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LES FORMES NOUVELLES ET LA RÉVERSION

alliée à l’homme n’existait pas auparavant, à côté de lui, indépendamment de lui h

Pour ce que l'on pourrait appeler les 'petites races de bêtes de boucherie et de plantes cultivées, nous savons pertinemment que leur origine est due à l’homme, mais la valeur spécifique de leurs caractères peut être mise en doute.

Cependant ce n’est pas là la difficulté, car une variété fixe a la -même signification qu'une espèce dans le cas actuel. Divers auteurs, entre autres Nàgeli (84), considèrent les variétés comme de petites espèces, moins différentes que les grandes, mais non moins solides. La question est de savoir si ces races sont fixées et, pour ceux qui admettent que nos grandes races sont dues elles aussi à la domestication, la question de permanence définitive se pose aussi pour elles. Or il est reconnu que, rendus à

la vie sauvage, tous nos animaux domestiques reprennent les traits

des formes sauvages parentes. La chose a été constatée pour le chat, pour le cochon et pour le lapin 2. On ne peut donc pas affirmer que

1 Sanson (93) est d'une intransigeance absolue à cet égard. Il a démontré que le cochon n’était, pas le sanglier domestiqué et croit qu’aucune race fixe n'est, due à la domestication. Mais cela est insoutenable pour diverses racœs de pigeons, de bœufs, de moutons et pour un très grand nombre de plantes cultivées. On a des renseignements positifs sur l’origine artificielle d’une multitude d’entre elles. Ce naturaliste rappelle que les moutons Mauchamp, que des auteurs mal informés et qui se copient les uns les autres, continuent à citer comme une race nouvelle, n'existent plus depuis bien longtemps, leur élevage ayant été abandonné parce qu’il ne présentait pas d’avantages suffisants. Il assure que l'on avait beaucoup de peine à maintenir les caractères de la race contre une forte tendance àla réversion. Mais cela ne prouve pas qu’on ne l’aurait pas maintenue, et peut-être de plus en plus facilement, si on avait insisté. En tout cas les bœufs Durham, les moutons mérinos ne sont pas sans doute des espèces naturelles et cependant on les maintient sans peine et rien n'indique THÉORIES DE l’hérédité.

qu’un moment viendra où la réversion prendra le dessus.

2 II y a cependant des exceptions à cette règle. Darwin (79) rapporte, d’après Salle ( Proceed . Zool. Soc. 1852), que la pintade, redevenue complètement sauvage à la Jamaïque et à Saint-Domingue, y a diminué détaillé et que ses pattes sont devenues noires, de grises qu’elles étaient. Il assure que, si l’on rencontrait cette forme à l’état naturel dans une contrée distincte, on en ferait certainement une espèce. Cette observation me semble avoir une portée considérable. Il est probable que si l’on y regardait de près on trouverait que toutes les formes domestiquées, en repassant à l’état sauvage, gardent quelques traces indélébiles de leur condition précédente, ce qui montre que la domestication les a modifiées dans leur essence, ou si l’on veut dans leur plasma germinatif. Weisaiann (75) assure que, d’après l’avis général des botanistes, les plantes cultivées ne reprennenl jamais complètement leurs caractères primitifs en redevenant sauvages.

LES FAITS

l’homme ait jamais créé une foi me capable de se maintenir seule.

D’autre part, il est certain que, maintenues dans Jes conditions biologiques où elles ont pris naissance et protégées contre les croisements qui les abâtardiraient, des formes nouvelles peuvent se maintenir indéfiniment. Cela résulte d’abord de ce que leur fixité n’est pas suffisante pour résister à un changement dans les conditions de vie égal à celui que supportent sans faiblir les espèces naturelles soumises à la culture ou à la domestication ; et cela provient surtout de ce que la domestication ne rend les formes qu’elle engendre stériles ni entre elles ni avec les formes naturelles parentes 1 ; tandis que les espèces naturelles ne se croisent pas, soit par stérilité organique, soit par défaut d’appétence sexuelle, soit parce que la rencontre des éléments sexuels est rendue difficile ou impossible par les conditions anatomiques. Quand on abandonne les races domestiques à elles-mêmes, le croisement libre a bientôt fait de détruire les différences péniblement obtenues par un long régime ou par une sélection assidue.

En résumé, de tout ce qui précède, on peut conclure ceci.

La variation , quelle soit spontanée ou causée par les conditions biologiques ou par le croisement , qu'elle soit lente ou brusque ou même tératologique , est capable de donner naissance à des formes nouvelles ,

Ces formes nouvelles ont parfois une fixité relative, mais jamais comparable ci celle des espèces ou des variétés naturelles.

L’homme peut obtenir des formes nouvelles ayant la valeur d’espèces et les maintenir indéfiniment, mais il n’a jamais obtenu ni observé la formation d’une race ou variété nouvelle capable cle se maintenir sans son aide.

Si l’on reste sur le terrain exclusif des faits, on doit reconnaître que la formation des espèces les unes par les autres n’ est pas démontrée .

La théorie de la descendance s’appuie sur une induction absolument légitime, la seule raisonnable , la seule scientifique. Mais il n’y a rien dans les faits qui puisse forcer la conviction de ceux qui refusent toute autre preuve que celles tirées de l’ observation.

1 Celan’est guère étonnant puisque, d’après les observations de Darwin (80), la domestication développe la fécondité. Cependant je trouve dans un article de M. Giard (Revue Scientifique , nov. 89) que les cochons d’Inde domestiqués en Europe ne peuvent plus se reproduire avec

les représentants américains de la souche primitive et que Y Anagcdlis phœnica croisé avec la variété cœrulea. provenant du même ancêtre ne donne pas de graines.

J’ignore l’origine de ces renseignements.

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