‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 115 sur 300 · CARACTÈRES TRANSMIS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES TRANSMIS

ï. CORRÉLATION ENTRE LES CARACTÈRES TRANSMIS.

Y a-t-il, entre les caractères transmis, quelque dépendance qui fasse que les uns entraînent les autres, ou n v a-t-il que hasard dans la manière dont ils se groupent?

Les faits sont ici contradictoires.

Da Gama Machado (31 à 58) croit avoir observé une certaine conformité entre les caractères psychologiques et la couleur du pigment1 ; il assure que si deux frères sont de même taille, de môme habitus général et surtout de même nuance de peau et de poil, leurs caractères et leurs goûts sont identiques jusque dans le détail. Les métis du canard sauvage et du canard domestique auraient toujours l’humeur sauvage ou docile du parent dont ils ont pris la robe. Les individus affectés d’une tare psychologique, que les médecins spécialistes appellent des dégénérés, ont un ensemble de stigmates physiques, et l’on ne trouve jamais les uns sans les autres. C’est une sorte de corrélation dans l’hérédité. Presque toujours les organes symétriques se ressemblent et sont le résultat d’une combinaison identique des divers caractères hérités. Non seulement les deux bras, les deux jambes, les deux moitiés de la tête et du tronc sont semblables, mais il y a ressemblance entre les proportions des parties non symétriques. On ne voit guère le fils d'un père gros et court et d’une mère grande et mince avoir le cou svelte de celle-ci et les membres trapus de celui-là. De même toutes les parties du tégument, du poil, sont en général uniformes et représentent un même compromis entre les caractères de ces organes chez les parents.

Mais il y a des exceptions formelles. On sait combien sont fréquentes les mèches blanches héréditaires, et souvent dans une chevelure ou une

Bizarria. C’est, un oranger qui produit à la fois des oranges amères, Citrus «urantium , des citrons de Florence, C. Medica, et des fruits mixtes où les particularités des précédents sont diversement mélangées. Les formes parentes étant fécondes entre elles, on pourrait croire qu'il s’agit ici d’un hybride sexuel, mais, .sans parler de son mode spécial de variabilité (pii le rapproche du Cytisus Adami,

on sait que son origine est tout autre. C’est un jardinier de Florence qui l’obtint en 1644 en greffant l’un sur l’autre deux individus nés de graine. La greffe périt, mais le porte-greffe se trouva modifié et produisit des rejetons qui furent la Bizarria (*).

] Cela explique la singularité de la fondation qui porte son nom parmi les prix de l’Académie des sciences.

(*) Baltet (00 : V, 200) a obtenu un hybride de greffe entre un prunier et un amandier.

barbe qui ne rappelle en rien, pour le reste, les parties similaires du parent qui a légué la mèche. Sanson (93) a remarqué que, parmi les bœufs du Nivernais, métis de Charolais et de Durham, on rencontre souvent d’un coté la corne du Durham et de l’autre celle du Charolais. La différence s’étend aux frontaux et le crâne se montre très asymétrique. Ainsi l’un des frontaux peut venir du père et l’autre de la mère b

Bien connu est le cas de Lislet-Geotîroy, fils d’un blanc et d’une négresse très bornée. Par le physique il était entièrement nègre, mais son cerveau était celui d’un blanc : il devint ingénieur et, seul de sa couleur, membre correspondant de l’Académie des sciences.

Certaius auteurs croient que les caractères hérités se juxtaposent dans le produit plus ou moins intimement sans se fusionner. Galton (75) va jusqu’à dire que la peau du mulâtre doit être considérée comme une mosaïque à éléments microscopiques de peau noire et de peau blanche. C’est évidemment forcer les choses. Cela parait dépendre des caractères.

Tous les caractères peuvent se fusionner. Tantôt ils se fusionnent, tantôt ils restent indépendants, non selon leur nature, mais selon les rapports de leurs parents. La fusion est la règle chez les hybrides, la séparation chez les métis; chez les produits de race pure le résultat est variable.

Ces exemples appartiennent à la génération croisée; mais il en existe d’aussi frappants dans les races pures. On a souvent signalé des enfants qui avaient un œil bleu comme l’un de leurs parents, et l’autre noir ou gris comme leur second parent, et tout le monde a pu observer chez des enfants que le front, le nez, la bouche ou tel autre trait venait du père, par exemple, quand tous les autres rappelaient la mère. En somme : il y a à la fois indépendance et corrélation , ni Tune ni l'autre ne sont absolues et aucune règle ne nous permet, pour le moment , de dire quand et comment l'une ou Vautre se manifeste . Tous les caractères peuvent se fondre ou rester distincts en se juxtaposant et cela dépend de conditions étrangères à leur nature.

1 Sanson (93) cite deux autres exemples semblables. Un étalon anglo-normand nommé Gouverneur avait l’un des frontaux de sa race maternelle, l'autre de sa race paternelle, ce qui rendait sa tête fortement asymétrique. Une pouliche

anglo-percheronne d’une ferme de la famille de Gontaut-Biron avait d'un côté le lacrymal paternel fortement déprimé, de l’autre le lacrymal bombé de sa mère.

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