‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 132 sur 300 · FIXATION DE LA VARIATION BRUSQUE · texte numérisé non relu

FIXATION DE LA VARIATION BRUSQUE

tain que bien des espèces ne diffèrent pas plus que ces deux formes de paon ; mais il n’est pas dit que celles-ci soient stériles entre elles, et la permanence indéfinie de la forme nouvelle n’est pas démontrée.

La race d’axolotls albinos, si répandue aujourd’hui, a pour origine un individu unique qui, par variation spontanée, était entièrement blanc, sauf une tache noire grande comme une lentille. Or la race se maintient, à condition, bien entendu, d’éviter les croisements, et M. Vaillant m’assure (communication verbale) qu’elle ne montre aucune tendance à la réversion h Ici encore, la formation d’une race nouvelle capable d’être maintenue indéfiniment est certaine, mais il est non moins certain qu’elle n’aurait aucune durée si elle était abandonnée à elle-même, à moins qu’on ne la plaçât dans un pays où elle serait complètement séparée de la forme noire, avec laquelle elle se reproduit aisément. Dans la nature, la séparation des individus albinos n’aurait eu aucune raison de s’effectuer.

Chez les poules des races Padoue, Houdan, Crèvecœur, la huppe est portée par une protubérance céphalique, dans laquelle Dareste (64) areconnu une simple hémitérie, semblable à celle qui constitue la proencépfialie. Cette hémitérie, héréditaire et fixée, est devenue le caractère d’une race domestique 1 2. Rien n’indique qu’il doive jamais être effacé par une réversion inévitable; mais, dans la nature, cela ne manquerait pas d’arriver, grâce aux croisements.

Les chiens bassets, également, proviennent, d’après Darwin (79), d’une hémitérie fixée, et il en est de même sans doute des bouledogues et

1 Cet individu avait été envoyé par M. Mélédin à Duméril (pii l’accoupla avec des femelles ordinaires et en obtint des produits entièrement blancs. De temps en temps, on trouve parmi les descendants de ces albinos purs des individus plus ou moins tachés de noir, mais la majorité n’a pas de pigment et, en les prenant comme reproducteurs, on maintient la race sans difficulté.

2 Dans cette hémitérie, les hémisphères simplement recouverts par le crâne membraneux, semblent faire hernie à la partie supérieure de la tête, et, les frontaux, aussi complètement développés qu’à l’état normal, sont écartés l’un de l’autre et

réunis par une membrane. L'est uneexencephalie restreinte, presque entièrement comparable à la proencéphalie de certainsmonstreshumains. Plus tard, lapeau se constitue au-dessus de la tumeur par l’extension des lames cutanées au-dessous de l’épiderme, la large fontanelle s’ossifie peu à peu par un ilôt d’os wormiens qui se développent sous la peau et finissent par se souder. Les plumes prennent un plus grand développement à ce niveau et forment la huppe. Un ornithologiste allemand, Beciistein, assure que cette hémitérie aurait été d’abord spéciale aux femelles et se serait étendue secondairement aux mâles.

LES FAITS

des carlins. L’observation précédente s’applique également à ces animaux.

Mais l’exemple le plus souvent cité de formation d’une race par variation brusque est celui des bœufs natos et des moutons ancons.

Les premiers sont caractérisés par un raccourcissement des os nasaux et intermaxillaires, qui entraîne en arrière le nez et la lèvre supérieure et met à découvert les dents antérieures, d’où le nom de natos , c’est-à-dire camus ou de bœufs boule-dogues , qu’on leur a donné b

Les moutons ancons ou moutons loutres sont aux moutons ordinaires ce que les chiens bassets sont aux autres chiens. Leur échine est longue, leurs pattes sont courtes et tordues. Ce sont là des caractères tératologiques sûrement de valeur spécifique, mais on a beaucoup exagéré leur importance.

Après s’être montrée quelque temps héréditaire, cette forme a disparu, car on ne la rencontre plus que par hasard. Sans on (93) a vainement cherché les traces de ce bétail. Nulle part, en Amérique ni ailleurs, il n’existe en troupeaux de quelque importance et ne forme une race classée se reproduisant régulièrement, comme on l’affirme d’ordinaire.

Il en est de même des cochons solipèdes : cette variation se rencontre quelquefois sporadiquement, mais il n’est pas démontré qu’elle forme à Cuba une race fixée. D’ailleurs, cela n’a guère d’importance, car il est bien probable que, s’il y avait à cela quelque intérêt, on pourrait perpétuer cette variation; mais l’événement prouve qu’abandonnée à elle-même, elle a disparu.

Hackel assure que la race des bœufs sans cornes du Paraguay provient d’un taureau sans cornes né en 1770 de parents armés de cornes, qui, uni à des vaches ordinaires, légua son caractère à sa descendance. L’authenticité de cette race n’est pas démontrée 1 2.

1 Des bœufs natos naissent quelquefois dans les troupeaux en Europe. Sanson (43) en a recueilli quelques cas pour la France, mais il s'élève avec une grande énergie contre l’existence de ces animaux, ainsi que des moutons bassets, comme race ; et, comme il est mieux que personne en situation d’être exactement renseigné, il n’y a qu’à s’incliner devant ses conclu-

sions. Cette forme est sûrement héréditaire. Dareste (68) a disséqué un veau nato, né. de parents natos au Jardin

d’acclimatation. Il était caractérisé par un déplacement de l’os lacrymal qui se plaçait entre le nasal et l’intermaxillaire et venait faire partie du contour des fosses nasales. Il fait remarquer que les natos sont souvent viables mais, souvent aussi, affectés d’hémitéries graves, perforations de l’anus, ouverture du rectum dans la vessie urinaire, parfois membres raccourcis, péronés incomplets, queue nulle ou réduite, etc.

2 Les taureaux sans cornes existaient

Page 1