REGLES DE LA VARIATION
tant s’en faut, se vérifient assez souvent pour qu’il y ait intérêt aies énumérer. Elles n’expliquent rien d’ailleurs et demandent à être ellesmêmes expliquées par les théories de la variation.
1. Geoffroy Saint -Hilaire (36) a remarqué que les organes nombreux sont plus variables par le nombre et la forme que ceux qui sont uniques ou peu nombreux. Ilsuffit de parcourir l’importantrecueil deBATESON (94) pour trouver une confirmation de cette règle dans le fait que les variations méristiques sont beaucoup plus nombreuses que les autres. Darwin (80) croit que cela peut tenir à la moindre importance physiologique de ces organes. Avant de chercher une explication de ce genre, il serait peut-être utile de chercher si cela ne tiendrait pas simplement à ce qu’étant plus nombreux ils ont plus de chances d’être atteints par la variation. A-t-on bien compté si les dents dont nous avons 3*2 et les doigts dont nous avons 10 sont plus de 16 fois ou de 5 fois plus atteints par la variation que les yeux dont il n’y a que deux? Gela est possible, mais il serait prudent de les vérifier.
Darwin (80) cite la loi suivante qu’il rapporte à Walsli : si un caractère est très variable ou très constant dans une espèce , il l’est aussi chez les espèces voisines. Darwin (80) lui-même a exprimé presque la même idée lorsqu’il a dit : les organes qui , chez nos races domestiques, varient le plus sous l'action de la domestication sont ceux qui diffèrent le plus dans les espèces naturelles du genre. La variation parallèle nous a montré divers exemples de ces règles.
D’autre part, Sageret a reconnu que plus un organe a déjà varié , plus il tend à varier encore, et les éleveurs et horticulteurs sont tous d’avis que, pour obtenir une variation déterminée d’un organe, il faut chercher à produire des variations quelconques de cet organe, il faut X affoler ; c’est là le plus difficile ; mais quand on y est arrivé, rien n’est plus facile ([lie de diriger ces variations désordonnées et de leur faire produire ce qu’on veut.
Fort importante, mais non admise sans conteste, est la règle suivante de Darwin (80) : les plantes soumises à la culture, on peut même dire, les êtres soumis à des changements quelconques dans leurs conditions de vie ne commencent à varier qu'au bout de quelques générations. Ainsi le dahlia , transporté du Mexique en Europe, est demeuré plusieurs années sans varier; puis, tout à coup, des graines recueillies sur des plants de couleur uniforme, sont nées des variétés multiples, qui présentent toutes les nuances possibles à l’exception du vert et du bleu. Les faits de ce genre
LES FAITS
sont très nombreux, mais on en cite aussi de signification exactement inverse. On se rappelle (Voir p. 237) les Hieracium de Nàgeli(84). Cet auteur affirme que toute variation due aux conditions de vie se produit totale dès la première génération et ne s’accroît plus ensuite ; Weismann (924)-, au contraire, est d’avis que les variations accumulées qui conduisent aux formes nouvelles ne se produisent jamais que lorsque plusieurs générations ont permis aux conditions ambiantes d’influencer le plasma germinatif ’ moins accessible que le soma. Darwin (80) paraît pencher vers une idée semblable, mais il semble que la chose dépend des circonstances, car il y a des faits indéniables en faveur des deux opinions.
Rappelons ici la règle citée (p. 261, note) d’après laquelle les variations qui se produisent de bonne heure tendent à passer aux deux sexes, tandis que celles qui apparaissent tard tendent à ne passer qu’au sexe de même nom.
Enfin, à ces règles il me semble que l’on peut en ajouter une, entrevue par Krause (86) et par Riley(88), savoir que : la différenciation organique favorise ht production des variations mais limite leur étendue. Plus un être est élevé en organisation, plus il est sensible aux modifications de vie, et apte à varier comme elles, mais plus aussi il est sensible aux conditions de destruction, en sorte que les modifications étendues le détruisent sans lui permettre de s’adapter.