CHAPITRE XX
Sommaire. — Difficultés inhérentes au cas de l'espèce humaine. — Couleur et forme des cheveux, couleur de l'iris, albinisme. — Maladies et malformations dominantes. — Maladies ct malformations récessives: la consanguinité. — Maladies suivant l’hérédité liée au sexe. — Hérédité de tendance. — Hérédité du cancer.
Les lois mendéliennes de l’hérédilé ont une valeur si universelle, {ant dans le règne végétal que dans le règne animal, qu'il ne peut subsister de doute sur la possibilité de les appliquer au cas de l'espèce humaine. Un grand nombre de faits montrent qu'il y a, chez l’homme, des caractères normaux ou pathologiques qui sont transmis suivant les lois de l'hérédité alternative. Il est cependant nécessaire de préciser qu'aucune observation faite sur l'homme ne présente les garanties d'une expérience de Génétique. Jamais les lois de l'hérédité mendélienne n’auraient pu êlre déduites des observations faites sur l'humanité ; ce n’est que parce que nous avons appris, par ailleurs, à les connaître, que nous pouvons çà et là en retrouver, dans les familles humaines, l’expression plus ou moins nette.
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Une première difficulté vient de ce qu'i n'y à presque aucune race humaine pure, au point de vue de ces particularités (couleur des poils, couleur de l'iris, etc.), sur lesquelles porte le plus habituellement l'analyse génétique. L'immense majorité des individus sont des hétérozygotes complexes, grâce aux innombrables croisements en tous sens qui représentent leur ascendance.
Les unions humaines, étant d'autre part conditionnées par d’autres considérations que celles qui intéressent les généticiens, aucune série de générations n'a la valeur d’une expérience systématique. La méthode si fructueuse des croisements entre frères et sœurs étant hors de question, seules les unions consanguines peuvent, dans quelques cas particuliers, apporter des documents précieux.
Une troisième difficulté vient de la faible fécondité moyenne de l'espèce humaine. Ce défaut est particulièrement grave dans une étude où la loi des grands nombres est à la base de toutes les interprétations. Cette difficulté s'accroît du fait que nombre de caractères héréditaires humains paraissent relever de l’action de facteurs multiples : ce sont précisément les cas où l’étendue de la descendance est particulièrement nécessaire.
Il ne peut donc être question actuellement de faire une étude mendélienne des caractères héréditaires normaux ou pathologiques dans l'espèce humaine. Tenter une semblable entreprise, avec les quelques documents épars que nous possédons, ce serait vouloir forcer les faits el risquer de jeter le discrédit sur une méthode qui ne tient sa force que de
l’expérience. 11 est cependant possible de relever un certain nombre de faits, qui sont en parfait accord avec les résultats de la Génétique, sans oublier qu’en l'absence de tout contrôle expérimental, les conclusions que l’on en peut tirer n'ont qu'un caractère provisoire. Le moment n’est pas encore venu où les généticiens, en dehors de cas exceptionnels, pourraient assumer le rôle d'experts, par exemple dans une aetion en désaveu de paternité (1). Le laisser croire serait faire preuve d’un esprit peu scientifique et assumer une lourde responsabilité.
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Ceci dit, voici ce que l’on croit savoir, touchant, par exemple, la couleur des cheveux. Celle-ci paraît liée à deux facteurs fondamentaux : l’un, dominant, détermine l'apparition d'un pigment noir ou brun, suivant les facteurs d'intensité présents ; l’autre, récessif, conditionne l’apparition d'un pigment jaune ou rouge. Deux individus à cheveux noirs peuvent être hétérozygotes, c'est-à-dire renfermer à l’état latent le facteur producteur du pigment rouge. Ils peuvent avoir alors quelques descendants à cheveux blonds ou rouges. Inversement, deux individus rouges purs ne doivent avoir que des enfants à cheveux rouges. Il peut cependant y avoir de faux rouges qui ont génotypiquement des facteurs producteurs de pig-
(1) Cependant Mour a été appelé à se prononcer comme expert en 1921; il s'agissait d’ailleurs d’un cas où l'enfant et le père supposé présentaient tous deux une anomalie héréditaire des extrémités, la brachydactylie, qui est assez rare pour que sa présence permette d’établir, avec une quasi-certitude, une relation de parenté (Hereditas, Il, 1921).
ment brun avec très peu de facteurs d'intensité et qui peuvent, par suite, avoir des descendants à cheveux bruns. Les observations semblent indiquer précisément l'existence d'un grand nombre de facteurs d'intensification.
En ce qui concerne la forme des cheveux, les cheveux bouclés se comportent comme dominants, les cheveux plats comme un caractère récessif ; les cheveux ondulés paraissent correspondre à des hétérozygotes intermédiaires. Le type des cheveux crépus des nègres est nettement dominant ; dans les croisements entre nègres et blanes, les mulâtres ont tous des cheveux crépus.
On connaît le mode d'hérédité d'une mèche blanche frontale qui est un caractère dominant D. Une femme présentant cette anomalie eut un fils normal et une fille ayant hérité de sa particularité. Cette fille Dr, mariée avec un homme normal rr, eut 12 enfants, dont 5 avec une mèche blanche. HARMAN (1909) a rapporté l'histoire de cette famille qui a pu être suivie pendant 6 générations. HOLMES et SCHOFIELD (1917) ont observé un autre cas de cette anomalie quivest transmise par les filles et les fils, mais ne devient apparente que chez les mâles (1).
La couleur de l'iris paraît présenter trois types fondamentaux : les yeux bleus par absence de pigment à la face antérieure de l'iris, qui seraient récessifs : les yeux gris ou verts possédant un pigment jaune ; les yeux bruns ou noirs dont l'iris contient un pigment noir. Les yeux bruns et noirs paraissent être
(x) J. of. Heredity, 8, p. 359-360, 1917.
dominants : ils currespondent, en tout cas, à des constitutions génotypiques très variées et, par suite, peuvent, suivant les cas, donner naissance à n'importe quels types de descendants. Les individus à yeux bleus, ayant un caractère récessif, ne doivent, entre eux, donner que des descendants à yeux bleus. Mais le caractère yeux bleus peut être trompeur : des individus apparemment à yeux bleus peuvent renfermer d'autres pigments non manifestés, par absence de facteurs d'intensité, ou pour des raisons purement somatiques (1).
L’albinisme, qui survient dans les races humaines les plus diverses, aussi bien chez les nègres que chez les blancs, est toujours un caractère récessif, lié, comme chez tous les Mammifères, à l'existence du facteur conditionnel c. Si on désigne par N l’ensemble des facteurs de la peau noire d’un nègre et par n l'ensemble des facteurs de la peau blanche d’un Européen, on voit qu'un albinos de nègre Ne, croisé avec un blanc normal Cn, aura cependant des descendants de couleur (mulâtres) Ce Nn.
Le type Habsbourg, caractérisé par son prognathisme, paraît être un caractère dominant. On possède aussi quelques indications sur l’hérédité mendélienne de la longévité et de la gémelliparité.
(1) La question de l’hérédité de Ja couleur des yeux est encore incomplètement élucidée. Consulter sur ce point DavenporT (GC. B.) Heredity of human eyecolor (Bibliogr. Genetica, II, p. 443-463, 1927).
L'HÉRÉDITÉ CHEZ L'HOMME 385 Le
Les phénomènes d'hérédité de caractères pathologiques sont généralement plus nets ; ce sont du moins ceux pour lesquels nous possédons le plus d'observations, en raison de leur intérêt médical. Il est nécessaire de distinguer les caractères dominants, récessifs ou à hérédité liée au sexe.
D'une façon générale, l'hérédité d'une malformation ou maladie dominante se présentera de la façon suivante. Désignons par M le caractère pathologique dominant et par s l’état sain récessif. Si un malade pur M M épouse un conjoint sain ss, ses enfants seront tous malades, hétérozygotes, Ms. Si Fun de cës enfants malades Ms épouse un conjoint ss, il aura des descendants Ms, malades et ss, sains. Les deux catégories apparaîtront et seront numériquement égales pour un grand nombre de descendants.
n MM X ss | F;, Ms + Ms X s5s | « Load satl F, 4/2 Ms + 1/25ss
Il est important de remarquer que, dans ce Cas, les enfants sains ss le sont définitivement et ne doivent conserver aucune trace de la maladie de lun de leurs parents et de l’un de leurs grands-parents. Le facteur pathologique est, en fait, éliminé.
Si, par une union consanguine, Où par hasard, deux individus Ms sont en présence, ils auront théoriquement dans leur descendance 1/4 de M M, malades
purs, 1/2 Ms, malades hétérozygotes, 1/4 ss, sains purs. Ici encore, les individus sains sont définitivement indemnes de toute tare pathologique :
P Ms X Ms
| Ke 41/4 MM 1/2 Ms 1/4ss
Par contre, un mariage entre deux individus malades purs, M M X M M, ne peut donner naissance qu’à des individus malades.
Parmi les anomalies dominantes, on peut citer, semble-t-il, la brachydactylie, la polydactylie, l’état fourchu des mains et des pieds, l'hypotrichosis, le bec de lièvre, l’achondroplasie, l’hypospadias. Ainsi, en ce qui concerne la brachydactylie, FARABEE (1905) a rapporté l'histoire d’une famille de Pensylvanie, suivie pendant 5 générations. Les anormaux sont des Dr qui se croisent avec des normaux rr. Tout anormal transmet son anomalie à la moitié, en moyenne, de ses descendants. DRINKWATER (1908) a suivi de même cette anomalie, avec les mêmes résultats, dans une famille anglaise, pendant 7 générations.
La neurofibromatose, l'æœdème aigu circonserit, la porokeratosis, l'épidermolysis bulleux, certains cas de kératome plantaire et palmaire congénital, l'ichthyosis, certaines formes de psoriasis, le xanthome des paupières, la télangiectasie multiple, la calvitie précoce par monolithrix paraissent encore appartenir au groupe des maladies dominantes.
Rentrent aussi, sans doute, dans la même catégorie, la paralysie simple, certaines formes de mégalosplé-
nie, la diathèse cystinique, la cholémie familiale, le ptosis héréditaire, la myopathie, type facio-scapulohuméral, de LANDouZzY-DEJERINE, la chorée de HUN- TINGTON, la maladie de THOMSEN, certaines formes de dégénérescence nerveuse avec ataxie, l'æœdème chronique héréditaire des jambes et des grandes lèvres, certaines formes de diabète sucré (1). En ce qui concerne ce dernier cas, l'existence de diabètes héréditaires n'est pas exclusive de celle des diabètes acquis. Le même phénotype, en l'espèce la glycosurie, peut, suivant les cas, relever de facteurs héréditaires ou de facteurs actuels.
On peut ajouter à cette liste déjà longue toute une série de malformations ou maladies des yeux.
(1) On peut encore citer parmi les maladies et anomalies qui paraissent être dominantes: certains cas de. maladie de Basedow (Lenz, Arch. Rass. Gesell., 13, 1918), de tremblement héréditaire (BercMAN, Hereditas, 1, 1920), l’osteopsathyrosis ou fragilité congénitale des os (J. Heredity, 7: 1016). l’absence de clavicules avec anomalies du crâne ou cränio-cleido-dysostosis (KeLLey, J. Heredity, 20, 1929), Ja perforation des pariétaux par défaut d'ossification (GoLps- CHMIDT, J. Heredity, 13, 1922), l'existence d’une petite dépression du frontal (DavexrorT, J. Heredity, 6, 1915), des anomalies fluctuantes de la dentition (BEApte, J. of. Geneties, 17, 1927), l'absence d'’incisives (SerGi, J. Heredity, 5, 1914), l'hypotrichosis avec absence complète des cheveux (BERGLUND, Hereditas, 5, 1924), le blanchiment prématuré des cheveux (HARE, J. Heredity, 20, 1929), la symphalangie ou soudure des phalanges 1 et 2 (HEFrNER, INMAN, J. Heredity, 15, 1924), l’orthodactylie par raideur articulaire des doigts (Duncan, J. Heredity, 8, 1917), la brièveté du pouce par ossification précoce et raccourcissement de la
C'est le cas de la cataracte congénitale, de certaines formes de cataracte de l'adulte et de glaucome, de la rétinite pigmentaire, de l’aniridie, du colobome, de l'ectopie du cristallin, de la distichiasis.
Certains auteurs, tels JONES et Mason (1), considèrent la cataracte comme récessive. Il est probable que les deux types existent, des anomalies de même apparence phénotypique pouvant être produites par la mutation de plusieurs facteurs différents. C’est là d'ailleurs une remarque d'une portée générale et dont il faut tenir compte chaque fois qu'on se trouve en présence de résultats génétiques paraissant contradie- (oires. L'héméralopie ou cécité nocturne, suivie pendant 10 générations sur la famille Nougaret de Montpellier, est aussi une maladie dominante. Tous les enfants sains le sont définitivement ; tous les malades transmettent leur particularité à un certain nombre
phalange distale (BRetTENBECHER, J. Heredity, 14, 1923; Herner, ibid., 15, 1924; TnomsEN, Hereditas, 10,1928), la streblomicrodactylie ou état crochu du petit doigt (HEFNER, J. Heredity, 20, 1929), la brièveté du 4° métacarpien (Kzre- PEL €t RaBauD, Gaz. hebd. Méd. Chir., 1900), la dislocation du carpe (EzLswortu, J. Heredity, 18, 1927)..les ongles épaissis en forme de griffes (CLEMENTE, ibid., 19, 1928), la rétraction congénitale des fléchisseurs de la main (Mori, Arch. ital. Anat. Embryol., 23, 1926), l'existence de deux lobes au pavillon de l'oreille (Scnorrezn, J. Heredity, 8, 1927), etc... Notons qu’un certain nombre d'anomalies dominantes, mais à hérédité irrégulière, seront probablement à classer parmi les aberrations chromosomiques telles que la déficience (voir la Variation, p. 34).
(1) Amer. nat., 50, 1916,
de leurs descendants. Dans ce groupe rentre aussi le nystagmus accompagné d'oscillations de la tête.
Les caractéristiques de toutes ces maladies dominantes sont, en définitive, que les descendants sains le sont d'une façon absolue, tandis que les malades transmettent, suivant les cas, leur état pathologique à la totalité ou à une partie de leurs descendants.
Le deuxième cas concerne les malformations ou maladies récessives. Les règles de l'hérédité sont alors les suivantes. Appelons $S l'état sain dominant, m l'état pathologique récessif. Les malades sont toujours homozygotes purs, mm. Les individus sains sont, soit de la formule SS, c'est-à-dire purs, soit de la formule Sm, c'est-à-dire hétérozygotes, impurs. Ces derniers individus sont particulièrement intéressants parce que, bien que sains d'apparence grâce à la dominance de S sur m, ils sont cependant génolypiquement porteurs du facteur pathologique. Envisageons les divers croisements possibles.
j° Si un malade.mm se marie avec un individu sain SS, tous ses enfants auront la formule Sim, c'est-à-dire seront sains en apparence, phénotypiquement, mais seront porteurs du facteur m.
2° Gi l'un de ces individus Sm épouse un conjoint sain SS, ses enfants seront, les uns SS, les autres SM, mais tous d'apparence saine.
P DS PROCETTITIL | Fe DITS | | | F; AIS &S; 1288 mn ENS | | | IE S 9 SR RS DS | | | FA SS Sm
Les individus Sm, épousant des conjoints sains SS, auront encore des descendants sains, les uns génotypiquement (SS), les autres seulement phénotypiquement (Sm). Il arrivera donc que le facteur de la maladie, en apparence disparue, pourra être transmis, pendant un nombre considérable de générations, tant que les conjoints étrangers à la lignée seront SS, sans que jamais la maladie soit phénotypiquement réalisée. Celle-ci peut donc rester latente, masquée, pendant très longtemps. Dans quelles conditions peut-elle réapparaître ?
3° La réapparition de la maladie pourra se produire dès que les deux conjoints auront tous deux la formule Sm. C'est ici qu'apparaît l'importance des unions consanguines. Supposons qu'un homme malade mm, ayant épousé une femme saine, ait eu des enfants sains en apparence, Sm. Chacun de ces enfants, épousant un conjoint sain SS, aura une moitié de ses descendants saine SS et l’autre moitié saine
en apparence Sm. Que donnera l'union entre descendants de ces deux familles, entre cousins germains ? Trois cas peuvent se produire (fig. 46).
a) Si un enfant S$S épouse une cousine SS, tous leurs enfants seront sains et la maladie sera définitivement éliminée de la constitution génotypique.
b) Si un enfant SS épouse une cousine Sm ou réciproquement, les enfants seront tous sains en ap-
y) mm X ? SS PL SS X Sm Sm X SS ss S m SES 5 m Ÿ e E Ve De Fe ‘ \ \ = nue ri DE DS x Port Va / \ DR PS re L È ENS #4 , \ Pa AN PRES / \ ec \ / = / \ DRE \ / TS / \ 271 \ / FT / OO NA ia 9 SAS 2 RSR / S'5 SS+Sm SS +2Smt+ un (a) (b) (c) Er A0— Schéma des résultats possibles d’une union con-
sanguine, suivant la formule génotypique des parents.
parence ; mais les uns Île seront réellement, ayant la formule SS, les autres seulement en apparence, ayant la formule Sm.
c)) Si, enfin, le hasard veut qu'un enfant Sm épouse une cousine Sm, leurs enfants seront répartis suivant les proportions mendéliennes habituelles : 1SS : 2 Sm : {mm. Ils auront donc des enfants sains purs, des enfants sains en apparence et un quart, en moyenne, de leurs descendants, ayant la formule mm, manifestera à nouveau la maladie du orand-parent,
C'est cette résurgence possible des maladies récessives héréditaires, dans certaines unions consanguines, qui est l'origine de la croyance séculaire en l'action néfaste de la consanguinité. En réalité, la consanguinité, ou, comme disent les généticiens américains, l'inbrecding, n'est pas, par elle-même, une source d’affaiblissement ou de tares pathologiques. La pratique de la Génétique, où des accouplements entre frères et sœurs sont maintenus parfois pendant des centaines de générations, a montré. que la parenté des producteurs est une excellente condition pour le maintien de la pureté de la race et n’a pas, par elle-même, d'effets fâcheux. Il n’en demeure pas moins que, dans le cas de maladie héréditaire récessive, l'union consanguine reste dangereuse, d’autant plus que nous n'avons aucun moyen de savoir si des cousins ont la formule SS ou Sm.
Il convient d’ailleurs de remarquer que si les maladies récessives ont plus de chances de réapparaitre dans les unions consanguines, cela ne veut pas dire qu’elles ne puissent ressortir d’unions entre individus n'ayant aucun degré de parenté. Si deux familles, aussi éloignées que l’on voudra l’une de l'autre, ont eu chacune un ancêtre affecté d'une certaine maladie récessive, certains de leurs descendants pourront, pendant de très nombreuses générations, avoir la formule Sm, c'est-à-dire porter le facteur pathologique à l’état latent. Que, par hasard, deux de ces individus Sm, d'origines si différentes, viennent à s'unir, ils auront 1/4 de leurs descendants mm, c'est-à-dire affectés de la maladie.
Le grand danger des maladies récessives résulte
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donc de leur latence dans les hétérozygotes, le facteur pathologique pouvant être conservé pendant des dizaines de générations, sans que rien vienne trahir son existence dans la constitution génotypique. Souvent, elles peuvent réapparaître, alors que l’on à perdu tout souvenir de l'ancêtre commun ou des ancètres différents qui ont introduit l'étai pathologique dans les lignées.
Parmi ces maladies récessives on peut citer, semble-t-il, la luxation congénitale de la hanche, le nanisme vrai ou ateleiosis, certaines formes d'hypotrichosis ou de rétinite pigmentaire (il y à aussi des formes dominantes), l'alcaptonurie, Île xeroderma pigmentosum, certaines formes d'épilepsie, de surdimutité, d'imbécillité, Le cas de Ia surdi-mutité paraît complexe, car des sourds-muets, croisés entre eux, ne donnent pas toujours des sourds-muets. Cependant LUNDBORG (1920), qui à revisé les faits connus pense que la surdi-mutité est bien liée à un seul gène récessif ; les résultats contradictoires tiendraient à ce que l'on na pas suffisamment distingué dans les statistiques les sourds-muets congénitaux, par hérédité, de ceux qui le sont d'une façon acquise. La surdi-mutité acquise (surtout à la suite de méningites, de la scarlatine, etc), est beaucoup plus fréquente que l'anomalie héréditaire. D'autre part, la statistique n2 tient compte que des familles où des sourds-muets ont effectivement apparu et non de celles où l'anomalie aurait pu apparaître d'après la constitution génétique des parents. Si l'on fait subir aux chiffres une correction rendue nécessaire par cette pratique défectueuse, on obtient des résultats
en parfait accord avec l'hypothèse d'un seul facteur récessif.
On connait enfin, chez l’homme, un troisième type de maladies héréditaires. Celles-ci suivent le mode d'hérédité sex-linked, tel qu'il se présente chez la drosophile. On peut alors supposer que le facteur pathologique se trouve localisé dans l’hétérochromosome X, celui-ci étant double chez la femme, simple chez l’homme. Ces déductions sont en harmonie avec les résultats des études cytologiques de von WINiI- WARTER et de PAINTER, qui ont trouvé 2 chromosomes X chez la femrae et 1 seul chez l'homme. Parmi les maladies suivant ce mode d’hérédité, on peut citer l’hémophilie, le daltonisme, l’atrophie du nerf optique, certains cas de nystagmus (1).
Etudions le cas bien connu de l’hémophilie, maladie consistant dans le fait que le sang ne se coagule pas ou seulement avec une extrême difficulté. Les faits sont les suivants
(1) En ce qui concerne l'hémophilie, outre le cas célèbre d’une famille princière, la maladie a été suivie depuis 1798 dans la famille Mampel (Lossen, Deutsch. Zeit. f. Chir., 66, 1905). Parmi les observations récentes sur l’atrophie du nerf optique voir Kawaxamr (Graefes Arch. f. Ophthal., 116, 1926); pour la cécité au rouge et au vert, voir Boopwircn (J. Heredity, 13, 1922). Il semble que l’on puisse rattacher à l’hérédité liée au sexe la transmission d’une anomalie, la présence de deux phalanges seulement à tous les doigts et orteils, décrite par Mercier ( Bull. Soc. Anthrop., 1838).
1° La maladie se rencontre surtout chez les hommes ; elle est récessive. Si un homme hémophile épouse une femme saine, tous ses enfants seront sains, au moins en apparence. Tous les fils sont sains d’une façon définitive. Les filles saines, en apparence, mariées à des hommes sains purs, auront leurs filles saines, mais une partie de leurs fils malades. Il semble donc, d'après ces premiers résultats, que la maladie ne se rencontre que dans le sexe mâle et soit transmise exclusivement par les filles. C'est ce que l'on appelait autrefois l'hérédité gynéphore. |
Appliquons à ce cas l'explication basée sur ce qui se passe chez la drosophile. Le père, malade, possède un seul chromosome X, renfermant le facteur pathologique m. Il aura la formule X(mn) — O. La mère saine a deux chromosomes X renfermant chacun le facteur normal $. Elle aura la formule X(S)
PARIS AXES EL X (1m) == 0 (CS)
VEXESh = K (M). = ® saines, porteuses de m (1) ) SO Œ' sains définitivement
(1) Dans la règle, les filles hétérozygotes ne manifestent pas la maladie en raison de sa récessivité (voir, par exemple, Luxowsxt, J. Heredity, 18, 1927). Cependant dans deux familles hémophiles, l’une américaine, l’autre russe, étudiées par LLioyp (J. Heredily, 16, 1925), des femmes qui auraient dû être de simples porteuses montraient des symptômes atténués de la maladie. C’est là un cas de dominance incomplète de l’état normal. De telles particularités, plus fréquentes qu’on ne le pense généralement, compliquent singulièrement l'étude de lhérédité pathologique chez l’homme.
CUYÉNOT, L’'Hérédité, 2e édit. li
Si les filles X(S) — X(m), porteuses de la maladie, épousent un homme sain, X(S)—O, on aura les résultats suivants :
F: (D) X(S)— X{m) x X(S) — O (OS)
X(S) — X(S) ® saines pures
(as) X(S) X(S) — O Œ° sains purs