‹ L'hérédité et les grands problèmes de la biologie généraleChapitre 147 sur 300 · VI. THÉORIES DU PARALLÉLISME DE L’ONTOGÉNÈSE ET DE LA PHYLOGÉNÈSE · texte numérisé non relu

VI. THÉORIES DU PARALLÉLISME DE L’ONTOGÉNÈSE ET DE LA PHYLOGÉNÈSE

Tous les autres répètent, avec des variantes très secondaires, une seule et même explication dont l’honneur revient à Darwin (80) 1 2. Cette explication

1 Bataillon n’a pu trouver le déterminisme de ces deux modifications initiales, mais il a montré que leur apparition détermine tous les autres phénomènes de la métamorphose. La sortie des pattes antérieures ouvre une paire de spiracula supplémentaires. Ces spiracles, ainsi que la destruction de la valvule nasale, facilitent la sortie de l’eau de la chambre branchiale et font baisser la pression dans cette cavité. De cette diminution de pression résulte une diminution (constatée expérimentalement) dans la quantité CO2 éliminée. Ce gaz, en s’accumulant dans le sang, excite les nerfs d’arrêt du cœur dont les contractions diminuent de nombre. Il en ré-

sulte, malgré la suractivité des mouvements respiratoires, une asphyxie relative

dont les effets se font sentir surtout dans la queue, partie dont l’irrigation est moins facile que celle des autres organes. Par suite de cette asphyxie, la queue entre en dégénérescence. D’autre part, CO2 excite la diapédèse et la phagocytose, en sorte que la queue est bientôt détruite par une histolyse phagocytaire. Ainsi voilà un phénomène anatomique (sortie des pattes, atrophie d’une valvule) qui en détermine un autre (résorption de la queue) sans aucune ressemblance avec lui.

Chez les insectes, c’est aussi une asphyxie relative déterminée par une modification dans la circulation qui produit la déchéance des tissus et provoque leur destruction histolytique.

2 On trouvera ces variantes dans la

(*) En somme, les naturalistes, sur la question du déterminisme de l’ontogénèse, sont partagés en deux camps, les épigénistes, avec Hertwig à leur tète, et les préformationnistes, avec Weismann, Driesch, etc. Mais de nombreux naturalistes admettent, avec raison, que la vérité est entre les deux et qu’il y a une part de tendances évolutives et une part d’action du milieu et de réactions des éléments les uns sur les autres.

THÉORIES PARTICULIÈRES

est d’ailleurs fort simple et n’a que le défaut de s’appuyer sur l’hérédité qui reste inexpliquée.

On sait que les caractères transmissibles apparaissent normalement chez le fils au même âge que chez le parent ou seulement un peu plus tôt. Chaque fois qu’une espèce se forme, c’est par addition d’un caractère nouveau (ou de plusieurs) à la fin de l’ontogénèse, lorsque tous les caractères spécifiques se sont déjà montrés; le caractère nouveau se montrera donc, dans l’espèce nouvelle, après que tous les caractères de l’espèce dont elle est née se seront montrés. Comme il en est ainsi depuis les premières origines, on voit que les caractères doivent apparaître dans l’ontogénèse suivant l’ordre successif de leur formation phylogénétique. Leur condensation dans le court temps du développement embryonnaire résulte de la très légère anticipation qui fait apparaître chaque caractère un peu plus tôt chez le fds que chez le parent, toutes les fois que cela n’est pas rendu impossible par la nature même du caractère. Ces anticipations, accumulées de génération en génération, ont fini par condenser toute la répétition de la phylogénèse dans un temps très court au début de fa vie. C’est ce temps qui constitue la période embryonnaire. Naturellement, les phases sont d’autant plus condensées vers l’origine du développement qu’elles sont d’apparition plus ancienne.

Nageli (84) ajoute à cela une remarque tendant à expliquer la présence dans toutes les ontogénèses d’un stade unicellulaire œuf.

Les stades nouveaux ne s’ajoutent pas à la fin de la vie, mais avant le moment de la reproduction, c’est-à-dire, si l’on veut, non à la suite du dernier stade, mais entre le dernier et le précédent. C’est bien ainsi d’ailleurs que Darwin avait compris les choses. Or, si l’on remonte au protozoaire se reproduisant par division, on voit que tous les stades se sont intercalés entre sa formation par division d’un individu antérieur et sa division en deux autres individus. Pendant tout ce temps, il n’a cessé d’être unicellulaire. Le dernier stade unicellulaire du protozoaire ayant toujours été respecté et laissé à la fin de l’ontogénèse, on voit que celle-ci doit se terminer par un stade unicellulaire qui est l’œuf.

Strasburger (84) accepte entièrement cette explication. Elle est cependant, à notre avis, bien spéculative (*).

partie de cet ouvrage relative aux Théo- d’ERLSBERG , Hackel, Orr , de Vries, ries générales. Voyez en particulier celles Weismann.

(*) Voir ici l’idée d’OsBORN (96 : II, 145).

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