causes de décès, tandis que dans les familles de paralytiques, la proportion dévient 38,63 0/0. Quant aux névroses et à la folie, la proportion est de 2,41 0/0 dans les familles normales, de 2,08 pour les familles de paralytiques. Plus on descend dans les familles de paralytiques, plus la fréquence des affections cérébrales est grande, elle atteint son maximum à la troisième génération, à laquelle appartiennent les malades, et à la quatrième représentée par leurs enfants, dont un grand nombre meurent d’affections cérébrales infantiles, ce qui explique la grande mortalité dans le bas-âge. L’hérédité de la paralysie générale est représentée par l’hérédité cérébrale et non par l’hérédité vésanique. L’enfant d'un paralytique général n’a donc à craindre que les affections cérébrales, surtout dans le bas-âge ou dans l’âge mûr. Sans donner de preuves absolues à l’appui de leur opinion, Ball et Régis pensent que les descendants mâles des paralytiques généraux, souvent fort intelligents, ont de la tendance à devenir des cérébraux, les filles des hystériques.

(3) Doutrebente, Marche de la Paralysie générale chez les héréditaires. (Ann. Méd Psych , 6e série t. I, 1879, p. 226.)

des paralytiques généraux, nous place en face de l’hérédité névropathique, produisant souvent chez d’autres membres de la même génération, des accidents nerveux des plus manifestes. Ce fait est impossible à nier; aussi les partisans de l’hérédité congestive ont-ils admis, que dans ces derniers cas. on aurait affaire à une forme particulière de paralysie générale, dite des héréditaires (1), ayant une marche spéciale, une durée plus longue, des rémissions fréquentes et des symptômes plus accentués, tels que l’intensité plus grande des phénomènes délirants, et la fréquence des accidents cérébraux.

Il est incontestable, que chez ces individus, désignés du nom d héréditaires, la paralysie générale présente quelques caractères particuliers ; mais je ferai remarquer, que cet état de dégénérescence sur lequel elle repose alors, n’est pas toujours le fait exclusif d’une tare héréditaire purement nerveuse, et qu’il peut être justiciable d’une autre forme d’hérédité morbide (arthristime, tuberculose...). Aussi me paraît-il certain, qu’à côté des faits d’hérédité congestive dans la paralysie générale, il y a des faits d’hérédité nerveuse sans modifications dans la forme de la maladie, et que d’un autre côté ces deux sortes d'hérédité peuvent créer un état de dégénérescence, dans lequel alors, on pourra voir se produire les modifications signalées dans l’allure de la

(1) D’après Mendel, l’hérédité serait la suivante :

Dans la paralysie progressive, 34, 8 0/0 ; dans les psychoses primitives, 56, 5 0/0. Jung donne 31,58 0/0 pour la mélancolie; 32, 18 0/0 pour la manie; 10, 7 0/0 pour la paralysie progressive. Ulrich, 36, 4 0/0 pour les psychoses; 27, 1 0/0 pour la paralysie générale. Eickholt trouve la proportion de 24, 8 0/0, et donne 24 : 30 comme rapports entre l’hérédité de la paralysie générale et celle des psychoses. D’après Eickholdt, Ilagen e Jung, l’influence du père est à celle de la mère comme 22 : 13. Ils trouvent l’explication de ce lait dans la fréquence de l’alcoolisme chez le père. Pour Eickholt, l’hérédité ne jouerait, dans la paralysie qu’un rôle auxiliaire (Eickholt, Zur Kenntniss de?' Dcmentia paralytica. (Allg. Zeitsch. fur Psych. XI, 1885, p. 33.)

paralysie générale. D’un autre côté, l’opinion de M. Régis, qui pense que cette affection et la folie ne peuvent s’engendrer réciproquement, me paraît pour le moins téméraire : Dire que la périeneéphalite diffuse ne prédispose en rien à la folie, me semble une affirmation très exagérée, et il me semble difficile de discuter, chez les descendants comme chez les ascendants, l’existence de l’hérédité nerveuse.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur le tableau suivant, pour voir alterner dans une même famille, la manie, la folie suicide, l’épilepsie, la paralysie générale, la manie circulaire ; s’accompagnant de la dégénérescence physique et de la stérilité. Tout ce que l’on peut dire, c’est que l' hérédité directe et similaire dans la paralysie générale est rare, elle est le plus souvent dissemblable, et quelquefois collatérale. Dans le tableau ci-dessous, que je dois àl’affectueuse obligeance d’un de mes anciens maîtres, professeur dans une Faculté voisine, on voit une fille épileptique, engendrer une fille maniaque et unfilsparalytique général.

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