‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 131 sur 300 · II. LA FIXATION DE LA VARIATION BRUSQUE · texte numérisé non relu

II. LA FIXATION DE LA VARIATION BRUSQUE

Nous avons vu que la variation brusque était souvent héréditaire. De nombreux exemples nous ont montré diverses malformations, la polvdactylie, la svndactylie, l’hypospadias, le bec-de-lièvre et bien d’autres hémitéries légères se transmettant, plus ou moins irrégulièrement, pendant quelques générations. Cela ne suffit pas pour donner naissance à des formes nouvelles. 11 faut, pour les engendrer, une constance parfaite dans la transmission, une longue persistance du caractère nouveau dans la famille où il a apparu.

Les exemples d’une semblable persistance ne sont pas très rares et on en trouve dans toutes les catégories de variation brusque, dans celles qui paraissent spontanées comme dans celles qui résultent des conditions biologiques ou du croisement \

1 Plusieurs auteurs ont fait remarquer que diverses races de chiens sont figurées sur des monuments remontant à l’origine des temps historiques. On a retrouvé le chien couchant, le levrier, le basset, aussi bien caractérisés qu’aujourd’hui, sur des bas-reliefs égyptiens remontant à 2000 ans avant notre ère, et le dogue sur les monuments assyriens

appartenant aux ruines de Babylone.

2 L’opinion que la variation brusque peut engendrer des espèces remonte à Maupertuis (1748). Cependant, par l’extension qu’il a donnée à cette théorie, E. Geoffroy St-Hilaire (18-22) se l'est,, en quelque sorte, appropriée et peut en être considéré comme le principal promoteur.

LES FAITS

a. Permanence de variations brusques spontanées.

D’après Nâgeli (84), un bon nombre des plantes utiles ou d’ornement ont pour origine des variations spontanées brusques que l’on a pu maintenir, et l’on sait que nombre de ces plantes peuvent se reproduire par graine. Revers et Sâgeret ont montré que plusieurs variétés de prunier (reine-Claude, mirabelle, Quetsche d’Allemagne), semées en grande quantité, ont reproduit fidèlement leurs caractères les plus délicats. Tous les marronniers d’Inde à fleurs doubles proviennent d’un de ces arbres qui, à Genève, produisit, sans cause apparente, des fleurs doubles sur un de ses rameaux, tandis que les autres portaient des fleurs simples. Ce rameau a été multiplié, il est vrai, par bouture, mais la réversion n’est pas venue entraver sa propagation.

Le fraisier à une feuille est apparu brusquement au siècle dernier dans un semis.

Darwin (70) déclare que, d’après des autorités faisant foi, le Thuja pendilla est distinct spécifiquement du T . orientales. Or, on a établi que tous les T. pendula proviennent de cinq individus qui ont surgi brusquement dans un semis. D’ailleurs la variation, bien que se continuant par les autres procédés de multiplication, ne se maintient pas dans la reproduction par graines.

Chez les animaux supérieurs, qui n’ont d’autre mode de reproduction que l’amphimixie, quand la variation se maintient, c’est forcément qu’elle est devenue héréditaire. Dans les troupeaux de paons ordinaires apparaissent parfois brusquement des individus à épaules noires différant des autres non seulement par une coloration très différente, mais par la taille,' la force moindre, la fécondité plus grande. Darwin (79) a compté sept observations authentiques d’apparition spontanée de cette variété, et la possibilité de sa fixation est démontrée par le fait que, dans le troupeau de M. Thornton, sans l’aide de l’homme, elle se substitua peu à peu entièrement à la forme ordinaire. Les objections ici ne peuvent porter que sur deux points : 1° est-ce bien une espèce? 2° n’est-ce pas une réversion ?

Pour ce second point, Darwin fait remarquer que, s’il avait existé une espèce naturelle de paons à ailes noires, elle n'aurait pas passé inaperçue. Or les auteurs n’en ont jamais fait mention. La chose est probable mais non certaine. En ce qui concerne la première objection, il est cer-

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