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INFLUENCE DE LA GÉNÉRATION SUR LA VARIATION

La variation par bourgeons, dont nous avons déjà cité de nombreux cas, semble bien le démontrer. Deux bourgeons d’une même plante sont, au point de vue du milieu, daus des conditions si semblables que l’on ne saurait attribuer aux minimes différences éventuelles de celles-ci les variatious considérables qu’ils montrent quelquefois. La variation est là certainement de cause interne. En se demandant d’où elle peut provenir, on ne trouve qu’une explication plausible. Considérons le cas, plus simple, où la cellule terminale du bourgeon est unique : on peut ramener à lui les cas où elle est multiple, en considérant comme un tout le groupe de cellules qui la représente. Chaque cellule terminale provient de la division d’une cellule terminale antérieure. Celles des bourgeons latéraux de la tige naissent aussi de la division de la cellule terminale apicale. Il n’y a d’autre hypothèse que d’admettre que cette division n’est pas homogène, qu’elle ne donne pas naissance à deux cellules-filles identiques, comme cela a lieu d’ordinaire, mais que, au moins accidentellement, Lune des cellules-filles peut se trouver constituée un peu différente de l’autre et par suite douée de tendances évolutives différentes. Évidemment les spores et les œufs parthénogénétiques sont dans le même cas ; aussi, bien que l’on n’ait pas trouvé dans la parthénogénèse et la reproduction par spores des faits de variation aussi nombreux et caractérisés que dans la multiplication par bourgeons, il ne faut pas nier a priori toute possibilité de variation dans ces modes de génération1.

Vamphimixie, au contraire, est considérée comme une cause, d’aucuns même ont dit, comme la seule cause de variation. Cela est doublement faux, car d’abord nous avons vu que la variation a d’autres causes, et de plus, dans la variation consécutive à l’amphimixie, il n’y a de nouveau que la combinaison des caractères dont les éléments sont transmis par l’hérédité. A ces réserves près, il est positif que la reproduction à deux est une cause très puissante de variation. Il n’est pas douteux, par exemple, que la variété infinie des traits du visage dans

1 Weismann (92i), dans ses premiers travaux, voyait dans la fécondation la cause unique de toute variation et, logiquement, niait la possibilité de toute variation dans la parthénogénèse. Mais, pressé par les faits, il a fini par reconnaître, dans les derniers mémoires de ses

Essais, que cette assertion était trop absolue.

Aussi, dans ces derniers mémoires, il a cherché à concilier cette concession avec les exigences de sa théorie. Pour cela, il admet un mode spécial de réduction chromatique que nous avons décrit (p. 150) (*).

O Bailey (95 : I, 518) a montré de nouveau que la variation par bourgeons est réelle el peut même revêtir un caractère adaptatif (96 : 11, -178).

LES FAITS

l’espèce humaine ne soit due presque exclusivement à la combinaison des traits héréditaires. On sait que les animaux qui, à une observation superficielle, semblent beaucoup moins variés entre eux que Jes humains, le sont en réalité presque autant, et qu’un pâtre peut reconnaître individuellement tous ses moutons. La variation ayant ici pour origine les différences individuelles des deux parents, il est évident, et on l’a constaté, qu’elle est plus ou moins proportionnelle à ces différences. Aussi est-elle moindre dans la consanguinité et maxima dans le croisement h Mais il y a là un fait inexplicable, c’est qu’elle soit moindre dans le métissage que dans l’hybridation. Nous avons vu, en effet, que les métis issus d’un même croisement sont beaucoup plus différents entre eux que les hybrides.

Il n’est pas jusqu’à cette sorte atténuée de croisement que constitue la greffe qui ne favorise la variation. C’est ainsi que, d’après Darwin (80) \ Cabanis aurait constaté une plus grande variabilité dans les produits de graines de poiriers greffés sur cognassier que dans ceux des poiriers greffés sur poirier sauvage.

D’autre part, si l’amphimixie favorise une sorte de variation secondaire, elle limite et réduit les effets de la variation primaire ou originale. Car, lorsqu’un individu a subi une variation, s’il se reproduisait asexuellement, il la transmettrait tout entière, tandis que l’intervention d’un second parent rend cette hérédité moins complète ou moins fréquente. Strasburger (84) et Nàgeli (84), se plaçant à ce point de vue, considèrent la reproduction sexuelle comme limitant la variation et maintenant la fixité de l’espèce en dépit des errements de celle-ci (*).

En somme : la variation emprunte ses éléments à des causes internes encore indéterminées et aux conditions de vie et de milieu sous toutes leurs formes. La reproduction amphimixique associe ces éléments en combinaisons multiples et multipüie les effets delà variation primitive .

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