III. LES FORMES NOUVELLES EN PRÉSENCE DE LA RÉVERSION
Lorsqu’une forme nouvelle, quelle que soit son origine, s’estmaintenue pendant quelques générations, cela ne suffit pas pour qu’on la dise fixée et passée au rang d’espèce. Car elle peut, avec le temps, céder à la réversion et disparaitre peu à peu, et c’est, en effet, ce qui arrive souvent.
Que disent les faits? Montrent-ils des formes nouvelles ayant résisté à la réversion et se montrant aussi fixes que des espèces naturelles?
Nous n’avons trouvé qu’un exemple de forme nouvelle s’étant produite à l’état sauvage. Ce sont les lapins de Porto-Santo. Or, deux de ces animaux, rapportés au jardin zoologique de Londres, reprirent en quatre ans à peu près tous les caractères de coloration du lapin ordinaire, perdant ainsi la plus positive de leurs différences avec ceux-ci. Cette modification s’étant produite immédiatement, sans même nécessiter une génération, il est évident que la variation qui lui avait donné naissance n’avait aucune solidité. Ces lapins restèrent très sauvages et refusèrent de s’accoupler avec les femelles domestiques, mais il est à peine douteux que, s’ils avaient pu se multiplier, en peu de générations ils auraient repris leur familiarité et leur aptitude à se reproduire avec leur race parente. (Voir la note de la page 313.) En tout cas, la preuve du contraire n’a pas été fournie. On n’a observé aucun exemple de forme nouvelle s’étant fixée dans les conditions naturelles.
Nos races domestiques ne sont pas dans le même cas ; elles se maintiennent indéfiniment dans les conditions biologiques où elles sont
nées.
Mais ici il faut faire une distinction.
Pour nos diverses races de chiens, de chevaux, pour notre cochon domestique, pour le chat, qui diffèrent des formes sauvages par des caractères sûrement spécifiques, on a soutenu que c’étaient des formes naturelles, spontanément sociables, que l’homme avait trouvées dans la nature et non créées ou même modifiées par la domestication. Gela est extrêmement peu probable, mais il est à peu près impossible de démontrer que cela est faux. Nos archives paléontologiques relatives à l’époque quaternaire nesont pas assez complètes pour que I on puisse affirmer qu’une race