HÉRÉDITÉ PSYCHOLOGIQUE MORBIDE
Dans le chapitre précédent, j’ai rappelé brièvement combien il était fréquent, de voir se transmettre des parents aux enfants, à travers les générations, certaines dispositions particulières de l’intelligence, certaines aptitudes spéciales, et indiqué en même temps quelles étaient les
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conditions de milieu, favorables au développement de ces dernières.
Entre l’hérédité psychologique normale et l’hérédité psychologique morbide, il est difficile d’établir nettement une ligne de démarcation. Combien d’individus en apparence bien équilibrés, paraissant jouir de toutes leurs facultés intellectuelles, possèdent, lorsqu’on les examine deplusprès, quelques irrégularités psychiques, qui échappent de prime abord à un observateur non prévenu.
L’état psychologique morbide commence, peut-on dire, lorsque le moi tombant au-dessous d’une certaine moyenne, l’individu ne réagit plus suivant la normale, contre les diverses causes d'incitation qui viennent l’assaillir. «Le conllit de l’impulsion et du moi, qui a lieu dans l’homme à l’état normal, dit Griesinger, se juge, en dernière analyse par le moi, et constitue ainsi la liberté de l’homme. Originairement, l’homme n’est pas libre, il ne l’est qu’autant qu’il lui vient une masse d’idées bien coordonnées, qui constituent un noyau solide, le moi. L’enfant n’est pas libre, parce que son moi n’est pas encore assez énergique, pour mettre en lutte dcscomplexus d’idées fortement enchaînées (1). »
Le seul but de l’éducation, consiste donc à donner à l’homme un moi fort et énergique, basé sur les idées que l’on s’efforce de lui inculquer, idées qui seront le point de départ de son développement intellectuel et moral, et la base de conduite do sa vie ultérieure. Le fait principal en même temps qu’initial des maladies mentales, est un affaiblissement plus ou moins marqué du moi. Les associations d’idées et de sentiments qui le constituent, 11e réagissent plus que faiblement contre les incitations nou-
(1) GuiësInger. Traité des Maladies mentales , p. 48.
velles. Comme l’a si bien dit Esquirol : « L’homme le plus raisonnable, s’il veut s’observer soigneusement, aperçoit quelquefois dans son esprit, les images, les idées les plus extravagantes, ou associées de la manière la plus bizarre. Les occupations ordinaires de la vie, les travaux de l’esprit, la raison, distraient de ces idées, de ces images, do ces fantômes. » En d’autres termes, ces idées ne font que passer à travers l’esprit sans y rester, sans se manifester par des actes, lorsque le moi de l’individu est suffisamment armé pour la lutte. Dans le cas contraire, la maladie mentale s’établit peu à peu, l’intellect est comme paralysé, la première idée venue peut s’imposer impérieusement, et se traduire par des actes de nature diverse, puisque le moi, c’est-à-dire la totalité des complexus d’idées que l’homme doit à son éducation, et que le milieu dans lequel il vit, lui a imposés à dos degrés divers, a plus ou moins changé complètement de nature.
« Les psychopathies, » dit Jacoby, « affaiblissent et finissent par anéantir le moi des malades. Une grande prédisposition héréditaire, et le trouble psychique que l’on trouve généralement à l'état latent, chez les membres des familles entachées du vice phrénopathique, trouble qui se traduit par des singularités d’esprit et de caractère, empêchent la formation d’un moi solide et énergique, constitué par des complexus d’idées fortement enchaînées. Ainsi, la faiblesse et l’inconsistance de la personnalité morale, et par conséquent une sorte de faiblesse irritable et le peu de résistance que le moi oppose à toute suggestion, à toute idée, à tout désir, à toute impulsion, constituent le fait primordial, essentiel, le phénomène psychologique fondamental dans les psychopathies, etaussileur résultat immédiat, inévitable, fatal » (1).
(1) Loc. cit. Le Pouvoir, p. 2a.
L’HEREDITE DANS LES MALADIES
L’hérédité des passions de divers ordres est suffisamment connue, pour qu’il ne soit pas nécessaire d’y insister. On sait que quelques-unes d’entre elles, arrivées à un certain degré de développement, le jeu (1), l’appétit sexuel, l’avarice, peuvent se transmettre intégralement des parents aux enfants. Maudsley dit avoir observé fréquemment, que les descendants d’hommes ayant acquis de grandes fortunes après beaucoup de peines et de privations, présentent les signes de la dégénérescence physique et mentale, amenant quelquefois l’extinction de la famille à la troisième ou quatrième génération. « Quand cela n’a pas lieu, dit-il, il reste toujours une fourberie et une duplicité instinctives, un extrême égoïsme, une absence de vraies idées morales. Quelque opinion que puissent avoir d’autres observateurs expérimentés, je n’en soutiens pas moins que l’extrême passion pour la richesse, absorbant toutes les forces de la vie, prédispose à une décadence morale, ou intellectuelle et morale tout à la fois » (2).